Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2306331

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2306331
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantDOSE

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a annulé l'arrêté du 26 avril 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine obligeait M. B A, ressortissant portugais, à quitter le territoire français. La juridiction a estimé que cette mesure portait une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant, en méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le tribunal a relevé que M. B A résidait en France depuis 1989 et vivait en concubinage avec une ressortissante française depuis 2001, établissant ainsi le centre de sa vie privée et familiale en France. L'État a été condamné à verser 1 200 euros au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 avril 2023 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise et transmise au tribunal administratif de Melun par ordonnance n° 2306014 du 15 juin 2023, M. C B A, représenté par Me Dosé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'un vice d'incompétence ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 août 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête en faisant valoir que celle-ci n'appelle aucune observation particulière de sa part.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public ayant été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Meyrignac.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant portugais né en 1967, a été placé en garde à vue, le 26 avril 2023, pour des faits d'escroquerie commis à Cannes en 2020. Par arrêté du même jour, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par la requête précitée, l'intéressé demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté par le préfet des Hauts-de-Seine que M. B A est entré sur le territoire français en 1989 où il réside depuis lors, qu'il vit en concubinage avec une ressortissante française depuis 2001 et qu'il ne dispose dans son pays d'origine que de sa mère. L'intéressé doit ainsi être regardé comme ayant transféré en France le centre de sa vie privée et familiale. Dans ces circonstances, en l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, le préfet des Hauts-de-Seine a porté à son droit au respect de sa vie familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel l'arrêté contesté a été pris et ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'arrêté du 26 avril 2023 doit ainsi, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, être annulé.

Sur les frais liés au litige :

5.Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a obligé M. B A à quitter le territoire dans un délai de trente jours est annulé.

Article 2 : L'État versera la somme de 1 200 euros à M. B A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Le Broussois, président,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Jean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.

Le rapporteur,

Signé : P. Meyrignac Le président,

Signé : N. Le Broussois

La greffière,

Signé : L. Darnal

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,2