Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2306502
jeudi 8 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2306502 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
I°) Par une ordonnance n° 2225129/12-3 du 7 décembre 2022, le président du tribunal administratif de Paris a transmis la requête de M. F B C, enregistrée le 5 décembre 2022, au tribunal administratif de Melun territorialement compétent
Par une requête, enregistrée au greffe du Tribunal sous le numéro 2212167 le 13 décembre 2022, M. F B C, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2022 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente de jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) d'enjoindre au préfet de police de Paris la restitution de son passeport ;
5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. B C soutient que les décisions litigieuses :
- sont entachées d'incompétence ;
- sont insuffisamment motivées ;
- méconnaissent le principe du contradictoire ;
- sont entachées d'un défaut d'examen ;
- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
- sont entachées d'une erreur de droit ;
- violent l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 décembre 2022, le préfet de police de Paris, représenté par le cabinet Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B C n'est fondé.
Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle de Melun du 19 avril 2024, l'aide juridictionnelle partielle a été accordée à M. B C.
Par un mémoire complémentaire, enregistré le 19 juin 2024, M. F B C, représenté par Me Semak, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2022 par lequel préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente de jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros hors taxes soit 2 400 euros toutes taxes comprises en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut, du seul article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B C soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français :
* est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ainsi que d'une erreur de fait ;
* est entachée d'un vice de procédure tirée du non-respect du droit d'être entendu, du principe général de droit de l'Union européenne du droit de la défense et de la bonne administration ;
* viole l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
II°) Par une ordonnance n° 2313722/12-3 du 20 juin 2023, le président du tribunal administratif de Paris a transmis la requête de M. F B C, enregistrée le 9 juin 2023, au tribunal administratif de Melun territorialement compétent
Par une requête, enregistrée au greffe du Tribunal sous le numéro 2306502 le 23 juin 2023, M. F B C, demande au tribunal
1°) d'annuler l'arrêté du 8 juin 2023 par lequel préfet de police de Paris a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, injonction assortie d'une astreinte fixée à cent euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros hors taxes soit 2 400 euros toutes taxes comprises en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. B C soutient que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est entachée d'incompétence ;
- est insuffisamment motivée ;
- méconnaît le principe du contradictoire ;
- est entachée d'un défaut d'examen ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
- est entachée d'une erreur de droit ;
- viole l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2023, le préfet de police de Paris, représenté par le cabinet Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B C n'est fondé.
Par un mémoire complémentaire, enregistré le 19 juin 2024, M. F B C, représenté par Me Semak, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 juin 2023 par lequel préfet de police de Paris a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros hors taxes soit 2 400 euros toutes taxes comprises en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut, du seul article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B C soutient que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français assortie d'un refus de délai de départ volontaire ;
- est insuffisamment motivée, entachée d'un défaut d'examen, viole les articles L. 612-10 et L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- est entachée d'une erreur de droit et viole l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- viole l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par une décision du 19 avril 2023, le bureau d'aide juridictionnelle de Melun a accordé l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 55% à M. B C.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga ;
- les observations de Me Chartier, substituant Me Semak, représentant M. B C assisté de M. E, interprète assermenté en langue portugaise, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient, en outre, la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- M. B C, assisté de M. E, interprète assermenté en langue portugaise, qui indique souhaiter une chance pour continuer en tant qu'infirmier, il a étudié pour obtenir le Delf B2 et continuer à étudier pour pouvoir exercer son métier en France.
Le préfet de police de Paris n'était ni présent ni représenté.
Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 11h43.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant brésilien, né le 26 janvier 1990 à Recife (République fédérative du Brésil), est entré en France le 3 août 2021 selon ses déclarations. Par arrêté du 22 novembre 2022, le préfet de police de Paris a obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en application du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. L'intéressé a été interpellé le 7 juin 2023 et placé le jour même en garde à vue pour des faits de faux dans un document administratif commis de manière habituelle, d'aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irréguliers d'un étranger en France ou dans un État partie à la convention de Schengen, en bande organisée, de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de 10 ans d'emprisonnement, usage de faux dans un document administratif commis de manière habituelle et d'usage de faux en écriture. Par arrêté du 9 juin 2023, le préfet de police de Paris a interdit l'intéressé de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois. M. B C demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés des 28 novembre 2022 et 9 juin 2023.
2. Les requêtes susvisées n° 2212167 et n° 2306502 présentent à juger la légalité des mesures d'éloignement et d'interdiction de retour sur le territoire français concernant une même personne étrangère et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la requête n° 2212167 (obligation de quitter le territoire français et pays de destination) :
Quant aux moyens communs aux différentes décisions :
3. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-01166 du 3 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 75-2022-707 du même jour, le préfet de police de Paris a donné à Mme D A, attachée d'administration de l'État affectée au bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, délégation de signature aux fins de signer l'ensemble des décisions litigieuses. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure des décisions attaquées doit être écarté.
4. En second lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (). ". Aux termes de l'article 51 de la Charte : " 1. Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union (). ".
5. Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ni sur chacune des décisions qui l'assortissent dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement. Il ressort des pièces du dossier que M. B C a été notamment lors de l'audition du 22 octobre 2022 à 10 heures 20 par les forces de police alors qu'il était encore placé en retenue administrative. Il résulte du procès-verbal de cette audition, signé par lui sans réserve, que l'intéressé a été entendu sur sa situation familiale, l'irrégularité de sa situation administrative et les perspectives de son éloignement. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ni qu'il ait été empêché de s'exprimer avant que ne soit pris l'arrêté litigieux. Il n'est par ailleurs ni établi, ni même allégué, que M. B C aurait disposé d'autres informations pertinentes à cet égard qui auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de cette décision. Dès lors, d'une part, M. B C ne saurait être regardé comme ayant été privé du droit d'être entendu qu'il tient du principe général du droit de l'Union européenne tel qu'il est notamment énoncé au paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. D'autre part, pour les mêmes motifs, l'intéressé n'est pas davantage fondé à soutenir que le principe du contradictoire aurait été méconnu.
Quant à la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; (). ".
7. En premier lieu, le premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ".
8. D'une part, M. B C ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration à l'appui du moyen tiré du défaut de motivation de la décision litigieuse dès lors que la motivation des obligations de quitter le territoire français est explicitement prévue au premier alinéa de l'article L. 613-1 précité.
9. D'autre part, la décision querellée du préfet de police de Paris du préfet de police de Paris mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment cite la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne des éléments de la situation personnelle de M. B C et indique que la décision prise ne contrevient pas aux stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'autorité préfectorale n'est pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, mais seulement ceux sur lesquels elle a fondé sa décision. En outre, il ne ressort ni des termes de cet arrêté, ni des autres pièces versées au dossier, que le préfet de police de Paris n'aurait pas procédé, compte tenu des informations en sa possession à la date de sa décision, à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige et du défaut d'examen de sa situation personnelle doivent être écartés comme manquant en fait. L'autorité administrative n'a davantage pas entaché sa décision d'une erreur de fait.
10. En deuxième lieu, si à l'audience a été soulevé le moyen tiré de la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction existante à la date de la décision en litige, aux termes duquel ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement " L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ", les seuls documents médicaux présentés par M. B C ne permettent pas d'estimer ni sa pathologie ni la gravité de cette dernière. Par suite, le moyen doit être écarté.
11. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
12. M. B C fait valoir que sa vie privée et familiale se trouve en France dès lors qu'il justifie d'une réelle insertion sociale, qu'il produit de nombreux documents de divers natures prouvant sa résidence habituelle en France depuis son arrivée en août 2021, qu'il confirme sa réelle intégration républicaine sur le territoire français par le suivi, au long cours de cours de français afin d'acquérir une maîtrise de la langue en sorte qu'il justifie en outre incontestablement d'une insertion professionnelle forte et stable au sein de la société française. Toutefois, il est de jurisprudence constante de la Cour européenne des droits de l'homme que la seule durée de présence d'un ressortissant étranger sur le territoire ne justifie pas l'existence d'une vie privée et familiale au sens des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (13 mai 2003, Chandra c. Pays Bas, n°53102/99 ; 6 juillet 2006, Yash Priya c. Danemark, n°13594/03). Le requérant n'apporte aucun élément d'existence d'une familiale et/ou privée, notamment sous un aspect social alors que la seule circonstance qu'il travaille ne peut être considérée comme induisant l'existence d'une vie privée. Enfin, M. B C, célibataire et sans enfant à charge, ne saurait être regardé comme dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 25 ans. Ainsi, et malgré les efforts d'apprentissage de la langue française, le requérant ne justifie pas, à supposer même établie la durée de séjour qu'il invoque, avoir en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dans ces conditions, M. B C n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
13. En dernier lieu, M. B C fait valoir qu'il travaille régulièrement en France. Si l'intéressé produit un contrat de travail à durée indéterminée à temps incomplet à compter du 3 janvier 2022 et les bulletins de paie y afférant, celui du 18 septembre 2023 étant postérieur à la décision en litige ne peut être pris en compte dans le cadre d'un recours pour excès de pouvoir, une attestation de témoin, ces éléments sont très récents à la date de la décision attaquée en sorte qu'ils ne permettent pas de considérer l'intéressé comme justifiant d'une intégration professionnelle suffisante en France. Par ailleurs, s'il présente ses pour l'obtention de son diplôme d'infirmier obtenus dans son pays d'origine, il n'apporte aucun élément permettant de considérer qu'il peut exercer son métier, qui est une profession réglementée, en France. Par suite, et compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences que la décision emporte sur la situation personnelle de M. B C doit être écarté.
14. Enfin, il ressort de ce qui vient d'être dit et de l'ensemble du dossier que le préfet de police de Paris pouvait légalement, donc sans erreur de droit, prononcer à l'encontre de M. B C une obligation de quitter le territoire français fondée, comme en l'espèce, sur les dispositions précitées du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Quant à la décision fixant le pays de destination :
15. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français (). ". Le dernier alinéa de l'article L. 721-4 du même code prévoit qu'" Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées (). ".
16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut qu'être écarté.
17. En deuxième lieu, la décision querellée du préfet de police de Paris du préfet de police de Paris mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment vise la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la circonstance que la mesure envisagée ne contrevient pas à l'article 3 de cette convention et que l'intéressé pourra être reconduit dans le pays dont il/elle a la nationalité ou tout autre pays où il est légalement admissible. En outre, il ne ressort ni des termes de cet arrêté, ni des autres pièces versées au dossier, que le préfet de police de Paris n'aurait pas procédé, compte tenu des informations en sa possession à la date de sa décision, à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige et du défaut d'examen de sa situation personnelle doivent être écartés comme manquant en fait.
18. En troisième lieu, M. B C ne fait valoir aucune menace personnelle dont il pourrait être l'objet en cas de retour dans son pays d'origine susceptible de faire obstacle à sa reconduite à destination de ce pays. Dans ces conditions, le préfet de police de Paris ne peut être considéré comme ayant, à cet égard, entaché sa décision d'une erreur d'appréciation (CE, 6 novembre 1987, n° 65590, A).
19. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision fixant le pays à destination duquel l'étranger sera renvoyé en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement. Au surplus, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux cités au point 12.
20. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté dès lors qu'il ressort de ce qui vient d'être dit et des pièces du dossier que le préfet de police de Paris pouvait fixer le pays à destination duquel M. B C pourra être éloigné d'office en vue de l'exécution de son obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la requête n° 2306502 (interdiction de retour sur le territoire français) :
21. L'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Enfin, selon l'article L. 613-2 de ce même code : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
22. Il ressort des pièces du dossier et notamment de ce qui a été dit précédemment que M. B C a saisi le Tribunal d'un recours contre la décision l'obligeant à quitter le territoire. Ce recours étant suspensif, le préfet de police de Paris ne peut faire grief au requérant de ne pas avoir respecté le délai de trente jours qu'il lui était imparti pour quitter le territoire, ce délai étant nécessairement suspendu par voie de conséquence. Dans ces conditions, M. B C est fondé à soutenir que la décision lui interdisant le retour sur le territoire est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cité au point précédent, seul article opérant eu égard à la situation d'espèce même si le préfet, en ne précisant pas le fondement sur lequel il s'est fondé en droit, a également entaché sa décision d'un défaut de base légale et d'une défaut de motivation.
23. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B C est fondé à demander l'annulation de la seule décision du 8 juin 2023 par laquelle le préfet de police de Paris l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois et pas celles du 22 novembre 2022 de la même autorité l'obligeant à quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
24. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. (). ".
25. Le présent jugement, qui annule l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. B C, implique nécessairement que l'administration efface le signalement dont il fait l'objet dans le système d'information Schengen aux fins de non-admission. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de police de Paris de prendre toute mesure propre à mettre fin à ce signalement.
26. Enfin, l'annulation prononcée n'implique aucune autre injonction.
Sur les frais liés au litige :
27. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme demandée par M. B C, au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 8 juin 2023 du préfet de police de Paris portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée vingt-quatre mois est annulée, sans que M. F B C soit dispensé de son obligation de quitter le territoire français.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de Paris, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. F B C dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du préfet de police de Paris ci-dessus annulée.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B C est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F B C et au préfet de police de Paris.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 08 Août 2024.
Le magistrat désigné,
Signé : G. Girard-Ratrenaharimanga
La greffière,
Signé : MD. Adelon
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
MD. Adelon
N° 2212167