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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2306688

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2306688

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2306688
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantMAGDELAINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 29 juin 2023 et le 27 août 2024, Mme A B, représentée par Me Magdelaine, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision née le 9 septembre 2022 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de la convoquer afin de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement ou, à défaut, un récépissé de demande de titre de séjour dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle réside sur le territoire français depuis quinze ans, qu'elle a été munie d'un titre de séjour en raison de son état de santé entre 2012 et 2019, qu'elle est mère d'un enfant scolarisé en maternelle, qu'elle ne possède plus aucune attache dans son pays d'origine et qu'elle ne représente pas une menace à l'ordre public ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée le 10 juillet 2023 au préfet de Seine-et-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense mais a produit des pièces postérieurement à la clôture de l'instruction le 4 septembre 2024, qui n'ont pas été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Issard,

- les observations de Me Jean, représentant Mme B,

- le préfet de Seine-et-Marne n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante nigériane née en 1987, est entrée en France en 2008 selon ses déclarations et a présenté au préfet de Seine-et-Marne une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 par un courrier réceptionné le 9 mai 2022. Sa demande a fait l'objet d'une décision implicite de rejet née le 9 septembre 2022 dont elle demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". L'article R. 432-2 du même code précise que : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois () ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ". Aux termes de l'article L. 211-5 du code précité : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Et enfin, aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier reçu le 27 février 2023, la requérante a demandé au préfet de Seine-et-Marne, conformément aux dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration, de lui communiquer l'énoncé des motifs qui constituaient le fondement de la décision implicite née le 9 septembre 2022 rejetant sa demande de titre de séjour. Le préfet n'ayant pas déféré à cette demande, la requérante est, par suite, fondée à invoquer le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée.

4. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision du 9 septembre 2022 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a implicitement refusé de délivrer à la requérante un titre de séjour, doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / () La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. "

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement mais nécessairement d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, ou à tout préfet territorialement compétent, de réexaminer la demande de la requérante dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, en lui délivrant dans cette attente un récépissé de sa demande de titre de séjour.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

8. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat (préfet de Seine-et-Marne) une somme de 1 200 euros en remboursement des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite du préfet de Seine-et-Marne née le 9 septembre 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne, ou à tout préfet territorialement compétent, de réexaminer la demande de Mme B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans l'attente du réexamen un récépissé de demande de titre de séjour.

Article 3 : L'Etat (préfecture de Seine-et-Marne) versera à Mme B une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Issard, conseillère,

Mme Bourrel Jalon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

La rapporteure,

C. ISSARD

La présidente,

I. BILLANDON La greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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