Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2307539

vendredi 16 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2307539
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantCABINET FIDAL RENNES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Melun, statuant en référé, a ordonné une expertise à la demande du syndicat des copropriétaires, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Cette mesure vise à déterminer l'origine et l'étendue des désordres (fuites, affaissements) affectant la copropriété, potentiellement causés par des travaux de forage géothermique menés par l'établissement public campinois de géothermie. L'expert devra notamment se prononcer sur le lien de causalité entre ces travaux et les dommages, évaluer les préjudices et proposer des solutions réparatoires. La demande d'extension de la mission de l'expert à d'autres sites, formulée par les sociétés Veolia, a été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 19 juillet et 15 novembre 2023, le syndicat des copropriétaires du 119-121-123-125 boulevard de Stalingrad, 1 à 4 villa Jules Ferry,

67-69 boulevard Aristide Briand et 21-23-25 rue Blaise Pascal à Champigny-sur-Marne, représenté par Me Jérôme Turlan, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de désigner un expert sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative ayant pour mission de :

- se rendre sur place dans les lieux litigieux situés aux 119-121-123-125 boulevard de Stalingrad, 1 à 4 villa Jules Ferry, 67-69 boulevard Aristide Briand et 21-23-25 rue Blaise Pascal à Champigny-sur-Marne ;

- se rendre sur place aux lieux des désordres indiqués, à savoir 8 rue Karl Marx,18 rue Prairial, et 18 rue Jules Ferry à Champigny-sur-Marne- pour effectuer toutes les constatations et investigations utiles au regard de sa mission ;

- donner son avis sur les travaux du réseau de chauffage et les liens avec les désordres sur le réseau d'eau potable, ainsi que sur la situation du réseau de chauffage aux lieux des désordres, notamment par rapport au réseau de distribution d'eau potable ;

- donner son avis sur les manquements et les responsabilités techniques ;

- donner son avis sur les dommages engendrés par les travaux du réseau de chauffage, notamment les coûts des travaux réparatoires ;

- relever et décrire les nuisances et désordres allégués expressément dans la requête ; en détailler l'origine, les causes et l'étendue, et fournir tous éléments permettant à la juridiction de déterminer à quels intervenants ces désordres sont imputables et dans quelles proportions ;

- indiquer les conséquences de ces désordres quant à l'usage qui peut en être attendu ou quant à la conformité à sa destination ;

- donner son avis sur les solutions appropriées pour y remédier, telles que proposées par les parties ; évaluer les coûts des travaux utiles à l'aide de devis d'entreprises fournis par les parties ;

- donner son avis sur les préjudices et coûts induits par ces désordres, et les conséquences sur la rupture de canalisation ainsi que sur la fuite enterrée entre le compteur général et la résidence, ainsi que sur leur évaluation ;

- effectuer toutes autres constatations utiles à l'examen des prétentions des parties ;

- donner, le cas échéant, son avis sur les comptes entre les parties ;

- au terme de ses opérations, déposer au greffe du tribunal un premier rapport dans le délai maximum de 6 semaines à compter de la date à laquelle il aura été informé du dépôt de la consignation ;

2°) dire que l'expert, à la fin des travaux projetés, déposera au greffe, un second rapport précisant les interventions éventuelles postérieures au dépôt du premier rapport.

Il soutient que :

- il est propriétaire d'un ensemble immobilier en copropriété situé aux 119-121-123-125 boulevard de Stalingrad, 1 à 4 villa Jules Ferry, 67-69 boulevard Aristide Briand et 21-23-25 rue Blaise Pascal à Champigny-sur-Marne, cadastré section I numéros 115, 147 et 17, ainsi que d'une partie de la voirie rue Blaise Pascal, au croisement du boulevard Aristide Briand ;

- depuis l'engagement de travaux initiés par l'établissement public campinois de géothermie au 48 rue Jules Ferry à Champigny, et consistant en l'implantation d'un nouveau forage de géothermie et la construction d'un bâtiment de géothermie, des désordres semblant en lien avec les travaux de forage sont apparus à l'entrée de la copropriété et plus particulièrement au 1 villa Jules Ferry depuis le boulevard Aristide Briand, provoquant une fuite sur le collecteur d'eau, ainsi qu'à l'entrée de la rue Blaise Pascal et au croisement avec le boulevard Aristide Briand, provoquant un effondrement du réseau d'eaux usées enterré, et entraînant une surconsommation d'eau imputée au syndicat des copropriétaires ; on constate également un affaissement sur la voie publique ; si la copropriété est distante de 245 mètres des travaux, les vibrations causées par le forage peuvent se propager sur des distances supérieures et créer des dépressions qui sont parfaitement compatibles avec l'affaissement relevé ;

- les pièces transmises par les sociétés Veolia sur les travaux de géothermie démontrent que les travaux commencés en octobre 2022 se situent également sur le boulevard Aristide Briand et peuvent ainsi être à l'origine des désordres subis par la copropriété ;

- il s'associe à la demande d'extension présentée par les sociétés Veolia, au motif que de nombreux désordres étrangers à la copropriété, dont les causes sont imputables à la construction du nouveau réseau de chauffage urbain, ont été constatés 8 rue Karl Marx, 18 rue Prairal, et 18 rue Jules Ferry, lieux situés respectivement à 1,2 km, 350 mètres et 1 km de la copropriété ;

- si une expertise préventive demandée par l'établissement public campinois de géothermie sur les travaux réalisés au 48 rue Jules Ferry a été ordonnée par la cour administrative d'appel de Paris, le syndicat requérant n'a pas été mis dans la cause, au motif qu'il n'était pas directement mitoyen des travaux ; l'expertise demandée est donc utile en tant qu'elle permettra d'établir le lien de causalité entre les désordres relevés et les travaux, avant l'introduction d'un recours au fond tendant à la réparation des préjudices subis.

Par quatre mémoires en défense, enregistrés les 10 août 2023, 2 novembre 2023,

15 décembre 2023 et 19 mars 2024, la société Coriance, représentée par Me Xavier Savignat, conclut à ce que le juge des référés :

- donne acte de ses protestations et réserves sur la mesure sollicitée ;

- rejette la demande d'extension de mission présentée par les sociétés Veolia Eau Compagnie Générale des Eaux et Veolia d'Ile-de-France ;

- ordonne que les opérations d'expertise soient conduites au contradictoire des sociétés Smp, Bâtiment Industrie Réseaux (Bir), Brug Tubes, Serpollet Ile-de-France, Soudure Construction Réseaux (Scr), Inpal Industries, et Sermet.

Elle fait valoir que :

- la présence des sociétés Smp, Bâtiment Industrie Réseaux (Bir), Brug Tubes, Serpollet Ile-de-France, Soudure Construction Réseaux (Scr), Inpal Industries, et Sermet aux opérations d'expertise est nécessaire, ces sociétés étant en charge des travaux de forage et de construction ;

- les travaux initiés par l'établissement public campinois de géothermie ne sont pas à proximité des canalisations d'eau potable des sociétés Veolia et sont intervenus postérieurement aux désordres qu'elles invoquent ; d'autres travaux publics ont eu lieu à proximité ; enfin, la demande d'extension des sociétés Veolia Eau Compagnie Générale des Eaux et Veolia d'Ile-de-France est sans lien avec la requête du syndicat des copropriétaires requérant, qui met en cause les travaux de forage alors que les sociétés Veolia invoquent les travaux de pose du réseau de chaleur.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 8 septembre et 17 novembre 2023, l'établissement public campinois de géothermie, représenté par Me Jean-Louis Peru, conclut à ce que le juge des référés :

- rejette la demande d'expertise, et à titre subsidiaire, rejette la demande d'extension présentée par les sociétés Veolia, et prenne acte de ses protestations et réserves ;

- mette à la charge du syndicat requérant la somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- le syndicat requérant ne démontre pas le lien de causalité entre les travaux de forage et les désordres constatés, compte tenu des distances entre le périmètre de ses travaux et les lieux de la rupture de canalisation et de l'effondrement de la chaussée ;

- l'expert désigné par la cour d'appel de Paris dans la procédure de référé préventif qu'il a initiée n'a émis aucune prescription concernant les vibrations pouvant être générées par les travaux de forage, et n'a pas jugé utile de mettre le syndicat requérant dans la cause ; les propriétés voisines qui présentaient des désordres préexistants, liés à la présence de cavités souterraines pouvant également être cause des dommages allégués par le syndicat requérant, n'ont signalé aucun nouveau désordre à l'expert ;

- les désordres invoqués par les sociétés Veolia sont sans lien avec ceux invoqués par le syndicat requérant ; de plus, les travaux relatifs à la réalisation du réseau de chauffage urbain n'ont pas été exécutés à proximité des canalisations de Veolia ;

- les travaux du réseau de chauffage urbain ne peuvent être à l'origine des désordres constatés par le syndicat requérant, puisqu'ils n'ont pas encore débuté sur le boulevard Aristide Briand et le haut de la rue Jules Ferry (entre les numéros 39 et 46), où se situent la copropriété requérante.

Par cinq mémoires en défense, enregistrés les 11 octobre 2023, 23 novembre 2023,

1er décembre 2023, 29 janvier 2024 et 2 mai 2024, la société Veolia Eau Compagnie Générale des Eaux et la société Veolia Eau d'Ile-de-France, représentées par Me Guillaume Carbonnier, concluent, dans le dernier état de leurs écritures, à ce que le juge des référés :

- ordonne l'expertise demandée, en y ajoutant plusieurs chefs de mission ;

- dise que l'expert s'adjoindra si nécessaire tout sapiteur de son choix ;

- mette à la charge de l'établissement public campinois de géothermie et de la société Coriance, chacun la somme de 2 000 euros à verser d'une part à la société Veolia Eau Compagnie Générale des Eaux et d'autre part à la société Veolia Eau d'Ile-de-France au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.

Elles font valoir que :

- elles ont connaissance d'autres désordres affectant des ouvrages d'eau potable et relatifs à la construction du nouveau réseau de chauffage de géothermie par la société Coriance pour l'établissement public campinois de géothermie, notamment 8 rue Karl Marx, 18 rue Prairial et

18 rue Jules Ferry ; les travaux de forage de la géothermie et l'installation conduites de chauffage sont le même projet et forment un ensemble réalisé par l'établissement public campinois de géothermie (l'eau chaude en provenance de la nouvelle station de géothermie va circuler dans le nouveau réseau de chauffage urbain) ; il apparaît notamment que les distances minimales entre les installations d'eau potable et les ouvrages du réseau de chauffage n'a pas été respectée ; ces travaux ont pu affecter les autres réseaux existants et générer des désordres, dont ceux exposés par le syndicat requérant ; dans ces conditions, l'avis d'un expert est nécessaire sur la situation du réseau de chauffage par rapport au réseau de distribution d'eau, ainsi que sur les dommages en résultant et les travaux nécessaires pour remédier à la situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2023, la société Axa France Iard, assureur du syndicat des copropriétaires requérant, représentée par Me Sabine Lieges, conclut à ce que le juge des référés prenne acte de ce qu'elle ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée.

Elle fait valoir que l'expertise permettra d'éclairer les parties sur le lien pouvant exister entre les travaux de forage et de construction de la station de géothermie et les désordres subis par la copropriété.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 décembre 2023, la société Serpollet Ile de France, représentée par Me Natalie Creissels, conclut à ce que le juge des référés :

- prenne acte des protestations et réserves qu'elle formule sur la demande d'expertise sollicitée par le syndicat requérant ;

- rejette la demande d'extension présentée par les sociétés Veolia ;

- réserve les dépens.

Elle fait valoir que le lieu de situation des désordres invoqués par les sociétés Veolia est très éloigné du périmètre des travaux réalisés pour le compte de l'établissement public campinois de géothermie ; qu'aucuns travaux n'ont été de surcroit exécutés rue Jules Ferry ; que de plus, ces désordres sont sans lien avec ceux dont fait état le syndicat des copropriétaires requérant, qui indique que les désordres sont consécutifs aux travaux de forage et de construction de la station de géothermie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2024, la société Sermet, représentée par Me Jean-Pierre Cotte, conclut à ce que le juge des référés :

- donne acte de ses protestations et réserves sur la mesure d'expertise sollicitée ;

- rejette la demande d'extension des sociétés Veolia ;

- réserve les dépens.

Elle fait valoir que les désordres invoqués par les sociétés Veolia sont très éloignés du périmètre des travaux menés sous la maîtrise d'ouvrage de l'établissement public campinois de géothermie et sans aucune relation avec les désordres dont fait état le syndicat requérant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2024, la société Inpal Industries, représentée par Me Xavier Lebrasseur, conclut à ce que le juge des référés donne acte de ses protestations et réserves sur la mesure d'expertise sollicitée.

Elle fait valoir que ses obligations envers la société Coriance étaient limitées à la fourniture de note de calcul, plan d'exécution et tubes pré-isolés, de sorte qu'elle n'est pas intervenue directement sur le chantier litigieux.

Vu les pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C, première vice-présidente, comme juge des référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

2. En application de ces dispositions, et à condition, d'une part que la demande ne soit pas insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence de la juridiction administrative, et, d'autre part, qu'elle apparaisse utile, le juge des référés peut désigner un expert chargé de procéder à l'expertise demandée.

3. Le syndicat des copropriétaires du 119-121-123-125 boulevard de Stalingrad, 1 à 4 villa Jules Ferry, 67-69 boulevard Aristide Briand et 21-23-25 rue Blaise Pascal à Champigny-sur-Marne sollicite du juge des référés la désignation d'un expert, en application des dispositions de l'article

R. 532-1 du code de justice administrative, en vue de constater les désordres affectant la copropriété.

4. La demande d'expertise présentée par le syndicat requérant n'est manifestement pas insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence de la juridiction administrative et ne préjuge en rien des responsabilités encourues.

5. Dans la mesure où il importe de pouvoir constater et décrire la réalité, la nature, l'étendue et les causes et conséquences des désordres matériels cités dans la requête, la demande d'expertise présente, en l'état de l'instruction, un caractère utile, du fait notamment que l'origine des désordres reste à déterminer.

6. Dans ces conditions, il y a lieu de faire droit à cette demande sur le fondement des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, tous droits et moyens des parties demeurant expressément réservés, et de fixer la mission de l'expert comme il est dit à l'article 1er de la présente ordonnance. En revanche, il n'y a pas lieu de prévoir que l'expert, qui n'est pas maître d'ouvrage et ne peut avoir pour mission, dans le présent cadre, de constater d'éventuels travaux à venir, reste saisi jusqu'à la fin des travaux projetés et dépose un rapport en fin des travaux. Enfin, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande du syndicat des copropriétaires requérant tendant à ce que l'expert donne son avis sur les comptes entre les parties ou les préjudices, ce qui conduirait éventuellement l'expert à trancher des questions de droit, alors qu'il ne lui appartient pas de le faire.

Sur la demande d'extension de mission aux désordres affectant les canalisations des sociétés Veolia :

7. La demande de la société Veolia Eau Compagnie Générale des Eaux et de la société Veolia Eau d'Ile-de-France, tendant à confier à l'expert l'examen de questions relatives aux désordres qu'elles allèguent, susceptibles d'avoir été causés par des travaux de l'établissement public campinois de géothermie, ne présente pas un lien suffisant avec l'expertise sollicitée par le syndicat des copropriétaires requérant, qui porte sur des désordres affectant sa copropriété et dont les causes peuvent être différentes. Si le syndicat des copropriétaires requérant a repris à son compte cette demande d'extension, il ne justifie pas d'un intérêt à agir ni de l'utilité à faire constater des désordres qui n'affectent pas sa copropriété et à en déterminer les causes. Dans ces conditions, cette demande doit être rejetée. La présente ordonnance ne fait cependant pas obstacle à ce que les sociétés Veolia Eau Compagnie Générale des Eaux et Veolia Eau d'Ile-de-France, si elles s'y croient fondées, saisissent le juge des référés d'une nouvelle demande d'expertise relative aux désordres qu'elles allèguent, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative.

Sur la demande de mise en cause formulée par la société Coriance :

8. La mise en cause d'une partie dans une expertise, simple mesure d'instruction ordonnée avant tout procès, ne préjuge aucunement de l'existence et de l'étendue des responsabilités des parties. Il y a donc lieu de faire participer aux opérations d'expertise les sociétés Smp, Bâtiment Industrie Réseaux (Bir), Brug Tubes, Serpollet Ile-de-France, Soudure Construction Réseaux (Scr), Inpal Industries, et Sermet, dont la participation aux opérations d'expertise n'apparaît pas manifestement inutile en l'état de l'instruction. Il appartiendra à l'expert désigné, le cas échéant, de demander leur mise hors de cause.

Sur les conclusions relatives aux protestations et réserves :

9. Il n'appartient pas au juge des référés de donner acte de protestations et réserves. Par suite, les conclusions des parties tendant à ce qu'il leur soit donné acte de leurs protestations et réserves ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux dépens :

10. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux

dépens. " ; et aux termes de l'article R.621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R.621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires () " .

11. Il résulte des dispositions précitées qu'il n'appartient au juge des référés ni de déterminer la charge des dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne, ni de la réserver pour le futur. Par suite, les conclusions des parties tendant à statuer sur les dépens ou à les réserver ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice

administrative :

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions des parties tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B A est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

1° convoquer les parties ;

2° se rendre sur les lieux, entendre les parties et tout sachant et prendre connaissance de tous éléments nécessaires sinon utiles à sa compréhension des faits de la cause ;

3° se faire communiquer tous documents et pièces nécessaires sinon utiles à l'accomplissement de sa mission d'expertise ;

4° constater et décrire précisément les désordres mentionnés dans la requête affectant la copropriété du 119-121-123-125 boulevard de Stalingrad, 1 à 4 villa Jules Ferry, 67-69 boulevard Aristide Briand et 21-23-25 rue Blaise Pascal à Champigny-sur-Marne ;

5° déterminer l'origine et les causes ainsi que l'étendue et les conséquences des désordres constatés ;

6° donner son avis sur les solutions appropriées pour y remédier, telles que proposées par les parties, et en évaluer le coût ;

7° fournir tous éléments techniques et de fait permettant à la juridiction du fond ultérieurement saisie de se prononcer sur les responsabilités et imputabilités respectives des parties, sur les dommages matériels et sur les préjudices subis ;

8° concilier éventuellement les parties sur la base d'une transaction qui pourrait se révéler en cours d'expertise et engager éventuellement une médiation entre les parties ;

9° formuler toutes observations utiles ;

10° déposer son rapport au greffe du tribunal administratif de Melun au terme de la mission d'expertise.

Article 2 : L'expertise se déroulera contradictoirement en présence, outre de l'expert désigné, du syndicat des copropriétaires du 119-121-123-125 boulevard de Stalingrad, 1 à 4 villa Jules Ferry,

67-69 boulevard Aristide Briand et 21-23-25 rue Blaise Pascal à Champigny-sur-Marne, de l'établissement public campinois de géothermie, de la société Coriance, du cabinet d'architectes urbaniste Fabienne Adt-Yves Brangier-Jean-Paul Waegeman, de la société Colt, de l'établissement public territorial Paris Est Marne et Bois, de la société Veolia Eau Compagnie Générale des Eaux, de la société Veolia Eau d'Ile-de-France, de la société Axa France Iard, de la société Smp, de la société Bâtiment Industrie Réseaux (Bir), de la société Brug Tubes, de la société Serpollet Ile-de-France, de la société Soudure Construction Réseaux (Scr), de la société Inpal Industries, et de la société Sermet.

Article 3 : Après avoir prêté serment, l'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative, à l'exception du troisième alinéa de l'article R. 621-9.

Article 4 : La première réunion d'expertise interviendra au plus vite à la diligence de l'expert.

Article 5 : L'expert déposera au greffe son rapport exclusivement sous forme électronique dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies sont notifiées par l'expert aux parties intéressées ; avec l'accord de celles-ci, la notification est faite par voie électronique par un procédé garantissant, dans des conditions prévues par l'article 748-6 du code de procédure civile, la fiabilité de l'identification des parties à la communication électronique, l'intégrité des documents adressés, la sécurité et la confidentialité des échanges, la conservation des transmissions opérées et permettant d'établir de manière certaine la date d'envoi ainsi que celle de la mise à disposition ou celle de la réception par le destinataire.

Article 6 : En application de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, la charge des frais et honoraires de l'expertise sera fixée ultérieurement par ordonnance de la présidente du tribunal ou du magistrat désigné par elle.

Article 7: Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée au syndicat des copropriétaires du 119-121-123-125 boulevard de Stalingrad, 1 à 4 villa Jules Ferry, 67-69 boulevard Aristide Briand et 21-23-25 rue Blaise Pascal à Champigny-sur-Marne, à l'établissement public campinois de géothermie, à la société Coriance, au cabinet d'architectes urbaniste Fabienne Adt-Yves Brangier-Jean-Paul Waegeman, à la société Colt, à l'établissement public territorial Paris Est Marne et Bois, à la société Veolia Eau Compagnie Générale des Eaux, à la société Veolia Eau d'Ile-de-France, à la société Axa France Iard, à la société Smp, à la société Bâtiment Industrie Réseaux (Bir), à la société Brug Tubes, à la société Serpollet Ile-de-France, à la société Soudure Construction Réseaux (Scr), à la société Inpal Industries, à la société Sermet et à M. B A, expert.

Fait à Melun, le 16 août 2024.

La juge des référés

Signé : S. C

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

le greffier,