Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2309074

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2309074
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a rejeté la requête de M. B, qui contestait le classement sans suite de sa demande de naturalisation par la préfète du Val-de-Marne. Le requérant soutenait ne pas avoir été informé de la mise en demeure de produire des pièces complémentaires, déposée sur son espace personnel en ligne. Le tribunal a jugé que, conformément à l'article 35 du décret n° 93-1362 et à l'arrêté du 3 février 2023, la notification est réputée faite à l'issue d'un délai de quinze jours suivant la mise à disposition du message sur l'espace personnel, même en l'absence de consultation par l'usager. Dès lors, l'administration ayant établi la mise à disposition du courrier, la décision de classement sans suite pour défaut de production dans le délai imparti est légale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 3 septembre et 29 octobre 2023,

M. A B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du

22 août 2023 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a classé sans suite sa demande de naturalisation, ainsi que la décision implicite de rejet prise sur son recours gracieux formé le

30 août 2023 contre cette décision.

M. B soutient que :

- en recevant une notification de consulter son compte personnel le 23 août 2023, il a découvert qu'il avait un message du 5 avril 2023 en lui demandant de produire des pièces complémentaires ;

- il n'a pas été informé du courrier du 5 avril 2023, alors que la préfecture détient ses coordonnées à savoir adresse électronique, téléphone et adresse postale ;

- s'il est demeuré sans consulter son espace personnel, c'est parce qu'il pensait qu'on lui adresserait les notifications par courrier électronique comme la préfecture le faisait toujours ;

- la décision du 22 août 2023 est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il travaille et paye des impôts et il ne peut pas être connecté sur son compte personnel 24 heures sur 24.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 octobre 2023, la préfète du Val-de-Marne, représentée par la SELARL Actis Avocats, agissant par Me Termeau, conclut au rejet de la requête de M. B en faisant valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 30 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 1er décembre 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française ;

- l'arrêté du 3 février 2023 pris pour l'application du décret n° 93-1362 du

30 décembre 1993, relatif aux modalités de dépôt et aux conditions de notification des communications de l'administration dans le cadre des différentes procédures dématérialisées d'acquisition ou de perte de la nationalité française, et notamment son article 3 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Avirvarei, conseillère ;

- les conclusions de Mme Leboeuf, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B demande l'annulation de la décision du 22 août 2023 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a classé sans suite sa demande de naturalisation pour défaut de production des pièces complémentaires dans le délai fixé par une mise en demeure adressée sur le fondement de l'article 40 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993, ainsi que la décision implicite de rejet prise sur son recours gracieux formé le 30 août 2023 contre cette décision.

Le droit applicable :

2. Aux termes de l'article 40 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 dans sa rédaction résultant du décret n° 2019-1507 du 30 décembre 2019 : " L'autorité qui a reçu la demande () peut, à tout moment de l'instruction de la demande de naturalisation (), mettre en demeure le demandeur de produire les pièces complémentaires ou d'accomplir les formalités administratives qui sont nécessaires à l'examen de sa demande. / Si le demandeur ne défère pas à cette mise en demeure dans le délai qu'elle fixe, la demande peut être classée sans suite. Le demandeur est informé par écrit de ce classement ". Aux termes du dernier alinéa de l'article 35 du décret du 30 décembre 1993 : " Lorsque la demande a été déposée au moyen de l'application informatique mentionnée au premier alinéa, les notifications adressées au demandeur se font au moyen de celui-ci dans des conditions précisées par un arrêté du ministre chargé des naturalisations. Le demandeur est alerté de toute nouvelle communication par un message envoyé à l'adresse électronique qu'il a indiquée dans son compte usager. Ce message précise l'objet de la communication et, le cas échéant, le délai qu'elle impartit à l'intéressé ". Aux termes du dernier alinéa de l'article 3 de l'arrêté du 3 février 2023 : " Tout message sur l'espace personnel de l'usager est réputé lui être notifié à la date de sa première consultation, certifiée par l'accusé de lecture délivré par l'application. A défaut d'une telle consultation dans le délai de quinze jours calendaire suivant sa date de mise à disposition sur l'espace personnel, ce message ainsi que, le cas échéant, le fichier joint, sont réputés notifiés à cette dernière date, à l'issue de ce délai ".

3. D'une part, il résulte des dispositions précitées de l'article 40, du dernier alinéa de l'article 35 décret n° 93-1362, ainsi que de l'article 3 de l'arrêté du 3 février 2023 pris pour l'application de cet alinéa, qu'il appartient à l'administration d'établir la date de la notification de la mise en demeure de produire les pièces complémentaires nécessaires à l'examen de la demande de naturalisation et que, lorsque la demande a été déposée au moyen du téléservice mentionné au point précédent, l'administration s'acquitte de cette charge en prouvant tant la mise à disposition du courrier sur l'espace personnel du demandeur dans le téléservice, que la date de cette mise à disposition et, le cas échéant, la date de sa première consultation. A ces conditions, tout message sur l'espace personnel est réputé notifié à l'intéressé à la date de sa première consultation, certifiée par l'accusé de lecture délivré par l'application, et à défaut de consultation de l'espace personnel dans les quinze jours suivant la date de sa mise à disposition, le message est réputé notifié à cette dernière date, à l'issue de ce délai.

4. D'autre part, le défaut de production des pièces complémentaires dans le délai imparti peut, à lui seul, légalement justifier une décision de classement sans suite. Toutefois, l'impossibilité de produire les pièces dans le délai imparti, à raison de circonstances imprévisibles et indépendantes de la volonté du demandeur, dont ce dernier a justifié et informé l'administration dans les meilleurs délais, est de nature à faire obstacle à un tel classement sans suite. Le juge de l'excès de pouvoir exerce un contrôle normal sur le respect de ces conditions d'application de l'article 40 du décret du 30 décembre 1993. En l'absence de production des pièces demandées dans le délai imparti et de justification d'une impossibilité de respecter ce délai, l'autorité administrative dispose d'un large pouvoir d'appréciation pour user de la faculté de classer sans suite la demande. Le juge de l'excès de pouvoir n'exerce alors plus qu'un contrôle restreint, en tenant compte de l'objet de la décision de classement sans suite, qui consiste seulement à mettre fin à l'instruction de la demande sans y statuer, et de la finalité du régime de classement sans suite, qui est d'améliorer l'efficacité des procédures d'instruction des demandes de naturalisation.

L'examen des moyens :

5. En premier lieu, il est constant que la préfète du Val-de-Marne a mis en demeure M. B de produire des pièces complémentaires nécessaires à l'instruction de sa demande de naturalisation dans un délai de deux mois, par un message qui lui a été mis à disposition sur son espace personnel, au moyen de l'application informatique prévue à l'article 35 du décret du

30 décembre 1993, le 5 avril 2023.

6. En deuxième lieu, il est également constant que M. B a produit les pièces complémentaires exigées après la notification de la décision attaquée portant classement sans suite de sa demande de naturalisation, soit après le 23 août 2023.

7. En troisième lieu, M. B soutient qu'il n'a consulté son espace personnel que le 23 août 2023, lorsqu'il a reçu un message dans sa boîte électronique l'invitant à consulter son espace personnel pour la notification de la décision attaquée, et que c'est à cette date seulement qu'il a découvert la mise en demeure du 5 avril 2023. Il soutient également que s'il n'a pas consulté son espace personnel au sein de l'application informatique dédiée pendant plus de quatre mois, c'est parce qu'il pensait qu'on lui adresserait les notifications par courrier électronique comme elle les " envoie toujours ". Toutefois, en application des dispositions précitées du dernier alinéa de l'article 3 de l'arrêté du 3 février 2023, à défaut de consultation du message sur l'espace personnel dans les quinze jours suivant la date de sa mise à disposition, la mise en demeure du 5 avril 2023 est réputée notifiée à cette même date. Or, en produisant les pièces exigées après le 23 août 2023, M. B n'a pas respecté le délai de deux mois qui lui était imparti pour ce faire et qui courait à compter du 5 avril 2023. La circonstance qu'il n'ait pas reçu de courrier électronique l'informant de l'existence de la mise en demeure sur son espace personnel ne permet pas de modifier le point de départ du délai tel que l'a déterminé l'arrêté ministériel du 3 février 2023 pris pour l'application du dernier alinéa de l'article 35 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993.

M. B n'est dès lors pas fondé à soutenir que la préfète du Val-de-Marne se serait livrée à une inexacte appréciation du respect des conditions prévues à l'article 40 du décret précité.

8. Enfin, en se limitant à faire valoir qu'il n'a pas reçu de courrier électronique l'informant de l'existence de la mise en demeure, et qu'il " travaille et paye des impôts et qu'il ne peut pas être connecté sur son compte personnel 24 heures sur 24 ", M. B n'est pas fondé à soutenir qu'en classant sans suite sa demande dans les conditions susrelatées, la préfète du

Val-de-Marne aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'ensemble de sa situation.

9. Il résulte de ce qui précède que c'est à bon droit que la préfète du Val-de-Marne a estimé que M. B n'avait pas produit les pièces exigées dans le délai imparti et a classé sans suite sa demande. La requête de M. B doit dès lors être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Xavier Pottier, président,

Mme Andreea Avirvarei, conseillère,

Mme Lina Bousnane, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

La rapporteure,

A. Avirvarei

Le président,

X. PottierLa greffière,

C. Mahieu

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,