Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2310035
mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2310035 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 septembre 2023, Mme B A, représentée par Me Bechieau, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, et jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité, après l'avoir admise à l'aide juridictionnelle provisoire :
1°) de suspendre la décision prise par le préfet de Val-de-Marne à son encontre portant refus d'enregistrement d'une demande de titre de séjour édictée le 7 juin 2023 ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ce dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, avec astreinte de 100 euros par jour de retard, en application des dispositions des articles L. 911-1 et L. 911-3 du code de justice administrative ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, à titre très subsidiaire, de réexaminer sa situation et de la munir, dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour, ce dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir avec astreinte de 100 euros par jour de retard en application des dispositions des articles L. 911-1 et L. 911-3 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de la préfète du Val-de-Marne une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, celle-ci renonçant dans ce cas à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle indique que, de nationalité ivoirienne, elle est entrée en France le 2 décembre 2017 pour y solliciter l'asile, que sa demande a été rejetée, qu'elle a eu trois enfants en France avec un compatriote, qu'elle a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et qu'elle a souhaité, le 1er juin 2023, déposer une demande d'admission exceptionnelle au séjour et que sa demande a été rejetée le 7 juin 2023.
Elle soutient que la condition d'urgence est satisfaite car elle risque à tout moment d'être éloignée, et, sur le doute sérieux, que la décision en cause a été prise par une personne ne disposant pas d'une délégation régulière, qu'elle est insuffisamment motivée, et qu'elle méconnait les stipulations des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Vu :
- la décision en litige,
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Mme A a présenté une requête, enregistrée le 26 septembre 2023 sous le
n° 2310032, demandant l'annulation de la décision attaquée.
La présidente du Tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante ivoirienne née le 7 juin 1988 à Abobo (Abidjan), entrée en France en décembre 2017, a déposé le 28 mars 2018 une demande d'asile qui a été rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 30 octobre 2020. Par une décision du 25 novembre 2020, la préfète du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Mme A n'a pas exécuté cette décision, y compris après le rejet par le présent tribunal de sa requête demandant son annulation. Le 1er juin 2023, elle a souhaité déposer en préfecture du Val-de-Marne une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de la vie privée et familiale, en faisant valoir la naissance en France de ses deux enfants en mars 2019 et juin 2022 de sa relation avec un compatriote ainsi que la présence sur le territoire de sa première fille née en juin 2006 en Côte d'Ivoire. Par un message électronique du 7 juin 2023, la préfète du Val-de-Marne (sous-préfecture de Nogent-sur-Marne) a refusé de faire droit à sa demande en constatant qu'elle n'avait pas exécuté l'obligation de quitter le territoire prononcée à son encontre en novembre 2020. Mme A a donné naissance à un quatrième enfant le 26 août 2023. Par une requête enregistrée le 26 septembre 2023, elle a demandé au présent tribunal l'annulation de cette décision dont elle demande également, par une requête enregistrée le même jour, la suspension de son exécution.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'admettre la requérante, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de
l'affaire. () ".
5. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
6. En l'espèce, Mme A n'a pas respecté une précédente obligation de quitter le territoire français, y compris après le rejet de son recours par le présent tribunal, et n'établit pas le caractère régulier du séjour du père de ses trois enfants nés en France, qui a par ailleurs fait l'objet d'une décision de refus de séjour par le préfet de police de Paris le 24 mai 2023, ni de l'entrée sur le territoire de sa fille aînée.
7. Dans ces conditions, elle ne peut être regardée comme justifiant d'une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation caractérisant une urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
8. Dans ces conditions, il y a lieu de rejeter la requête de Mme A selon la procédure de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et à la préfète du
Val-de-Marne.
Le juge des référés,
Signé : M. Aymard
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,