Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2310056

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2310056
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a rejeté la requête de M. B, qui contestait la sanction prononcée par la commission de discipline du baccalauréat de l'académie de Créteil pour possession d'un appareil de communication lors d'une épreuve anticipée de français. La sanction, qui comprenait une interdiction de passer tout examen du baccalauréat et des diplômes post-bac pour deux ans, ainsi que la nullité de la session, a été jugée proportionnée aux faits. Le tribunal a estimé que la sanction ne méconnaissait ni l'intérêt supérieur de l'enfant, ni l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme. La décision s'appuie sur les articles D. 334-32 et D. 334-33 du code de l'éducation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 septembre 2023 et le 10 mai 2024, M. A B, représenté par Me Clerc, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 août 2023 par laquelle la commission de discipline du baccalauréat de l'académie de Créteil a prononcé à son encontre, d'une part, la sanction d'interdiction de subir tout examen conduisant à l'obtention du baccalauréat et tout diplôme délivré par un établissement public dispensant des formations post-baccalauréat pour une durée de deux ans et, d'autre part, la nullité de la session d'examen au cours de laquelle les faits lui étant reprochés ont été commis, et de la réformer en l'assortissant d'un sursis ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 300 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la sanction disciplinaire n'est pas proportionnée aux faits reprochés ;

- la sanction infligée est contraire à l'intérêt supérieur de l'enfant ;

- la sanction infligée est inhumaine et dégradante et méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 avril 2024, le service interacadémique des examens et concours d'Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une lettre du 21 décembre 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 22 janvier 2024 sans information préalable.

Une ordonnance de clôture immédiate a été prise le 18 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relatives aux droits de l'enfant ;

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Senichault de Izaguirre, conseillère,

- les conclusions de Mme Blanc, rapporteure publique,

- et les observations de Me Clerc, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, élève en classe de première, a passé, au titre des épreuves anticipées du baccalauréat général, son épreuve orale de français. Le 15 juin 2023, il a fait l'objet d'un procès-verbal de suspicion de fraude pour " avoir été en possession d'appareil(s) de communication et/ou de stockage de données non autorisé(s) " à l'épreuve de français. Par une décision du 28 août 2023, la commission de discipline du baccalauréat de l'académie de Créteil, d'une part, lui a infligé la sanction d'interdiction de subir tout examen conduisant à l'obtention du baccalauréat et tout diplôme délivré par un établissement public dispensant des formations post-baccalauréat pour une durée de deux ans et, d'autre part, a prononcé la nullité de la session d'examen au cours de laquelle les faits ont été commis. Par le présent recours, M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 28 août 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article D. 334-32 du code de l'éducation : " Les sanctions disciplinaires qui peuvent être prononcées par la commission de discipline du baccalauréat sont : / 1° Le blâme ; / 2° La privation de toute mention portée sur le diplôme délivré au candidat admis ; / 3° L'interdiction de subir tout examen conduisant à l'obtention du baccalauréat pour une durée maximum de cinq ans ou d'un titre ou diplôme délivré par un établissement public dispensant des formations post-baccalauréat pour une durée maximum de cinq ans. Cette sanction peut être prononcée avec sursis si l'interdiction n'excède pas deux ans ; / 4° L'interdiction de prendre toute inscription dans un établissement public dispensant des formations post-baccalauréat pour une durée maximum de cinq ans. / Toute sanction prononcée en vertu du présent article peut être assortie d'une inscription au livret scolaire, s'il existe. Dans les cas du blâme et de la privation de mention, ces inscriptions sont effacées au terme d'une période d'un an après leur prononcé. Dans le cas des autres sanctions, l'effacement intervient au terme de la période d'interdiction qui est prononcée ". Aux termes de l'article D. 334-33 du même code : " Toute sanction prononcée entraîne, pour l'intéressé, la nullité de l'épreuve au cours de laquelle la fraude ou la tentative de fraude a été commise. L'intéressé est réputé avoir été présent sans l'avoir subie. La commission de discipline du baccalauréat peut en outre décider de prononcer à l'égard de l'intéressé la nullité du groupe d'épreuves ou de la session d'examen ". Il résulte de ces dispositions que le candidat au baccalauréat auteur ou complice d'une fraude ou d'une tentative de fraude est susceptible de se voir infliger une sanction disciplinaire par une commission de discipline du baccalauréat. Toute sanction emporte de plein droit la nullité de l'épreuve au cours de laquelle la fraude ou la tentative de fraude a été commise. La commission de discipline du baccalauréat peut toutefois aggraver cette nullité et l'étendre au groupe d'épreuves ou à la session d'examen concerné.

3. Il résulte de l'instruction que, pour prononcer à l'encontre de M. B la sanction attaquée d'interdiction de subir tout examen conduisant à l'obtention du baccalauréat et tout diplôme délivré par un établissement public dispensant des formations post-baccalauréat pour une durée de deux ans et pour étendre la mesure de nullité qu'elle entraîne à toute la session d'examen, la commission de discipline du baccalauréat de l'académie de Créteil a retenu qu'il était de manière intentionnelle en possession d'un téléphone portable et l'a utilisé dans les toilettes lors de l'épreuve de français. Il résulte de l'instruction que le requérant a consulté à plusieurs reprises (9h10, 9h11, 9h16, 9h17 et 9h46) sur son téléphone portable des sites internet en lien avec le sujet de français lors de ses deux passages aux sanitaires et qu'il a reconnu ces faits. Si, pour contester la proportionnalité de la sanction prononcée à son encontre, le requérant se prévaut de ce qu'il n'avait jamais passé d'examens précédemment, qu'il n'avait reçu aucune sanction disciplinaire, qu'il s'est excusé à plusieurs reprises et que son professeur principal atteste de son sérieux, ces considérations ne sont en elles-mêmes susceptibles ni de l'exonérer de sa responsabilité dans la commission des faits litigieux, ni d'atténuer cette dernière. En outre, la sanction prononcée, qui n'est pas la sanction la plus sévère prévue par les dispositions précitées de l'article D. 334-32 du code de l'éducation et dont la durée a été limitée à deux ans, n'a ni pour objet ni pour effet d'empêcher le requérant de poursuivre ses études, et y compris de s'inscrire pendant cette période dans l'une des formations d'études supérieures qui ne requièrent pas l'obtention préalable du baccalauréat. Dans ces conditions, il n'apparaît pas que la commission de discipline du baccalauréat ait, en prononçant à l'encontre de M. B l'interdiction prévue au 3° de l'article D. 334-32 du code de l'éducation tout en en limitant la durée à deux ans et en assortissant cette sanction, en application des dispositions de l'article D. 334-33 du même code, de la nullité de sa session d'examen, infligé une sanction disproportionnée au regard des faits dont il a été reconnu responsable. Le moyen soulevé en ce sens doit, dès lors, être écarté.

4. En second lieu, si le requérant fait valoir que la sanction infligée porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant et est inhumaine et dégradante en ce qu'elle exclut toute chance d'achever sa formation terminale avant la rentrée 2025/2026 et que des faits plus graves ont pu donner lieu à des sanctions plus clémentes de la part notamment de la commission de discipline du baccalauréat de l'académie de Créteil, ces seules allégations sont insuffisantes pour établir la méconnaissance de l'intérêt supérieur de l'enfant, alors que le requérant est devenu majeur à la date du présent jugement, ainsi que des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ces moyens seront écartés.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B à fin d'annulation et de réformation de la décision du 28 août 2023 de la commission de discipline du baccalauréat de l'académie de Créteil doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions fondées sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la ministre de l'éducation nationale.

Copie en sera adressée au service interacadémique des examens et concours d'Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Senichault de Izaguirre, conseillère,

M. Collen-Renaux, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.

La rapporteure,

J. SENICHAULT DE IZAGUIRRELa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

H. KELI

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière