Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2310135

jeudi 5 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2310135
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, saisi en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, rejette la requête de M. et Mme D. Ceux-ci demandaient l'affectation de leur fils en seconde professionnelle et la réparation de préjudices. Le tribunal écarte l'exception d'incompétence territoriale soulevée par la rectrice de l'académie de Créteil. Il estime que les refus d'affectation constituent des décisions administratives faisant obstacle à la mesure d'injonction sollicitée, et que les conditions de l'article L. 521-3 ne sont pas réunies.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire en réplique et deux autres mémoires, enregistrés les 28 septembre 2023, 20 octobre 2023, 24 mai 2024 et 13 août 2024, Mme E C épouse D et M. B D, agissant en leur qualité de représentants légaux de leur fils mineur, A D, et représentés par Me Keita et Me Lalot, demandent, dans le dernier état de leurs écritures, au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Créteil d'affecter leur fils, A D, en classe de seconde professionnelle, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de condamner l'État à leur verser à chacun la somme de 2 000 euros en réparation du préjudice moral qu'ils estiment avoir subi ;

3°) de condamner l'État à leur verser la somme de 2 059 euros en réparation du préjudice matériel qu'ils estiment avoir subi ;

4°) de condamner l'État à leur verser, en leur qualité de représentants légaux de leur fils, la somme de 30 000 euros en réparation du préjudice moral subi par celui-ci ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2023, la rectrice de l'académie de Créteil conclut au rejet de la requête.

La Défenseure des droits a présenté des observations, enregistrées le 24 octobre 2023, en application des dispositions de l'article 33 de la loi organique du 29 mars 2001 relative au Défenseur des droits.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code des relations entre le public et l'administration ;

-la loi organique n° 2011-333 du 29 mars 2011 ;

-le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. "

2. Dans le dernier de leurs écritures, M. et Mme D sollicitent, à titre principal, sur le fondement des dispositions citées au point précédent, d'une part, qu'il soit enjoint à la rectrice de l'académie de Créteil de scolariser leur fils mineur, A D, né le 24 septembre 2008, en classe de seconde professionnelle, d'autre part, la condamnation de l'État à leur verser une indemnité d'un montant total de 36 059 euros en réparation de préjudices.

Sur l'exception d'incompétence territoriale du tribunal opposée par la rectrice de l'académie de Créteil :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 312-1 du code de justice administrative : " Lorsqu'il n'en est pas disposé autrement par les dispositions de la section 2 du présent chapitre ou par un texte spécial, le tribunal administratif territorialement compétent est celui dans le ressort duquel a légalement son siège l'autorité qui, soit en vertu de son pouvoir propre, soit par délégation, a pris la décision attaquée []. " Aux termes de l'article R. 221-3 du même code : " Le siège et le ressort des tribunaux administratifs sont fixés comme suit : / [] Melun : Seine-et-Marne, Val-de-Marne []. "

4. Il résulte de l'instruction que la requête de M. et Mme D soulève un litige relatif à l'affectation d'un élève dans un établissement relevant de l'académie de Créteil, dont le siège est à Créteil, dans le Val-de-Marne. Il s'ensuit que le tribunal est territorialement compétent, en vertu des dispositions citées au point précédent, pour connaître de ce litige. L'exception d'incompétence territoriale opposée en défense doit, dès lors, être écartée.

Sur les conclusions de la requête :

5. D'une part, il résulte de l'instruction que M. et Mme D ont successivement présenté, en formulant à cet effet des vœux au moyen de l'application " Affelnet " suivant la procédure dématérialisée mise en place dans l'académie de Créteil, une demande d'affectation de leur fils en classe de seconde professionnelle " photographie " au lycée public Suger de Saint-Denis puis une demande d'affectation de leur fils en classe de seconde professionnelle " métiers de la relation client " au lycée Jean-Baptiste Clément de Gagy, au lycée Louis Lumière de Chelles ou au lycée Jean Moulin de Vincennes et que les affectations ainsi sollicitées ont été refusées, la première, le 27 juin 2023, la seconde, le 13 septembre suivant. Nonobstant la circonstance qu'ils n'auraient pas été notifiés aux requérants et que ceux-ci n'ont pas reçu communication de leurs motifs, ces refus constituent, de même que la décision implicite de rejet qui est née, en application des dispositions de l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration, du silence gardé pendant deux mois par la rectrice de l'académie de Créteil sur le recours gracieux que M. et Mme D ont formé contre eux par une lettre datée du 18 septembre 2023, des décisions à l'exécution desquelles ferait obstacle le prononcé de la mesure d'injonction sollicitée dans la présente instance. Par suite, il n'y a pas lieu, en l'absence de réunion de l'ensemble des conditions requises à cette fin par les dispositions de l'article L.521-3 du code de justice administrative, de prescrire cette mesure.

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire []. " Il résulte tant de la mission qui lui est ainsi impartie que des termes, cités au point 1, de l'article L. 521-3 du code de justice administrative que, lorsqu'il est saisi, comme en l'espèce, sur le fondement des dispositions de cet article, le juge des référés ne peut, sans excéder sa compétence, condamner l'administration au paiement d'une somme d'argent. Les conclusions indemnitaires présentées par M. et Mme D sont, par suite, irrecevables.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la rectrice de l'académie de Créteil que la requête de M. et Mme D doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er :La requête de M. et Mme D est rejetée.

Article 2 :La présente ordonnance sera notifiée à Mme E C épouse D et M. B D et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée pour information à la rectrice de l'académie de Créteil et à la Défenseure des droits.

Fait à Melun, le 5 septembre 2024.

Le juge des référés,

Signé : P. ZANELLA

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,