Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2310234

jeudi 5 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2310234
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision du 5 juin 2023 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. A B, ressortissant tunisien. Le juge a requalifié cette décision en refus de titre de séjour, mais a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car le requérant n'a pas justifié de circonstances particulières rendant nécessaire une mesure provisoire immédiate. Il a notamment relevé que M. A B avait attendu plus de huit ans après son entrée en France pour déposer sa première demande de titre de séjour et que son contrat de travail ne semblait pas menacé par la décision contestée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er octobre 2023, M. C A B, représenté par Me Sourty, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 5 juin 2023 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne d'enregistrer sa demande de titre de séjour en le convoquant à un examen de situation administrative dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. " En vertu des dispositions de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction contradictoire ni audience publique lorsque la demande dont il est saisi ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de cette demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

2. Il résulte de l'instruction que M. A B, qui est de nationalité tunisienne, s'est vu notifier, par un courriel du 5 juin 2023, la " clôture " de la demande de titre de séjour qu'il avait déposée le 2 juin précédent, en sa qualité de conjoint d'une Française. La requête de l'intéressé doit être regardée comme tendant, à titre principal, à la suspension de l'exécution, sur le fondement des dispositions, citées au point précédent, de l'article L. 521-1 de code de justice administrative, de la décision ainsi prise.

3. D'une part, cette décision n'est pas fondée sur le caractère incomplet du dossier de la demande de titre de séjour déposée le 2 juin 2023 par M. A B mais, ainsi que cela ressort de ses termes, sur deux motifs tenant, l'un, à la circonstance que l'intéressé a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en 2016, l'autre, à la circonstance que l'intéressé n'a pas été détenteur d'un nouveau visa d'entrée après 2015. Elle doit dès lors s'analyser comme un refus de titre de séjour, et non comme un refus d'enregistrement d'une demande de titre de séjour.

4. D'autre part, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension de l'exécution d'une décision administrative lorsque l'exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts que celui-ci entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension de l'exécution d'une décision relative au séjour en France d'un étranger, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de cette décision sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe remplie dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait du titre de séjour de ce dernier. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.

5. Pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à suspendre l'exécution de la décision en litige, M. A B fait valoir que cette décision a pour effet de le maintenir dans une situation dans laquelle il se trouve privé du droit de séjourner en France et d'y exercer une activité professionnelle alors que, travaillant depuis le mois de février 2022 comme préparateur de commandes pour le même employeur, il dispose de perspectives d'embauche sérieuses et qu'il souhaite contribuer de manière régulière aux charges de son foyer et obtenir la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de conjoint d'une Française sur le fondement des dispositions des articles L.423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, les circonstances ainsi invoquées ne peuvent être regardées comme suffisant par elles-mêmes à caractériser l'urgence requise pour la mise en œuvre des pouvoirs que le juge des référés tient de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, et ce, d'autant moins qu'il résulte de l'instruction que l'intéressé, qui est entré en France le 24 février 2015 sous couvert d'un visa de court séjour, a ensuite attendu le 2 juin 2023, soit plus de huit ans, pour déposer sa première demande de titre de séjour et que son actuel contrat de travail, dont rien ne permet de penser qu'il serait prochainement susceptible d'être suspendu ou rompu en raison de l'intervention de la décision en litige, a été initialement conclu pour une durée déterminée de trois mois le 1er février 2022 puis renouvelé pour une durée indéterminée le 1er mai suivant malgré l'irrégularité de sa situation administrative.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de M. A B, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, suivant la procédure prévue à l'article L. 522-3 du même code.

O R D O N N E :

Article 1er :La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A B.

Fait à Melun, le 5 septembre 2024.

Le juge des référés,

Signé : P. ZANELLA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,