Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2311629
mercredi 2 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2311629 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | PACHECO |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
I) Sous le n° 2310929, par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 octobre 2023 et le 22 mai 2024, Mme C B, représentée par Me Pacheco, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du directeur général adjoint de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) en date du 30 août 2023, rejetant son recours administratif du 8 août 2023 tendant à l'annulation de la décision du 28 juillet 2023 lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, ensemble ladite décision ;
3°) d'enjoindre au directeur de l'OFII, à titre principal, de la rétablir dans ses conditions matérielles d'accueil, de lui verser l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif à compter de la délivrance de son attestation de demande d'asile et de lui proposer une offre d'hébergement dédié, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil une somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle ou, si sa demande d'aide juridictionnelle devait être rejetée, de lui verser cette somme, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que l'OFII ne justifie pas lui avoir délivré les informations sur les modalités des conditions matérielles d'accueil dans une langue qu'elle comprend ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et de celle de sa fille ;
- elle méconnaît l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de fait dès lors que la demande présentée au nom de sa fille n'était pas tardive ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle ne tient pas compte de sa situation de vulnérabilité, ni de celle de sa fille.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 mai 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 30 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 23 mai 2024.
II) Sous le n° 2311629, par une ordonnance n° 2308319 en date du 31 octobre 2023, enregistrée le même jour au greffe du tribunal administratif de Melun, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal administratif de Melun, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, le dossier de la requête présentée par Mme B.
Par cette requête enregistrée au greffe du tribunal administratif de Versailles le 9 octobre 2023 et un mémoire enregistré le 22 mai 2024 au greffe du tribunal administratif de Melun, Mme C B demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du directeur général adjoint de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) en date du 30 août 2023, rejetant son recours administratif du 8 août 2023 tendant à l'annulation de la décision du 28 juillet 2023 lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, ensemble ladite décision ;
3°) d'enjoindre au directeur de l'OFII, à titre principal, de la rétablir dans ses conditions matérielles d'accueil, de lui verser l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif à compter de la délivrance de son attestation de demande d'asile et de lui proposer une offre d'hébergement dédié, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil une somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle ou, si sa demande d'aide juridictionnelle devait être rejetée, de lui verser cette somme, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que l'OFII ne justifie pas lui avoir délivré les informations sur les modalités des conditions matérielles d'accueil dans une langue qu'elle comprend ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et de celle de sa fille ;
- elle méconnaît l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de fait dès lors que la demande présentée au nom de sa fille n'était pas tardive ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle ne tient pas compte de sa situation de vulnérabilité, ni de celle de sa fille.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 mai 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 décembre 2023.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Jean a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante ivoirienne née en 1988, a présenté une demande d'asile le 28 juillet 2023. Constatant que l'intéressée n'avait pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai de 90 jours suivants son entrée en France, la directrice territoriale de Créteil de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a, par décision du 28 juillet 2023, refusé de lui octroyer les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile. Mme B a alors introduit le 8 août 2023 le recours administratif préalable obligatoire de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel a été rejeté par une décision du directeur général adjoint de l'OFII en date du 30 août 2023. Il s'ensuit que les conclusions des requêtes de Mme B tendant à l'annulation de la décision du 8 août 2023 doivent être regardées comme dirigées uniquement contre la décision explicite du 30 août 2023 par laquelle l'OFII a rejeté ce recours.
Sur la requête n° 2311629 :
2. La requête enregistrée sous le n° 2311629 constitue en réalité le double de la requête enregistrée sous le n° 2310929 sur laquelle il est statué par le présent jugement. Cette requête doit donc être rayée du registre du greffe du tribunal.
Sur la requête n° 2310929 :
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 décembre 2023. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :
4. A termes de l'article L. 521-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la demande d'asile est présentée par un étranger qui se trouve en France accompagné de ses enfants mineurs, elle est regardée comme présentée en son nom et en celui de ses enfants ". A termes de l'article L. 551-15 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27 () ", c'est-à-dire dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France.
5. Pour refuser à Mme B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, la décision attaquée retient que celle-ci n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France dès lors qu'elle n'a déposé une demande d'asile que le 28 juillet 2023 alors qu'elle est entrée en France le 20 mars 2022. Il ressort toutefois des pièces du dossier que Mme B a donné naissance à une fille le 16 juillet 2023 et que sa demande d'asile, introduite douze jours après cette naissance, était présentée en son nom propre mais également, et de manière expresse, en celui de son enfant. Dans ces conditions, c'est à tort que l'OFII a considéré que c'est sans motif légitime que Mme B avait sollicité l'asile plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France.
6. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 30 août 2023 lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
7. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil soit accordé rétroactivement à Mme B depuis le 28 juillet 2023. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre à l'OFII d'y procéder dans le délai de trois mois à compter de la mise à disposition au greffe du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Pacheco, avocat de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Pacheco de la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La requête enregistrée sous le n° 2311629 est rayée du registre du greffe du tribunal.
Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme B tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Article 3 : La décision du directeur général adjoint de l'OFII en date du 30 août 2023 est annulée.
Article 4 : Il est enjoint à l'OFII d'accorder à Mme B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil avec effet rétroactif à compter du 28 juillet 2023 dans le délai de trois mois à compter de la mise à disposition au greffe du présent jugement.
Article 5 : L'État versera la somme de 1 200 euros à Me Pacheco, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Pacheco renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 18 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Le Broussois, président,
M. Meyrignac, premier conseiller,
Mme Jean, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé : A. JeanLe président,
Signé : N. Le Broussois
La greffière,
Signé : L. Darnal
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Nos 2310929, 2311629