Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2311838

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2311838
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a rejeté la requête de Mme B épouse C contestant le classement sans suite de sa demande de naturalisation par la préfète du Val-de-Marne. La requérante n'a pas produit les pièces complémentaires dans le délai de quinze jours suivant la mise à disposition de la mise en demeure sur son espace personnel, cette notification étant réputée régulière en application de l'article 3 de l'arrêté du 3 février 2023. Le tribunal a jugé que les difficultés alléguées pour obtenir un extrait de casier judiciaire à Madagascar ne constituaient pas une impossibilité imprévisible et indépendante de sa volonté justifiant le dépassement du délai. La décision de classement sans suite, fondée sur l'article 40 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993, a donc été validée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 novembre 2023, Mme A B épouse C doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 29 août 2023 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a classé sans suite sa demande de naturalisation, ainsi que la décision implicite de rejet prise sur son recours gracieux formé le 30 août 2023 contre cette décision.

Mme B épouse C soutient que :

- elle a pris connaissance de la mise en demeure uniquement le 15 août 2023 ; elle pensait qu'elle disposait d'un délai de deux mois à compter de cette date pour fournir les pièces sollicitées ;

- elle a dû faire parvenir son extrait de casier judiciaire de Madagascar ce qui lui a demandé du temps.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 janvier 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par la SELARL Actis Avocats, agissant par Me Termeau, conclut au rejet de la requête de Mme B épouse C en faisant valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 13 mai 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 13 juin 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française ;

- l'arrêté du 3 février 2023 pris pour l'application du décret n° 93-1362 du

30 décembre 1993, relatif aux modalités de dépôt et aux conditions de notification des communications de l'administration dans le cadre des différentes procédures dématérialisées d'acquisition ou de perte de la nationalité française, et notamment son article 3 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Avirvarei, conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B épouse C demande l'annulation de la décision du 29 août 2023 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a classé sans suite sa demande de naturalisation pour défaut de production des pièces complémentaires dans le délai fixé par une mise en demeure adressée sur le fondement de l'article 40 du décret n° 93-1362 du

30 décembre 1993, ensemble la décision prise sur son recours gracieux formé le 30 août 2023 contre cette décision.

Le droit applicable :

2. Aux termes de l'article 40 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 dans sa rédaction résultant du décret n° 2019-1507 du 30 décembre 2019 : " L'autorité qui a reçu la demande () peut, à tout moment de l'instruction de la demande de naturalisation (), mettre en demeure le demandeur de produire les pièces complémentaires ou d'accomplir les formalités administratives qui sont nécessaires à l'examen de sa demande. / Si le demandeur ne défère pas à cette mise en demeure dans le délai qu'elle fixe, la demande peut être classée sans suite. Le demandeur est informé par écrit de ce classement ". Aux termes du dernier alinéa de l'article 35 du décret du 30 décembre 1993 : " Lorsque la demande a été déposée au moyen de l'application informatique mentionnée au premier alinéa [c'est-à-dire au moyen de " l'application informatique dédiée accessible par le réseau Internet "], les notifications adressées au demandeur se font au moyen de celui-ci dans des conditions précisées par un arrêté du ministre chargé des naturalisations ". Aux termes du dernier alinéa de l'article 3 de l'arrêté du 3 février 2023 : " Tout message sur l'espace personnel de l'usager est réputé lui être notifié à la date de sa première consultation, certifiée par l'accusé de lecture délivré par l'application. A défaut d'une telle consultation dans le délai de quinze jours calendaire suivant sa date de mise à disposition sur l'espace personnel, ce message ainsi que, le cas échéant, le fichier joint, sont réputés notifiés à cette dernière date, à l'issue de ce délai ".

3. D'une part, il résulte des dispositions précitées de l'article 40, du dernier alinéa de l'article 35 décret n° 93-1362, ainsi que de l'article 3 de l'arrêté du 3 février 2023 pris pour l'application de cet alinéa, qu'il appartient à l'administration d'établir la date de la notification de la mise en demeure de produire les pièces complémentaires nécessaires à l'examen de la demande de naturalisation et que, lorsque la demande a été déposée au moyen du téléservice mentionné au point précédent, l'administration s'acquitte de cette charge en prouvant tant la mise à disposition du courrier sur l'espace personnel du demandeur dans le téléservice, que la date de cette mise à disposition et, le cas échéant, la date de sa première consultation. A ces conditions, tout message sur l'espace personnel est réputé notifié à l'intéressé à la date de sa première consultation, certifiée par l'accusé de lecture délivré par l'application, et à défaut de consultation de l'espace personnel dans les quinze jours suivant la date de sa mise à disposition, le message est réputé notifié à cette dernière date, à l'issue de ce délai.

4. D'autre part, le défaut de production des pièces complémentaires dans le délai imparti peut, à lui seul, légalement justifier une décision de classement sans suite. Toutefois, l'impossibilité de produire les pièces dans le délai imparti, à raison de circonstances imprévisibles et indépendantes de la volonté du demandeur, dont ce dernier a justifié et informé l'administration dans les meilleurs délais, est de nature à faire obstacle à un tel classement sans suite. Le juge de l'excès de pouvoir exerce un contrôle normal sur le respect de ces conditions d'application de l'article 40 du décret du 30 décembre 1993. En l'absence de production des pièces demandées dans le délai imparti et de justification d'une impossibilité de respecter ce délai, l'autorité administrative dispose d'un large pouvoir d'appréciation pour user de la faculté de classer sans suite la demande. Le juge de l'excès de pouvoir n'exerce alors plus qu'un contrôle restreint, en tenant compte de l'objet de la décision de classement sans suite, qui consiste seulement à mettre fin à l'instruction de la demande sans y statuer, et de la finalité du régime de classement sans suite, qui est d'améliorer l'efficacité des procédures d'instruction des demandes de naturalisation.

L'appréciation des faits :

5. En premier lieu, il est constant que la préfète du Val-de-Marne a mis en demeure Mme B épouse C de produire des pièces complémentaires nécessaires à l'instruction de sa demande de naturalisation dans un délai de deux mois, par un message qui lui a été mis à disposition sur son espace personnel, au moyen de l'application informatique prévue à l'article 35 du décret du 30 décembre 1993, le 17 mai 2023.

6. En deuxième lieu, il est également constant que Mme B épouse C a produit les pièces complémentaires exigées après la notification de la décision attaquée portant classement sans suite de sa demande de naturalisation, soit après le 29 août 2023.

7. En troisième lieu, Mme B épouse C soutient qu'elle a pris connaissance de la mise en demeure de produire des pièces complémentaires du 17 mai 2023 en consultant son espace personnel le 15 août 2023. Toutefois, en application des dispositions précitées du dernier alinéa de l'article 3 de l'arrêté du 3 février 2023, à défaut de consultation du message sur l'espace personnel dans un délai de quinze jours calendaires suivant sa date de mise à disposition, la mise en demeure du 17 mai 2023 est réputée notifiée à Mme B épouse C à cette même date. Or, en produisant les pièces exigées le 30 août 2023 lors de l'introduction de son recours gracieux, Mme B épouse C n'a pas respecté le délai de deux mois qui lui était imparti pour ce faire et qui courait à compter du 17 mai 2023.

8. La circonstance qu'elle a dû solliciter son casier judiciaire à Madagascar ce qui lui a demandé du temps n'a pas d'incidence sur la légalité de la décision attaquée portant classement sans suite de sa demande de naturalisation dès lors, notamment, qu'elle a procédé à cette démarche après l'expiration même du délai imparti par la mise en demeure.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B épouse C doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B épouse C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse C et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Xavier Pottier, président,

Mme Andreea Avirvarei, conseillère,

Mme Jeanne Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

La rapporteure,

A. Avirvarei

Le président,

X. PottierLa greffière,

C. Mahieu

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,