Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2312064

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2312064
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun annule la décision du 14 septembre 2023 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a classé sans suite la demande de naturalisation de Mme B. La juridiction retient que la préfète a entaché sa décision d’un défaut d’examen, en se fondant sur un doute quant à la domiciliation de l’intéressée dans le département, alors que celle-ci y résidait bien au moment du dépôt de sa demande et avait informé l’administration de son changement d’adresse. Le tribunal enjoint à la préfète de reprendre l’instruction de la demande et de la transmettre au préfet territorialement compétent. La décision s’appuie notamment sur les articles 40 et 41 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 novembre 2023, Mme A B, représentée par Me Tordo, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 septembre 2023 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a classé sans suite sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de faire droit à sa demande, ou, à défaut, de réexaminer sa demande de naturalisation dans le délai d'un moins à compter du jugement à intervenir, sous une astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle doit être regardée comme soutenant que :

- la décision attaquée est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen dès lors qu'elle résidait bien dans le département du Val-de-Marne au moment du dépôt de sa demande et qu'elle a déclaré son changement d'adresse auprès des services de l'ANEF ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa demande de naturalisation remplit l'ensemble des critères de recevabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 janvier 2024, la préfète du Val-de-Marne représentée par la SELARL Actis Avocats, agissant par Me Termeau, conclut au rejet de la requête de Mme B en faisant valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Jeanne Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B a déposé une demande de naturalisation auprès des services de la préfecture du Val-de-Marne. Par une décision du 14 septembre 2023, la préfète du

Val-de-Marne a classé sans suite sa demande sur le fondement des " articles 40 et 41 " du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993. Par sa requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Pour procéder au classement sans suite de la demande présentée par Mme B en vue d'acquérir la nationalité française, la préfète du Val-de-Marne s'est fondée sur la circonstance selon laquelle les pièces de son dossier n'ont pas permis de s'assurer de la réalité de sa domiciliation dans le département du Val-de-Marne à la date du dépôt de sa demande de naturalisation, le 1er décembre 2021.

3. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que Mme B résidait dans le Val-de-Marne au moment du dépôt de sa demande de naturalisation le 1er décembre 2021, ainsi qu'il ressort des différents avenants au contrat de location de 2012, 2013 et 2016, des quittances de mars à mai 2022 et des nombreux autres documents qu'elle a produit au soutien de sa demande, qui indiquent une adresse dans le département du Val-de-Marne, et, d'autre part, qu'elle a informé la préfecture de son changement d'adresse dans le département du Val-d'Oise antérieurement à la décision attaquée. Dès lors, en classant sans suite la demande de naturalisation de Mme B, la préfète du Val-de-Marne, à qui il appartient d'ailleurs de transmettre à l'administration compétente les demandes de naturalisation pour lesquelles elle s'estimerait territorialement incompétente, a entaché sa décision d'un défaut d'examen.

4. Dans ces conditions, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, Mme B est fondée à soutenir que c'est à tort que la préfète du Val-de-Marne a classé sans suite sa demande de naturalisation. La décision classant sans suite sa demande de naturalisation doit par suite être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. L'exécution du présent jugement implique que l'instruction de la demande de naturalisation de Mme B soit reprise et que son dossier soit transmis au préfet territorialement compétent en raison de son domicile dans le Val-d'Oise. Il n'y a pas lieu de prononcer une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à Mme B d'une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 14 septembre 2023 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a classé sans suite la demande de naturalisation de Mme B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne d'assurer la reprise immédiate de l'instruction de la demande de naturalisation de Mme B et de la transmettre au préfet territorialement compétent en raison de son domicile dans le Val-d'Oise.

Article 3 : Il est mis à la charge de l'État une somme de 500 euros à verser à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requêté est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Xavier Pottier, président,

Mme Andreea Avirvarei, conseillère,

Mme Jeanne Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

La rapporteure,

J. Darraccq-Ghitalla-Ciock

Le président,

X. PottierLa greffière,

C. Mahieu

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,