Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2312085
jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2312085 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 novembre 2023 et le 16 avril 2024, Mme B A D épouse C, représentée par Me Lamande, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 21 septembre 2023 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a classé sans suite sa demande de naturalisation ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa demande de naturalisation ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle a fourni l'ensemble des pièces demandées dans le cadre de sa demande de naturalisation et notamment une attestation de comparabilité de son diplôme délivrée par le centre Enic-Neric ;
- elle est parfaitement intégrée et démontre ses attaches à la société française de sorte qu'elle aurait dû obtenir la nationalité française.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 janvier 2024, la préfète du Val-de-Marne représentée par la SELARL Actis Avocats, agissant par Me Termeau, conclut au rejet de la requête de Mme A D épouse C en faisant valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Jeanne Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère.
Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A D épouse C a déposé une demande de naturalisation auprès des services de la préfecture du Val-de-Marne. Par une décision du 21 septembre 2023, la préfète du Val-de-Marne a classé sans suite sa demande. Par sa requête, Mme A D épouse C demande au tribunal d'annuler cette décision.
2. En premier lieu, les décisions de classement sans suite d'une demande de naturalisation n'entrent pas dans le champ de l'obligation de motivation définie par l'article 27 du code civil, ni dans celui de l'article 49 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993, ni dans aucun des cas énumérés à l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme inopérant.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 40 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " L'autorité qui a reçu la demande ou le ministre chargé des naturalisations peut, à tout moment de l'instruction de la demande de naturalisation ou de réintégration, mettre en demeure le demandeur de produire les pièces complémentaires ou d'accomplir les formalités administratives qui sont nécessaires à l'examen de sa demande. / Si le demandeur ne défère pas à cette mise en demeure dans le délai qu'elle fixe, la demande peut être classée sans suite. Le demandeur est informé par écrit de ce classement. ".
4. Pour procéder au classement sans suite de la demande de Mme A D épouse C, la préfète du Val-de-Marne a considéré qu'elle n'avait pas produit les éléments demandés " le 27 avril 2023 " dans le délai de deux mois qui lui avait été imparti. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, par deux mises en demeure du 22 février 2023, la préfète du Val-de-Marne a demandé à Mme A D C, d'une part, de produire " les documents demandés de moins de trois mois concernant votre situation de vie et professionnelle en fournissant les derniers contrats de travail + les attestations et certificats employeurs de 2022, bulletins de paie des trois derniers mois et de novembre et décembre 2022 + un justificatif et facture de domicile moins de trois mois + les avis d'imposition 2022/2021 + dernier bordereau P237 de l'année 2022, 2021 et 2020 + tout acte civils français datant de moins de trois mois et les différentes attestations de prestation social que vous avez touché pour 2022 ", d'autre part, de produire " une attestation de comparabilité délivrée par l'ENIC NARIC qui doit impérativement mentionner que les études ont été suivies en français et que le niveau de formation atteint est au moins égal au niveau 3 de la nomenclature nationale des niveaux de formation ".
5. Il ressort de la capture d'écran du téléservice produite par la préfète que
Mme A D épouse C a répondu à ces deux demandes le 11 avril 2023 en produisant
deux pièces jointes, l'une qui comporterait son contrat de formation d'analyste data, sa fiche d'inscription, les attestations et justificatifs délivrés par pôle emploi, son titre de propriété, une facture et attestation d'EDF, ses avis d'impositions de 2020, 2021, 2022 ainsi que son acte de naissance datant de moins de trois mois, et, l'autre, une attestation de comparabilité de son diplôme délivrée par le centre Enic-Naric le 11 avril 2023.
6. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'attestation de comparabilité de son diplôme transmis aux services de la préfecture, qu'elle produit devant le tribunal, ne mentionne pas expressément qu'elle avait suivi ses études en langue française. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que la préfète du Val-de-Marne a, en application de l'article 40 du décret précité, procédé au classement sans suite de sa demande.
7. En dernier lieu, Mme A D épouse C soutient qu'elle remplit les conditions pour acquérir la nationalité française. Toutefois, ces circonstances sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée qui se borne à classer sans suite sa demande sans l'examiner au fond, faute d'accomplissement des formalités administratives nécessaires à l'examen de celle-ci. Une telle décision ne préjuge en rien de l'issue d'une nouvelle demande de naturalisation que la requérante peut, si elle s'y croit fondée, déposer.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A D épouse C doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A D épouse C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A D épouse C et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Xavier Pottier, président,
Mme Andreea Avirvarei, conseillère,
Mme Jeanne Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
La rapporteure,
J. Darraccq-Ghitalla-Ciock
Le président,
X. PottierLa greffière,
C. Mahieu
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,