Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2400956
vendredi 30 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2400956 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 janvier 2024, M. A C, représenté par Me Josseaume, doit être entendu comme demandant au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 8 janvier 2024 par lequel le préfet de l'Essonne a prononcé à son encontre une interdiction de conduire sur le territoire français.
Il soutient que :
- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors que la détention de son permis de conduire est indispensable à l'exercice de son activité de chef d'entreprise qui lui impose des déplacements permanents, alors qu'aucun autre moyen de transport n'est envisageable ;
- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'arrêté en litige ;
- cet arrêté n'est pas suffisamment motivé ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 224-2 et suivants du code de la route, alors que le préfet n'allègue pas qu'il aurait fait l'objet d'une précédente suspension, de retraits de points ou de tout autre type d'infraction ;
- il a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 224-2 alinéa 3 du code de la route, à défaut de préciser le lieu de l'infraction, seul susceptible de définir la limitation de vitesse applicable ;
- il a été édicté sans lui permettre de présenter des observations préalables, alors que le préfet ne démontre pas l'existence d'une situation d'urgence qui justifierait une telle méconnaissance.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de la route ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Selon l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence () le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, le premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code précise que : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
2. Il résulte des dispositions précitées que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
3. Par un arrêté du 8 janvier 2024, le préfet de l'Essonne a prononcé une interdiction de conduire sur le territoire français à l'encontre de M. C, titulaire d'un permis de conduire étranger, en conséquence de l'infraction au code de la route commise par le requérant le 7 janvier 2024. M. C demande la suspension de l'exécution de cette décision.
4. Pour soutenir que la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative précité serait remplie, M. C se prévaut de sa qualité de gérant de la société KD Bâtiment et produit une attestation de son expert-comptable selon laquelle le requérant est en relation d'affaires avec M. B pour la réalisation d'un chantier de rénovation à Plumelec, Morbihan, jusqu'à la fin du mois de mai 2024. Toutefois, M. C n'apporte aucune précision sur les circonstances de nature à caractériser l'urgence de sa demande, alors que ce seul document ne suffit pas à établir la signature d'un contrat pour la réalisation effective de tels travaux. De plus, il résulte de l'instruction que le 7 janvier 2024, le véhicule de M. C a été enregistré à une vitesse de 154 km/h alors que la vitesse sur la route empruntée était limitée à 110 km/h. Dès lors, au regard de la gravité de l'infraction commise, le requérant ne saurait se prévaloir d'une situation d'urgence, qui doit s'apprécier objectivement et globalement au regard notamment des exigences de sécurité routière, compte tenu de la nature et de la gravité de l'infraction aux règles de la circulation routière relevée à son encontre, quand bien même la possession de son permis de conduire serait nécessaire à l'exercice de sa profession. Dès lors, les circonstances invoquées ne sont pas de nature à justifier de l'urgence qui s'attacherait à la suspension immédiate de la décision en litige.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. C sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête présentée par M. C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de l'Essonne.
La juge des référés,
Signé : C. Letort
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,