Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2401133
mercredi 4 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2401133 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 29 janvier et le 8 mars 2024, Mme A B, représentée par Me Beaulac, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'enjoindre au rectorat de l'académie de Créteil de lui communiquer l'arrêté portant affectation définitive au sein du lycée polyvalent Clément Ader, dans le délai de
48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de
150 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge du rectorat de l'académie de Créteil une somme de
1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors qu'elle doit présenter ses vœux de mutation avant le 9 février 2024, alors qu'elle n'a pas encore connaissance de sa situation administrative ;
- aucun texte législatif ou réglementaire n'affirme que la première affectation après
un changement de discipline serait provisoire, alors en outre que son affectation au sein du lycée Clément Ader, faisant suite à une demande intra-académique initialement annulée par le rectorat au motif du caractère probatoire de cette année scolaire, doit nécessairement être qualifiée d'affectation définitive ;
- la mesure sollicitée est utile et ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 février 2024, la rectrice de l'académie de Créteil conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- en l'absence de textes, le ministère de l'éducation nationale a défini une procédure pour les reconversions professionnelles et les changements de discipline, fondée sur une période dite " probatoire " à l'issue de laquelle l'enseignant titulaire est intégré dans sa discipline d'accueil ou maintenu dans celle d'origine ; toutefois, lorsque le professeur titulaire fait l'objet d'un arrêté ministériel autorisant le changement de discipline et nommant ce dernier dans cette nouvelle discipline, aucune période dite " probatoire " n'est susceptible d'être ensuite mise en place ;
- l'arrêté du 21 juin 2022 par lequel Mme B a été nommée professeure certifiée de documentation présentant un caractère définitif, il n'y a pas lieu d'édicter un nouvel arrêté de nomination dans cette nouvelle discipline, par conséquent les conclusions de la requête tendant à la communication d'un tel arrêté sont inutiles ;
- Mme B a obtenu son changement de discipline le 21 juin 2022 et a été affectée provisoirement au sein du lycée polyvalent Clément Ader au titre de l'année scolaire 2023-2024, par conséquent elle est tenue de participer à une mobilité géographique, à défaut de pouvoir conserver ce poste ;
- le mouvement inter-académique étant en cours d'instruction, elle ne peut pas lui délivrer d'arrêté d'affectation définitive.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Selon l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
2. Lorsque le juge des référés est saisi, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code justice administrative, aux fins d'enjoindre de prendre toute mesure utile dans un sens déterminé, il doit veiller à ce que cette demande présente un caractère d'urgence et d'utilité, qu'elle ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la mesure demandée ne fasse obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.
3. Mme B, professeure de lettres classiques depuis le 1er septembre 1990, a été affectée à partir de 2016 au sein de centres de documentation et d'information de plusieurs lycées de l'académie de Créteil, dans le cadre d'un parcours de reconversion vers les fonctions de professeur documentaliste. Un arrêté ministériel du 21 juin 2022 a autorisé la requérante à changer de discipline et l'a nommée professeure certifiée de documentation à compter du 1er septembre 2022, avec maintien dans l'académie de Créteil. Par un courriel du 9 janvier 2023, les services du rectorat ont informé Mme B de l'ouverture de l'année probatoire de changement de discipline, position statutaire confirmée par un courrier du rectorat en date du 22 février 2023, dont Mme B a contesté la légalité. Au cours de cette instance contentieuse, l'académie de Créteil a indiqué qu'un arrêté portant intégration en qualité de professeur de documentation serait édicté au cours du mois de septembre 2023. Mme B demande en dernier lieu qu'il soit enjoint à la rectrice de l'académie de Créteil de lui communiquer cet arrêté.
4. Toutefois, d'une part, la rectrice de l'académie de Créteil fait valoir que, dans le cadre du litige qui l'oppose à Mme B devant le tribunal administratif de Montreuil, la direction des services juridiques du ministère de l'éducation nationale lui a précisé qu'en conséquence du caractère définitif de la nomination prononcée par l'arrêté du 21 juin 2022, Mme B n'est pas soumise à l'obligation d'effectuer une année probatoire, et qu'en conséquence, aucun nouvel arrêté ne doit être édicté. De telles circonstances ont révélé que les conclusions de la requête tendant à la communication d'un tel arrêté, abandonnées par le mémoire en réplique, présentaient un caractère inutile. D'autre part, les conclusions maintenues par Mme B et tendant à la communication de l'arrêté prononçant son affectation définitive au sein du lycée polyvalent Clément Ader doivent être regardées comme tendant à ce qu'il soit enjoint à la rectrice de l'académie de Créteil de prendre un tel arrêté. Or, une telle injonction n'entre pas dans l'office du juge des référés, dont les mesures présentent un caractère provisoire.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions maintenues par Mme B sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête présentée par Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Créreil.
La juge des référés,
Signé : C. Letort
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,