Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2401177

mardi 20 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2401177
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, rejette la requête de Madame B, ressortissante algérienne, qui demandait qu’il soit enjoint à la préfète du Val-de-Marne de lui fixer un rendez-vous pour déposer une demande de certificat de résidence. Le juge estime que la condition d’urgence n’est pas remplie, faute de circonstances particulières justifiant une nécessité immédiate, compte tenu de son entrée en France en 2018 et de l’absence de démarches antérieures pour régulariser sa situation. La décision applique les dispositions du code de justice administrative et du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 janvier 2024, Madame C B épouse A, représentée par Me Bentahar, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de la convoquer dans un délai de 15 jours à compter de la décision à intervenir, afin de lui permettre de déposer son dossier de demande de certificat de résidence algérien et de lui remettre un récépissé, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.500 euros au titre de l'article L761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que, de nationalité algérienne, elle est entrée en France le 6 mars 2018 munie d'un visa, qu'elle est mariée avec un compatriote en situation régulière, qu'elle a sollicité de la préfète du Val-de-Marne un rendez-vous en vue de déposer une demande de certificat de résidence algérien le 17 juillet 2023, sans recevoir aucune réponse, que la condition d'urgence est satisfaite car elle est en France depuis cinq ans et ses filles sont malades, et que la mesure sollicitée ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse et ne fait obstacle à aucune décision administrative.

La requête a été communiquée le 6 février 2024 à la préfète du Val-de-Marne qui n'a présenté aucun mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Madame C B, ressortissante algérienne née le 12 août 1974 à Hussein Dey, entrée dans l'espace Schengen le 6 mars 2018 munie d'un visa de court séjour délivré par les autorités consulaires espagnoles à Alger, a déposé le 17 juillet 2023 en auprès de la préfète du Val-de-Marne une demande de rendez-vous en vue de déposer une demande de certificat de résidence algérien, faisant valoir sa situation d'épouse d'un compatriote en situation régulière sur le territoire français. Elle n'a reçu aucune réponse. Par sa requête enregistrée le 30 janvier 2024, elle demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une date de rendez-vous.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire. () ".

3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous.

4. En l'espèce, Madame B ne peut se prévaloir d'aucune circonstance particulière propre à rendre nécessaire l'obtention en urgence d'un rendez-vous en préfecture pour y effectuer le dépôt de sa demande de titre de séjour, dès lors qu'elle est entrée sur le territoire il y a plus de six ans, à l'âge de 43 ans, qu'elle n'a jamais demandé à voir régularisée sa situation administrative pendant cinq ans, qu'elle ne travaille pas, que, si elle est l'épouse depuis janvier 2018 d'un compatriote en situation régulière, elle n'établit pas avoir bénéficié d'une mesure de regroupement familial, et que rien ne s'oppose à ce qu'elle retourne en Algérie voir ses filles malades.

5. Dans ces conditions, la requête de Madame C B ne pourra qu'être rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Madame C B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Madame C B épouse A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera communiquée à la préfète du Val-de-Marne.

Le juge des référés,

Signé : M. Aymard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,