Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2401576
mercredi 4 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2401576 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 février 2024, Mme A B, représentée par
Me Céleste, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article
L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre la décision du 3 janvier 2024 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a classé sans suite sa demande de régularisation de sa situation administrative ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors que sa première demande de titre de séjour porte sur un certificat de résidence dont la délivrance est de plein droit, en conséquence de sa présence continue sur le territoire français depuis dix ans ;
- sa demande était accompagnée de toutes les pièces requises, et elle n'a jamais reçu
de demande de complément ;
- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de la décision en litige ;
- cette décision est entachée d'un défaut de motivation, à défaut pour le préfet d'avoir répondu dans le délai imparti à sa demande de communication de motifs du 24 mars 2023 ;
- elle est entachée d'un défaut de procédure, dès lors que le préfet n'a pas saisi la commission du titre de séjour alors qu'elle justifie d'une présence de plus de dix ans en France ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Selon l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence () le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, le premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code précise que : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension de l'exécution d'une décision administrative lorsque l'exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts que celui-ci entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension de l'exécution d'une décision relative au séjour en France d'un étranger, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de cette décision sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe remplie dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait du titre de séjour de ce dernier. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.
3. Mme B, ressortissante algérienne née le 10 décembre 1973 à Alger (Algérie), entrée en France en décembre 2010 sous couvert d'un visa long séjour délivré par les autorités italiennes, a saisi les services de la préfecture de Seine-et-Marne d'une demande de régularisation de sa situation administrative, par une lettre recommandée adressée au cours de l'année 2022. Par un courriel du 3 janvier 2024, cette demande a été classée sans suite, au motif que la requérante n'avait pas répondu à une demande d'informations complémentaires. Mme B demande la suspension de l'exécution de cette décision.
4. Pour soutenir que la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative serait satisfaite, Mme B soutient remplir les conditions pour obtenir la délivrance d'un certificat de résidence de plein droit et se trouver placée en situation précaire en conséquence de la décision en litige. Toutefois, alors qu'elle séjourne en situation irrégulière depuis plus de dix ans, il résulte de l'instruction que la demande de titre classée sans suite par la préfecture de Seine-et-Marne porte sur une première demande. Dans un tel contexte, Mme B ne démontre pas l'existence d'une atteinte grave et immédiate portée à sa situation, à défaut d'apporter le moindre élément circonstancié sur les conséquences de cette décision, tandis que sa demande de communication des motifs du rejet implicite de sa demande de titre datait de onze mois à la date de l'introduction de la présente requête. Dès lors, les circonstances invoquées ne sont pas de nature à justifier de l'urgence qui s'attacherait à la suspension immédiate de la décision de refus d'enregistrement de la demande de certificat de résidence présentée par Mme B.
5. Il résulte de l'instruction que les conclusions présentées par Mme B sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative doivent être rejetées. Doivent également être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction avec astreinte ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête présentée par Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de Seine-et-Marne.
La juge des référés,
Signé : C. Letort
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,