Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2401793

lundi 12 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2401793
TypeDécision
RecoursExécution d'un jugement
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a été saisi par Mme C, sur le fondement des articles L. 911-7 et L. 911-8 du code de justice administrative, afin de liquider l'astreinte de 100 euros par jour prononcée par une ordonnance du 30 novembre 2023. Cette ordonnance enjoignait à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous trois jours, ce qui n'a pas été exécuté dans ce délai. La requérante a été convoquée en préfecture le 28 décembre 2023, et elle a demandé la liquidation de l'astreinte pour la période du 5 au 18 décembre 2023, soit 1 300 euros. Le tribunal a fait droit à sa demande, liquidant l'astreinte à cette somme, en application des articles L. 911-6 et L. 911-7 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 décembre 2023, Mme A C, représentée par Me Rosin, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions des articles L. 911-7 et

L. 911-8 du code de justice administrative, demande au tribunal de :

1°) de prononcer la liquidation de l'astreinte fixée par l'ordonnance du 30 novembre 2023, (n° 2311916) ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme ainsi liquidée, somme à parfaire au jour du prononcé de la décision ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 3 000 euros au titre des frais irrépétibles engagés pour l'instance et non compris dans les dépens, par application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle indique que la préfète du Val-de-Marne n'a pas exécuté l'ordonnance du 30 novembre 2023 qui lui avait enjoint, dans un délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai de trois jours, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, portant autorisation de travail, ou tout autre document en tenant lieu, valable au moins jusqu'à la date du dépôt en préfecture de sa demande de titre de séjour.

Par une ordonnance du 11 janvier 2024, la présidente du tribunal administratif de Melun a ouvert une procédure juridictionnelle d'exécution de l'ordonnance du 30 novembre 2023.

Par un nouveau mémoire enregistré le 15 février 2024, Mme C, représentée par

Me Rosin, indique qu'elle a été convoquée en préfecture le 28 décembre 2023, et demande que l'astreinte soit liquidée à la somme de 1 300 euros, soit pour la période du 5 au 18 décembre 2023.

La requête a été communiquée le 15 février 2024 à la préfète du Val-de-Marne et au ministre de l'intérieur et des outre-mer qui n'ont présenté aucun mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- l'ordonnance du juge des référés du présent tribunal (requête n° 2311916) du

30 novembre 2023 ;

- le code de justice administrative.

Après avoir, au cours de l'audience du 5 mars 2024, tenue en présence de Mme Dusautois, greffière d'audience, présenté son rapport, en l'absence de la requérante, de la préfète du

Val-de-Marne et du ministre de l'intérieur et des outre-mer, ou de leurs représentants, dûment convoqués.

Considérant ce qui suit :

1. Par l'ordonnance susvisée du 30 novembre 2023, le juge des référés du présent tribunal, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a enjoint à la préfète du Val-de-Marne de délivrer à Mme C, dans un délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai de trois jours, une autorisation provisoire de séjour, portant autorisation de travail, ou tout autre document en tenant lieu, valable au moins jusqu'à la date du dépôt en préfecture de la demande de titre de séjour en qualité de salarié par la requérante. Cette date de dépôt était prévue initialement au 12 janvier 2024, plus de cinquante jours après l'expiration de la précédente carte de séjour de l'intéressée, et alors même que la société " Eco Smart France " de Bobigny (Seine-Saint-Denis) qui l'emploie sous contrat à durée indéterminée en qualité de responsable marketing depuis le 19 septembre 2023 avait demandé et obtenu du ministre de l'intérieur et des outre-mer une autorisation de travail le 2 novembre 2023. Cette ordonnance n'a pas été exécutée. Par une nouvelle requête présentée le 13 décembre 2023 sur le fondement des articles L. 911-6 et L. 911-7 du code de justice administrative, Mme C demande la liquidation de l'astreinte prononcée le 30 novembre 2023. Par un nouveau mémoire enregistré le 15 février 2024, elle indique que, le 18 décembre 2023, elle a été convoquée pour le 28 décembre 2023 en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour et demande la liquidation définitive de l'astreinte à la somme de 1 300 euros, soit pour la période du 5 au 18 décembre 2023.

2. Aux termes de l'article L. 911-6 du code de justice administrative : " L'astreinte est provisoire ou définitive. Elle doit être considérée comme provisoire à moins que la juridiction n'ait précisé son caractère définitif ". Aux termes de l'article L. 911-7 dudit code : " En cas d'inexécution totale ou partielle ou d'exécution tardive, la juridiction procède à la liquidation de l'astreinte qu'elle avait prononcée. / Sauf s'il est établi que l'inexécution de la décision provient d'un cas fortuit ou de force majeure, la juridiction ne peut modifier le taux de l'astreinte définitive lors de sa liquidation. / Elle peut modérer ou supprimer l'astreinte provisoire, même en cas d'inexécution constatée ".

3. Il résulte de ces dispositions que la liquidation de l'astreinte à laquelle procède le juge des référés se rattache à la même instance contentieuse que celle qui a été ouverte par la demande d'astreinte dont elle est le prolongement procédural. Dès lors, il appartient au juge des référés qui, par ordonnance prise sur le fondement des articles R. 921-6 et L. 911-4 du code de justice administrative, a assorti d'une astreinte l'injonction faite à l'une des parties, de statuer sur les conclusions tendant à ce que cette astreinte soit liquidée. Il peut procéder à cette liquidation s'il constate que les mesures qu'il avait prescrites n'ont pas été exécutées. Il peut la modérer ou la supprimer, même en cas d'inexécution constatée sans toutefois pouvoir remettre en cause les mesures décidées par le dispositif de la décision juridictionnelle dont l'exécution est demandée. Il peut enfin en augmenter le montant pour l'avenir, en cas d'inexécution.

Sur les conclusions aux fins de liquidation d'astreinte :

4. Il résulte de l'instruction que la préfète du Val-de-Marne, qui s'est vu notifier l'ordonnance du 30 novembre 2023, le 1er décembre 2023, ne l'a pas exécutée, et n'a convoqué Mme C, le 18 décembre 2023, que pour le 28 décembre 2023 en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour, sans indiquer aucune difficulté particulière à cette exécution.

5. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. / Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte ". Aux termes de l'article 1231-7 du même code : " En toute matière, la condamnation à une indemnité emporte intérêts au taux légal même en l'absence de demande ou de disposition spéciale du jugement. Sauf disposition contraire de la loi, ces intérêts courent à compter du prononcé du jugement à moins que le juge n'en décide autrement. () ".

6. L'article L. 313-3 du code monétaire et financier dispose que : " En cas de condamnation pécuniaire par décision de justice, le taux de l'intérêt légal est majoré de cinq points à l'expiration d'un délai de deux mois à compter du jour où la décision de justice est devenue exécutoire () ".

7. Dans ces conditions, en raison de cette carence de la préfète du Val-de-Marne dans l'exécution de l'ordonnance n° 2311926 du 30 novembre 2023, il y a lieu de prononcer la liquidation définitive de l'astreinte fixée par le juge des référés du présent tribunal, pour la période du 5 au 18 décembre 2023, soit pour une durée de 13 jours. Il y a lieu de fixer le montant de l'astreinte à liquider à hauteur de la somme de 1 300 euros, laquelle portera intérêts conformément aux dispositions rappelées aux deux points ci-dessus.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'Etat (préfète du Val-de-Marne) est condamné à verser à Mme C une somme de 1 300 euros au titre de la liquidation définitive de l'astreinte prononcée par l'ordonnance n° 2311916 du 30 novembre 2023 du juge des référés du tribunal administratif de Melun.

Article 2 : L'Etat (préfète du Val-de-Marne) versera à Mme C la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne et au ministère public près la Cour des Comptes.

Le juge des référés,La greffière,

B : M. AymardB : O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2401793