Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2401867
lundi 29 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2401867 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 février 2024, Madame A B, représentée par Me Mouafo Tambo, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté notifié le 22 janvier 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) la somme de 1500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la décision contestée a été prise sans qu'il lui ait été demandé de présenter des observations et que la décision fixant le pays de destination méconnait les stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle fixe la République démocratique du Congo comme pays de destination de la reconduite.
Le 24 mai 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, a communiqué des pièces mais n'a pas présenté de mémoire en défense.
Vu :
- l'arrêté attaqué ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
-la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-la décision de la Cour nationale du droit d'asile (4ème section, 1ère chambre) en date du
29 décembre 2023 rejetant le recours formé le 3 juillet 2023 par Madame B contre la décision du 27 avril 2023 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides avait rejeté sa demande d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique du 29 mai 2024, tenue en présence de Mme Aït Moussa, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu les observations de Me Rahmouni, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui maintient ses conclusions tendant au rejet.
La requérante, dûment convoquée, n'était ni présente ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. Madame A B, ressortissante congolaise (République démocratique du Congo) née le 11 septembre 1986 à Kinshasa, entrée en France le 3 janvier 2023 pour y solliciter l'asile, a vu sa demande rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 29 décembre 2023. Par une décision en date du 22 janvier 2024, la préfète du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par une requête enregistrée le 13 février 2024, elle a demandé l'annulation de cette décision.
2. Aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". Aux termes de l'article L. 614-5 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision. (). ".
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ". La décision querellée du 22 janvier 2024 de la préfète du Val-de-Marne mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment que l'intéressée avait vu sa demande d'asile rejetée par la Cour nationale du droit d'asile et que la décision prise ne contrevenait pas aux stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'autorité préfectorale n'étant pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressée mais seulement ceux sur lesquels elle a fondé sa décision, le moyen tiré du défaut de motivation et de défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressée doit être écarté, la requérante n'établissant pas, et ne soutenant d'ailleurs même pas, qu'elle aurait saisi la préfète du Val-de-Marne d'une demande de titre de séjour sur une autre fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, autre que l'asile, ni qu'elle aurait fait valoir auprès de cette autorité, avant le 22 janvier 2024, des éléments lui permettant de ne pas prendre la décision contestée.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 614-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ".Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
5. Madame A B soutient qu'elle encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine en raison de son orientation sexuelle. Toutefois, cette dernière n'a été tenue pour établie par la Cour nationale du droit d'asile qui a qualifié ses propos à ce sujet de " convenus et dénués d'éléments personnalisés sur les circonstances dans lesquelles elle aurait pris conscience de son attirance pour les femmes, alors qu'elle était scolarisée dans un établissement pour jeunes filles " et qui a indiqué également que les " conditions dans lesquelles elle aurait ensuite été agressée, alors qu'elle était étudiante à l'Université, ont été, de surcroît, exposées en des termes succincts et peu crédibles ". Dans la mesure où la requérante ne fait que reprendre dans sa requête ses précédents déclarations sans apporter d'éléments plus probants, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions et stipulations citées au point précédent ne pourra qu'être également écarté.
6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de Madame B ne pourra qu'être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Madame B est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à Madame A B et à la préfète du Val-de-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
Signé : M. Aymard
La greffière,
Signé : S. Aït Moussa La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
S. Aït Moussa