Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2402017

samedi 17 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2402017
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Madame B, ressortissante marocaine, qui demandait la délivrance de son titre de séjour salarié ou un rendez-vous. Le juge a estimé que le silence prolongé de l’administration au-delà de quatre mois avait fait naître une décision implicite de rejet de sa demande, rendant la mesure sollicitée inutile et contraire à l’exécution de cette décision. En conséquence, la requête a été rejetée, laissant à l’intéressée la possibilité de contester cette décision implicite par un recours en excès de pouvoir.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 février 2024, Madame A B, représentée par Me Experton, demande au tribunal, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer son titre de séjour salarié ou à tout le moins, un rendez-vous pour faire le point sur son dossier ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) une somme de 1.000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que, de nationalité marocaine, elle a demandé un changement de statut d'étudiante à salariée, qu'elle a été informée en août 2023 que son titre était en cours de fabrication, qu'elle n'a eu que des récépissés dont le dernier est arrivé à échéance en octobre 2023, sans être renouvelée, que la condition d'urgence est satisfaite car elle risque de perdre son emploi et que la mesure sollicitée est utile et ne fait obstacle à aucune décision administrative.

La requête a été communiquée le 20 février 2024 à la préfète du Val-de-Marne qui n'a présenté aucun mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Madame A B, ressortissante marocaine née le 24 septembre 1998 à Oujda (Région de l'Oriental), entrée en France le 17 août 2018, a demandé le 5 mars 2023 un changement de statut de celui d'étudiant à celui de salariée. Le préfet de police de Paris lui avait délivré, le 4 avril 2022, une carte de séjour portant la mention " recherche d'emploi - création d'entreprise ", valable jusqu'au 3 avril 2023. Un récépissé de demande de titre de séjour lui a été délivré par la préfète du Val-de-Marne valable jusqu'au 3 octobre 2023 qui n'a pas été renouvelé malgré une demande en ce sens, alors que, le 11 août 2023, les services de la préfecture l'ont informée que son titre de séjour était en cours de fabrication. Par une requête enregistrée le 19 février 2024, elle sollicite du juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint à la préfète du Val-de-Marne de lui renouveler son récépissé ou de lui délivrer son titre de séjour.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. () ".

4. Outre qu'il n'entre pas dans les compétences du juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre à l'administration de délivrer un titre de séjour, quand bien même il serait soutenu que cette délivrance serait de plein droit, il ressort des pièces du dossier que le récépissé délivré le 20 avril 2023 à l'intéressé n'a pas été renouvelé au-delà du 3 octobre 2023.

5. Par suite, et en l'absence de toute information communiquée par les parties depuis l'introduction de la présente requête, le défaut de renouvellement de ce récépissé, comme de toute demande de pièces complémentaires par la préfète du Val-de-Marne susceptible de prolonger le délai d'instruction, ne peut que révéler l'existence, à cette date, d'une décision implicite de rejet opposée par la préfète du Val-de-Marne à la demande présentée par Madame B, quand bien même un membre des services de la préfecture lui aurait indiqué, par un courrier électronique non signé du 11 août 2023, que son " titre de séjour de séjour est désormais en cours de fabrication ".

6. Eu égard à l'intervention de cette décision implicite de rejet, la requête présentée par Madame B sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative ne revêt plus aucun caractère d'utilité et est, au surplus, de nature à faire obstacle à l'exécution de cette décision administrative.

7. Dans ces conditions, la requête de Madame B, qui a été au surplus

introduite plus de quatre mois après la fin de validité de son récépissé de titre de séjour, ne pourra qu'être rejetée, l'intéressée demeurant fondée, si elle l'estime utile, de contester la légalité de cette décision implicite par un recours en excès de pouvoir devant le présent tribunal, assorti le cas échéant d'une demande en référé-suspension.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Madame B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Madame A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera communiquée à la préfète du Val-de-Marne.

Le juge des référés,

Signé : M. Aymard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,