Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2402201

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2402201
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a enjoint à la préfète du Val-de-Marne de convoquer M. B, ressortissant ukrainien bénéficiaire de la protection subsidiaire, sous quinze jours pour lui permettre de déposer sa demande de titre de séjour. La juridiction a constaté l'impossibilité matérielle pour le requérant d'effectuer cette démarche via la plateforme numérique dédiée, en raison de dysfonctionnements persistants, et a retenu l'urgence de la situation. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 février 2024, M. A B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance, de lui délivrer une convocation dans les

15 jours, afin qu'il puisse déposer sa demande de titre de séjour en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative et R. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés pour sa défense.

Il soutient que, de nationalité ukrainienne, il a obtenu la protection subsidiaire mais qu'il lui est impossible de déposer sa demande de carte de séjour sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France, qu'il a réussi à créer un compte mais ne peut aller au-delà, que les services d'assistance de l'Agence nationale des titres sécurisés le renvoient vers la préfecture du Val-de-Marne qui ne répond à aucune de ses demandes, que la condition d'urgence est satisfaite car il a obtenu la protection subsidiaire et que la mesure sollicitée est utile et ne fait obstacle à aucune décision administrative.

La requête a été communiquée le 23 février 2024 à la préfète du Val-de-Marne qui n'a présenté aucun mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, se disant ressortissant ukrainien né le 24 novembre 1989 à Myronivka (oblast de Kiev), indique être bénéficiaire de la protection subsidiaire depuis le 28 février 2023. Il précise n'avoir réussi à créer son compte sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France que le 18 janvier 2024, en raison des dysfonctionnements de celle-ci. Toutefois, il ne lui est pas possible de déposer sa demande de titre de séjour sur cette plateforme. Après avoir saisi les services de support de l'Agence nationale des titres sécurisés, ceux-ci lui ont demandé, le 22 janvier 2024 de saisir directement les services de la préfecture du

Val-de-Marne. Ceux-ci ne répondant à aucune de ses demandes, par sa requête enregistrée le

22 février 2024, il demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un

rendez-vous pour le dépôt de sa demande de titre de séjour.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire. () ".

3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous.

4. En l'espèce, il n'est pas contesté par la préfète du Val-de-Marne, qui n'a présenté aucun mémoire en défense, qu'il est matériellement impossible pour M. B de déposer sa demande de titre de séjour en qualité de bénéficiaire de la protection subsidiaire sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France. Par suite, il y a lieu de lui enjoindre de convoquer l'intéressé dans un délai de quinze jours aux fins qu'il puisse déposer sa demande auprès de ses services.

Sur les frais du litige :

5. M. B ayant présenté sa requête sans l'assistance d'un avocat, ses conclusions tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne pourront qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de convoquer M. B dans un délai de quinze jours aux fins qu'il puisse déposer sa demande de titre de séjour en qualité de bénéficiaire de la protection subsidiaire auprès de ses services.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera communiquée à la préfète du Val-de-Marne.

Le juge des référés,

Signé : M. Aymard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,