Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2402283

jeudi 1 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2402283
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a rejeté la requête de M. C, ressortissant turc, contestant l’obligation de quitter le territoire français prise par le préfet de la Seine-Saint-Denis. Le requérant invoquait une méconnaissance des articles 8 et 3 de la Convention européenne des droits de l’homme, mais le tribunal a estimé que la décision était fondée sur les articles L. 611-1 (4°) et L. 542-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, en raison du rejet définitif de ses demandes d’asile. La solution retenue confirme la légalité de la mesure d’éloignement, sans faire droit aux moyens soulevés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 février 2024 au greffe du tribunal administratif de Montreuil et le 23 février 2024 au greffe du présent tribunal, M. E C demande au tribunal d'annuler l'arrêté notifié le 14 février 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Il soutient que la décision contestée méconnait les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et que la décision fixant le pays de destination méconnait les stipulations de l'article 3 de cette même Convention en ce qu'elle fixe la Turquie comme pays de destination de la reconduite.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 juin 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

-la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'ordonnance du premier vice-président du tribunal administratif de Montreuil du 16 février 2024 transmettant au tribunal administratif de Melun la requête de M. C, au motif de la résidence déclarée de l'intéressé à Boissy-Saint-Léger (Val-de-Marne) ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 11 juin 2024, tenue en présence de Mme Riellant, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu les observations de Me Langagne, représentant M. C, requérant, présent, assisté de Madame D, interprète, qui soutient que l'arrêté est entaché d'une erreur de fait car il a déposé une demande de réexamen puisqu'il disposait d'éléments nouveaux soit la condamnation de son fils, qu'il est convoqué pour le 18 juin 2024 devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui indique aussi qu'il est reparti en Turquie en 2015 et est revenu en décembre 2023, qu'il a un frère en France et qu'il travaille dans le bâtiment et que toute sa famille est en Turquie.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis, dûment convoqué, n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. E C, ressortissant turc né le 2 avril 1977 à Kigi (Province de Bingöl), entré une première fois en France le 1er juin 2002 pour y solliciter l'asile a vu sa demande rejetée par la Cour nationale du droit d'asile la première fois le 5 avril 2004. Il est retourné en Turquie en 2005 pour revenir en France en 2009 et déposer des demandes de réexamen de sa demande d'asile qui ont été rejetées les 30 mars 2011, 13 mars 2014 et 18 novembre 2015. Il indique être une nouvelle fois retourné en Turquie en 2015 pour revenir une deuxième fois en France en décembre 2023 et déposer une nouvelle demande de réexamen de sa demande d'asile. Par une décision du 2 février 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé son admission au titre de l'asile et de lui délivrer une attestation de demande d'asile et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par une requête enregistrée le 16 février 2024 au greffe du tribunal administratif de Montreuil, il a demandé l'annulation de cette décision. La requête a été transmise au présent tribunal au motif de la résidence déclarée de l'intéressé à Boissy-Saint-Léger (Val-de-Marne), 3 rue Simone Veil, Bâtiment B, logement 232, chez M. A.

2. Aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". Aux termes de l'article L. 614-5 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision. (). "

.

3. Aux termes de l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation de demande d'asile dont les conditions de délivrance et de renouvellement sont fixées par décret en Conseil d'Etat. La durée de validité de l'attestation est fixée par arrêté du ministre chargé de l'asile. La délivrance de cette attestation ne peut être refusée au motif que l'étranger est démuni des documents et visas mentionnés à l'article L. 311-1. Elle ne peut être refusée que dans les cas prévus aux c ou d du 2° de l'article L. 542-2. () ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : () 2° Lorsque le demandeur :() c) présente une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen ; d) fait l'objet d'une décision définitive d'extradition vers un Etat autre que son pays d'origine ou d'une décision de remise sur le fondement d'un mandat d'arrêt européen ou d'une demande de remise par une cour pénale internationale. Les dispositions du présent article s'appliquent sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951, et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ".

4. Aux termes par ailleurs de l'article L. 614-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ".Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

5. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de M. C a été rejetée au moins à quatre reprises par les instances de l'asile. Par suite, en lui refusant de lui délivrer une attestation de demande d'asile et en lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a commis aucune erreur de droit en estimant que l'intéressé n'était pas fondé à soutenir qu'il encourait des risques en cas de retour dans son pays d'origine, pays où il était retourné à deux reprises d'abord entre 2005 et 2009 puis entre 2015 et 2023.

6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. C ne pourra qu'être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, au préfet de la Seine-Saint-Denis et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1 août 2024.

Le magistrat désigné, La greffière,

B : M. Aymard B : N. Riellant

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N. Riellant