Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2402403
jeudi 1 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2402403 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 février 2024 et un mémoire enregistré le 28 juin 2024, Mme B A, représenté par Me Samba, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui donner un rendez-vous, dans un délai de jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, afin de déposer sa demande de titre de séjour en raison de son état de santé ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme A soutient que :
- elle est entrée en France en 2016 sous couvert d'un visa Schengen et y réside de manière inhabituelle depuis lors ; elle souffre d'une drépanocytose symptomatique sévère nécessitant une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et elle ne peut pas bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, l'Algérie ; le 4 novembre 2017, elle a été mise en possession d'un titre de séjour en raison de son état de santé, valable jusqu'au 3 novembre 2018 ; le 3 mai 2023 elle a présenté en ligne une demande de rendez-vous pour renouveler ce titre de séjour ; elle a été convoquée en préfecture le 14 novembre 2023, mais elle n'a pas pu se présenter à ce rendez-vous en raison d'une maladie causée par sa pathologie ; elle a en conséquence sollicité un nouveau rendez-vous le 23 novembre 2023, sans obtenir de réponse ;
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle justifie avoir effectué des démarches depuis un an en vue d'obtenir un rendez-vous en préfecture, que son état de santé nécessite des soins qui ne peuvent lui être dispensés dans son pays d'origine, elle est étudiante en troisième année de formation en soins infirmiers et qu'elle risque de ne pas pouvoir passer sa soutenance et obtenir son diplôme si elle n'est pas en mesure de justifier de la régularité de son séjour ; elle est maintenue dans une situation précaire qui l'expose à un risque d'éloignement, alors qu'elle a signé un contrat d'engagement avec l'APHP en tant qu'étudiante infirmière le 18 mars 2024 et a été convoquée pour soutenir son mémoire de fin d'étude le 16 mai 2024 ;
- la mesure sollicitée est utile et ne souffre d'aucune contestation sérieuse :
- elle ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".
2. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. () ".
3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.
4. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.
5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que Mme A est entrée en France en 2016 et est atteinte de drépanocytose. Elle a été titulaire, pour la période du 4 novembre 2017 au 3 novembre 2018, d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dont cependant aucun élément au dossier ne permet d'établir qu'elle lui aurait été délivrée en raison de son état de santé. Si le certificat médical du 25 janvier 2024 produit par la requérante fait état de ce qu'elle a subi de nombreuses complications de sa drépanocytose en 2007 et 2009, c'est-à-dire avant son entrée sur le territoire français, il en ressort également que si le pronostic est imprévisible, et si le pronostic vital peut être mis en jeu à l'avenir, l'état de santé de la requérant ne nécessite actuellement qu'un suivi régulier avec la réalisation d'examens spécialisés afin d'anticiper certaines complications. Mme A ne soutient ni n'établit qu'elle ne serait pas en mesure de faire procéder à ce suivi, en dépit de sa situation administrative irrégulière. Il résulte également de l'instruction que Mme A séjourne en France de manière irrégulière depuis le mois de novembre 2018, qu'elle a obtenu un rendez-vous en préfecture le 14 novembre 2023 auquel elle ne s'est toutefois pas rendue. Si elle justifie d'un certificat médical d'arrêt de travail pour la période du 14 au 15 novembre 2023 ainsi que d'une nouvelle demande de rendez-vous formulée par voie postale le 16 novembre 2023, il ne résulte pas de l'instruction que Mme A aurait effectué d'autres relances auprès de la préfecture, alors qu'elle ne s'est manifestée auprès du tribunal, dans le cadre de la présente instance, que le 28 juin 2024 à la suite d'une mesure d'instruction. Enfin, il résulte de l'instruction que Mme A est actuellement en mesure de poursuivre ses études d'infirmière en dépit de sa situation administrative irrégulière. Dans ces conditions, Mme A ne peut être regardée comme justifiant d'une situation d'urgence impliquant que des mesures soient ordonnées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative. Il y a lieu par suite de rejeter les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte qu'elle présente.
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions que Mme A présente sur leur fondement à l'encontre de l'Etat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera transmise à la préfète du Val-de-Marne.
Fait à Melun, le 1er août 2024.
La juge des référés,
Signé : C. Ledamoisel
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,