Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2402479

jeudi 1 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2402479
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a rejeté la requête de M. B C, ressortissant géorgien, contestant l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 24 février 2024 lui faisant obligation de quitter sans délai le territoire français avec une interdiction de retour d'un an. Le juge a estimé que la décision était régulièrement signée par une autorité bénéficiant d'une délégation, et que les moyens soulevés (défaut de motivation, absence d'audition, erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers) n'étaient pas fondés. La solution retenue confirme la légalité de la mesure d'éloignement, en application des articles L. 611-1, L. 612-2 et L. 612-3 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 février 2024, M. B C, représenté par Me Fournier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 24 février 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de un an ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour et ce, dans le dans le délai d'un mois à compter du jour de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder à son effacement du fichier SIS ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat (préfet des Hauts-de-Seine) à verser à son conseil la somme de 1.500 euros, au titre des frais irrépétibles engagés pour l'instance en application des articles L761-1 et R. 776-20 du code de justice administrative sous réserve qu'elle renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et de dire, en cas de non admission du requérant au titre de l'aide juridictionnelle définitive, que cette somme sera directement payée entre ses mains.

Il soutient que la décision contestée a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation régulière, qu'elle est insuffisamment motivée, qu'elle a été prise sans qu'il ait été entendu, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et que la décision fixant la Géorgie comme pays de destination est également entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par une mémoire en défense enregistré le 4 juin 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 11 juin 2024, tenue en présence de Mme Riellant, greffière d'audience, présenté son rapport en l'absence du requérant et du préfet des Hauts-de-Seine, ou de leurs représentants, dûment convoqués.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant géorgien né le 14 avril 1986 à Gori, entré dans l'espace Schengen le 8 avril 2023, a été interpellé le 24 février 2024 à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) pour des faits de vol à l'étalage. Placé en garde à vue et auditionné, il a indiqué être en France depuis le 8 ou 9 septembre 2023, résider à Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne), 9bis rue de la Justice et, travailler comme peintre en bâtiment. Ne pouvant justifier de la régularité de son séjour sur le territoire, il a fait l'objet, le même jour, par le préfet des Hauts-de-Seine, d'une obligation de quitter sans délai le territoire français assortie d'une interdiction de retour pour une durée d'un an. Par une requête enregistrée le 26 février 2024, il a demandé l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ;;( ) ". Aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ; ".

3. En premier lieu, par un arrêté du 21 février 2024, régulièrement publié le même jour au numéro spécial du recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine, le préfet de ce département a donné délégation à M. D, à l'effet de signer notamment toutes les décisions et tous les actes de procédure prévus en matière de police des étrangers par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ". La décision querellée du 24 février 2024 du préfet des Hauts-de-Seine mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment que l'intéressé entré en France en étant dispensé de visa s'était maintenu sur le territoire au-delà de la durée de séjour autorisée et n'avait pas entrepris de démarches en vue d'une régularisation, et que la décision prise ne contrevenait pas aux stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, l'autorité préfectorale n'étant pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, mais seulement ceux sur lesquels elle a fondé sa décision, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige, dans l'ensemble de ses dispositions, doit être écarté.

5. En troisième lieu, le moyen tiré de ce que la décision contestée aurait été prise sans qu'il at été entendu ne pourra qu'être écartée comme manquant en fait, M. C ayant été auditionné par les services de police le 24 février 2024 à 16 heures 20.

6. En quatrième lieu, si le requérant soutient qu'il serait atteinte d'une pathologie nécessitant une prise en charge médicale, il ne l'établit pas, n'ayant même pas mentionné son état de santé lors de son audition par les services de police. Au surplus, une telle circonstance n'est plus au nombre des motifs susceptibles de faire obstacle à une reconduite à la frontière depuis la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter tout élément permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. Le requérant n'apportant aucun élément à l'appui du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par la préfète du Val-de-Marne au regard de ces stipulations, il ne pourra donc qu'être écarté.

9. De la même façon, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la même Convention ne pourra également qu'être écarté, étant également de tout élément probant susceptible d'en apprécier le bien-fondé. Au surplus, M. C n'établit pas avoir sollicité l'asile devant les autorités françaises.

10. Par suite, la requête de M. B C ne pourra qu'être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet des Hauts-de-Seine et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er août 2024.

Le magistrat désigné, La greffière,

A : M. Aymard A : N. Riellant

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N. Riellant