Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2402481
jeudi 1 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2402481 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 février 2024, complétée le 30 avril 2023, M. B C, représenté par Me Charles, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 25 février 2024 par lequel le préfet d'Eure-et-Loir lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de un an ;
2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat (préfet d'Eure-et-Loir) la somme de 1.500 euros, au titre des frais irrépétibles engagés pour l'instance en application des articles L761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision contestée est insuffisamment motivée, qu'elle a été prise sans qu'il ait été entendu, qu'il est dépourvu de base légale car il est entré régulièrement en France et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation car il est éligible à une admission exceptionnelle au séjour.
Par une mémoire en défense enregistré le 23 mai 2024, le préfet d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu :
- l'arrêté attaqué ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles,
le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique du 11 juin 2024, tenue en présence de Mme Riellant, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu les observations de Me Charles, représentant M. C, requérant, présent, qui soutient que l'arrêté en cause est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, car il est entré régulièrement en France, il remplit les conditions de l'admission exceptionnelle au séjour, il travaille depuis 2020 et vit en France de manière habituelle, que son contrat de travail a été suspendu à la suite de l'arrêté mais qu'il en trouvé un autre, qu'il est venu pour aider sa mère et qu'il est en couple avec une ressortissante française qui attend un enfant.
Le préfet d'Eure-et-Loir, dûment convoqué, n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant algérien né le 16 avril 1985 à Ain Temouchent, entré en France le 14 mars 2020 muni d'un visa de court séjour délivré par les autorités consulaires françaises à Oran, a été interpellé le 24 février 2024 à Janville-en-Beauce lors d'un contrôle routier. Ne pouvant justifier de la régularité de son séjour, il a été place en retenue administrative et auditionné. Il a déclaré à cette occasion vivre chez sa mère, travailler pour deux employeurs différents, ne pas avoir sollicité de titre de séjour. Par un arrêté du 25 février 2024, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français assortie d'une interdiction de retour pour une durée d'un an. Par une requête enregistrée le 26 février 2024, il a demandé l'annulation de cette décision. Il a déclaré dans sa requête une résidence à Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne), 2 rue Gambetta.
2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail.;( ) ". Aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ; ".
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ". La décision querellée du 25 février 2024 du préfet d'Eure-et-Loir mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment que l'intéressé était entré en France avec un visa et qu'il n'avait pas demandé de titre de séjour, et que la décision prise ne contrevenait pas aux stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, l'autorité préfectorale n'étant pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, mais seulement ceux sur lesquels elle a fondé sa décision, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige, dans l'ensemble de ses dispositions, doit être écarté.
4. En deuxième lieu, le moyen tiré de ce que la décision contestée aurait été prise sans qu'il ait été entendu ne pourra qu'être écarté comme manquant en fait, M. C ayant été auditionné par les services de police le 24 février 2024 à 17 heures 35, et ayant pu à cette occasion apporter tous les éléments nécessaires à l'appréciation de sa situation personnelle.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien susvisé : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau, ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi [ministre chargé des travailleurs immigrés] , un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ; (.) ".
6. Si le requérant soutient travailler depuis son arrivée en France, il n'établit pas disposer d'un contrat de travail vié par les autorités compétentes. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations ne pourra qu'être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter tout élément permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
8. Si M. C soutient dans le cadre de l'audience qu'il vivrait avec une ressortissante française, qui serait enceinte de ses œuvres, et qu'il a reconnu l'enfant le 13 avril 2024 en mairie de Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis), le couple s'étant installé dans cette ville 5 boulevard Robert Schuman, ces circonstances sont postérieures à la décision attaquée, le requérant n'ayant pas mentionné cette relation lors de son audition, et même à la requête. Le moyen ne pourra donc qu'être écarté.
9. Par suite, la requête de M. C ne pourra qu'être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet d'Eure-et-Loir et au préfet de Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er août 2024.
Le magistrat désigné, La greffière,
A : M. Aymard A : N. Riellant
La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N. Riellant