Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2402628
mercredi 4 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2402628 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 mars 2024, M. B A, représenté par la
scp Thémis Avocats et Associés, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle le directeur du centre pénitentiaire du Sud Francilien a refusé que son conseil lui adresse un virement sur son compte nominatif en exécution d'un jugement condamnant l'Etat à lui verser des fonds ;
3°) d'enjoindre au directeur du centre pénitentiaire du Sud Francilien d'autoriser son conseil à procéder à un tel virement, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors que la décision en litige le prive de la somme à laquelle au paiement de laquelle l'Etat a été condamné pour méconnaissance de la réglementation applicable aux salaires des emplois occupés en détention, alors que son versement lui permettrait d'améliorer ses conditions de détention et de procéder à des virements volontaires pour l'indemnisation de ses victimes civiles, et ce faisant d'obtenir des remises de peine ;
- la décision en litige n'est pas suffisamment motivée ;
- elle porte atteinte au caractère exécutoire des jugements ;
- elle est contraire aux dispositions des articles D. 332-9, R. 331-1 et R. 331-3 du code pénitentiaire dès lors qu'il a expressément sollicité l'autorisation du directeur du centre pénitentiaire pour effectuer le virement de la somme en litige sur son compte nominatif.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénitentiaire ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Selon l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
3. Il résulte des dispositions précitées que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. Par un jugement du 4 juillet 2023, le tribunal administratif de Lyon a condamné l'Etat à verser à M. A, incarcéré au sein du centre pénitentiaire Sud Francilien, la somme de 1 000,35 euros au titre de l'indemnisation des reliquats de salaires dus pour l'emploi occupé en 2019 et 2020 au sein des ateliers du centre pénitentiaire de Villefranche-sur-Saône. Le 6 octobre 2023, la somme correspondante a fait l'objet d'un virement de la part du ministère de la justice sur le compte détenu par l'avocat du requérant auprès de la caisse autonome des règlements pécuniaires des avocats, ce dernier ayant effectué le
20 octobre suivant un virement bancaire au bénéfice de M. A. Toutefois, ce virement a fait l'objet d'un rejet en date du 27 novembre 2023. Le requérant demande la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le directeur du centre pénitentiaire Sud Francilien a refusé ce virement.
5. Pour justifier de l'urgence de sa demande, M. A se prévaut de la circonstance que la somme litigieuse lui est due depuis plusieurs années, en conséquence de la méconnaissance par l'Etat de la réglementation applicable au versement des rémunérations aux personnes détenues. Toutefois, si le requérant invoque en termes généraux le fait que cette somme améliorerait considérablement ses conditions de détention, il ne ressort pas des pièces produites par la requête que l'absence de disponibilité de la somme en litige ait des conséquences graves et immédiates sur sa situation personnelle, à défaut de toute précision sur les revenus dont il dispose et sur les dépenses courantes auxquelles il doit faire face. Il s'ensuit qu'en l'état de l'instruction, les circonstances invoquées ne sont pas de nature à caractériser la condition tenant à l'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse, que les conclusions présentées par M. A sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Doivent également être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête présentée par M. A est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au Garde des Sceaux, ministre de la justice.
Copie en sera adressée au centre pénitentiaire Sud Francilien.
La juge des référés,
Signé : C. Letort
La République mande et ordonne au Garde des Sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,