Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2402767
mardi 20 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2402767 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 mars 2024, Madame C A B, représentée par Me Pafundi, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) de d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de la convoquer, d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction dans le délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.000 euros au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, étant ici précisé que le conseil du requérant renoncerait dans ce cas à percevoir l'indemnité allouée au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que, de nationalité somalienne, elle a déposé en France une demande d'asile qui a été rejetée, que sa fille a été reconnue réfugiée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 10 février 2021, qu'elle a donc déposé une demande de carte de résident en qualité de parent d'enfant réfugié le 1er mars 2022, qui a été close par la préfète du Val-de-Marne en raison du caractère incomplet de son dossier, qu'elle a voulu redéposer une demande mais n'a obtenu aucun rendez-vous, que la condition d'urgence est satisfaite car elle a droit à une carte de résident, et que la mesure sollicitée est utile et ne fait obstacle à aucune décision administrative.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 mars 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut au non-lieu à statuer, l'intéressée ayant été convoquée le 18 mars 2024 pour le dépôt de sa demande de titre de séjour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 modifié pris pour son application ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Madame C A B, ressortissante somalienne née le 1er février 1987 dans la province du Moyen-Shabelle, entrée en France le 6 décembre 2018 pour y solliciter l'asile, a vu sa demande rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 28 décembre 2020. Elle a donné naissance en France, le 30 juillet 2020, à une fille qui a été reconnue réfugiée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 10 février 2021. Madame A B a déposé, auprès de la préfète du Val-de-Marne (sous-préfecture de L'Haÿ-les-Roses), une demande de carte de résident en qualité de parent d'enfant réfugié le 1er mars 2022 et un récépissé valable trois mois lui a été délivré, qui n'a pas été renouvelé. Sa demande a été close en raison de l'incomplétude de son dossier, la préfecture lui demandant un justificatif de nationalité et d'identité, soit un passeport, document que les autorités consulaires somaliennes en Europe ont refusé de lui délivrer sans versement d'une forte somme d'argent. Une nouvelle demande déposée le 16 septembre 2022 a été également close le 14 mars 2023 pour les mêmes raisons. Elle a alors saisi la préfète du Val-de-Marne d'une troisième demande le 25 août 2023, restée sans réponse, malgré une relance du 19 février 2024. Par sa requête enregistrée le 6 mars 2024, elle demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint à la préfète du Val-de-Marne de la convoquer, d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction. Postérieurement à sa requête, la préfète du Val-de-Marne a convoqué Madame A B le 18 mars 2024 en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour.
Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
3. Ainsi qu'il l'a été dit au point 1, la préfète du Val-de-Marne a convoqué l'intéressée le 18 mars 2024 en vue du dépôt de sa carte de résident. L'intéressée ne soutenant pas, plus de cinq mois plus tard, que ce rendez-vous n'a pas été honoré, que sa demande n'a pas été enregistrée à cette occasion ni qu'un document provisoire ne lui a pas été délivré ce jour-là, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de sa requête présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.
Sur les frais du litige :
4. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
5. Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'État, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'État. S'il n'en recouvre qu'une partie, la fraction recouvrée vient en déduction de la part contributive de l'État. Si, à l'issue du délai de douze mois à compter du jour où la décision est passée en force de chose jugée, l'avocat n'a pas demandé le versement de tout ou partie de la part contributive de l'État, il est réputé avoir renoncé à celle-ci () ".
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) une somme de 1 000 euros qui sera versée à Me Pafundi, conseil de Madame A B, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Madame A B présentée sur le fondement de l'article L.521-3 du code de justice administrative.
Article 2 : L'Etat (préfète du Val-de-Marne) versera une somme de 1 000 euros à Me Pafundi, conseil de Madame A B, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Madame C A B, à Me Pafundi et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera communiquée à la préfète du Val-de-Marne.
Le juge des référés,
Signé : M. Aymard
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,