Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2403035

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2403035
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de deux décisions implicites de rejet du préfet de Seine-et-Marne concernant les demandes de titre de séjour "étudiant" et d'admission exceptionnelle au séjour de Mme B, ressortissante libanaise. La requête a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'a pas produit la copie de sa requête en annulation, comme l'exige l'article R. 522-1 du code de justice administrative. En outre, la condition d'urgence n'était pas remplie, les décisions portant sur une première délivrance de titre et non sur un refus de renouvellement, et les arguments de la requérante sur l'atteinte à ses droits n'ont pas été jugés suffisants.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 mars 2024, Mme A B, représentée par Me Charles, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution, d'une part, de la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le préfet de Seine-et-Marne sur sa demande de titre de séjour portant la mention " étudiant ", d'autre part, de la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par la même autorité sur sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour lui permettant d'exercer une activité professionnelle ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". En vertu des dispositions de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction contradictoire ni audience publique lorsque la demande dont il est saisi ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de cette demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

2. Mme B, qui, de nationalité libanaise, est entrée en France le 30 juin 2022 sous couvert d'un visa de court séjour, a déposé, le 23 septembre 2022, une demande de titre de séjour portant la mention " étudiant " puis, le 14 août 2023, une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Sa requête tend, à titre principal, à la suspension de l'exécution, sur le fondement des dispositions, citées au point précédent, de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, des décisions implicites de rejet nées du silence gardé par le préfet de

Seine-et-Marne sur chacune de ces deux demandes.

3. Aux termes du second alinéa de l'article R. 522-1 du code de justice administrative : " À peine d'irrecevabilité, les conclusions tendant à la suspension d'une décision administrative ou de certains de ses effets doivent être présentées par requête distincte de la requête à fin d'annulation ou de réformation et accompagnées d'une copie de cette dernière. ".

4. Mme B n'a pas produit, dans la présente instance, une copie de sa requête en annulation des deux décisions implicites de rejet en litige. Sa requête à fin de suspension de l'exécution de ces décisions est, par suite, manifestement irrecevable.

5. En outre, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension de l'exécution d'une décision administrative lorsque l'exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts que celui-ci entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension de l'exécution d'une décision relative au séjour en France d'un étranger, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de cette décision sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe remplie dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait du titre de séjour de ce dernier. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.

6. D'une part, les décisions implicites de rejet en litige, qui statuent l'une et l'autre sur une demande de première délivrance d'un titre de séjour, n'ont ni pour objet, ni pour effet, de refuser le renouvellement d'un titre de séjour ou de retirer un titre de séjour. Par suite, nonobstant la circonstance, au demeurant inexacte, que, selon elle, elle n'aurait jamais cessé, en droit, de séjourner régulièrement en France jusqu'à la naissance de la décision implicite de rejet de sa première demande de titre de séjour et que cette décision l'aurait ainsi fait basculer vers l'irrégularité, Mme B ne peut se prévaloir en l'espèce, contrairement à ce qu'elle prétend, d'aucune présomption d'urgence.

7. D'autre part, pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à suspendre l'exécution des décisions implicites de rejet en litige, Mme B fait valoir qu'elle est maintenue dans l'impossibilité de démontrer la régularité de son séjour depuis une durée anormalement longue du fait des carences de la préfecture dans l'instruction de ses demandes, que cette situation l'empêche d'occuper un emploi lui permettant de contribuer aux charges de son foyer, ce qui porte atteinte tant à son droit fondamental au travail qu'à son droit de mener une vie privée et familiale normale, qu'elle est constamment limitée dans les déplacements qu'elle doit effectuer pour les besoins du suivi médical pluridisciplinaire que nécessite l'état de santé de son fils, que la situation d'angoisse permanente et de blocage dans laquelle elle se trouve rejaillit sur ce dernier en amplifiant ses troubles cognitifs et émotionnels au point de ne pas lui permettre de bénéficier pleinement de sa prise en charge médicale et qu'elle peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit. Toutefois, et alors qu'elle n'apporte aucun élément relatif aux ressources et charges de son ménage de nature à établir la nécessité dans laquelle elle se trouverait actuellement d'exercer une activité professionnelle et qu'elle n'établit par ailleurs par aucune pièce l'incidence de sa situation sur sa capacité de déplacement et sur l'état de santé de son fils, les circonstances ainsi invoquées ne peuvent être regardées comme suffisant à caractériser l'urgence requise par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de Mme B, y compris ses conclusions accessoires à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, suivant la procédure prévue à l'article

L. 522-3 du même code.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.

Fait à Melun, le 24 septembre 2024.

Le juge des référés,

Signé : P. Zanella

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,