Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2403153

jeudi 5 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2403153
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision de la préfète du Val-de-Marne refusant le regroupement familial sollicité par Mme C épouse A en faveur de son conjoint. Le juge a estimé qu'aucun des moyens soulevés, notamment la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et l'erreur manifeste d'appréciation, n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée. Par conséquent, la condition tenant à l'urgence n'a pas été examinée, et l'ensemble des conclusions de la requérante, y compris celles à fin d'injonction et au titre des frais de justice, ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 15 mars et le

14 mai 2024, Mme B C épouse A, représentée par Me Gafsia, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de suspendre l'exécution de la décision par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté la demande de regroupement familial présentée en faveur de son conjoint, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne d'accorder le regroupement familial demandé, ou à défaut de réexaminer cette demande, dans le délai de huit jours ou d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou à défaut de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors qu'en matière de refus de

délivrance d'un visa long séjour dans le cadre d'une procédure de regroupement familial, le Conseil d'Etat rend une jurisprudence constante reconnaissant l'urgence lorsque les membres de la famille sont séparés depuis plusieurs années, alors qu'elle est mariée depuis le

7 novembre 2020 et que sa demande de regroupement familial a été immédiatement déposée ;

- cette situation porte atteinte à leur droit à une vie privée et familiale, protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'urgence de la mesure demandée est également caractérisée par la profession exercée par son conjoint, agent de police dans un contexte de violences extrêmes qui l'exposent au risque de se faire tuer à tout moment ;

- la décision en litige est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les revenus qu'elle perçoit en qualité d'agent de sécurité sous contrat à durée indéterminée ont dépassé le SMIC au titre de l'année 2023 et que les conditions de son logement sont conformes aux textes ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Selon l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. Mme C épouse A, ressortissante haïtienne titulaire en dernier lieu d'une carte de séjour pluriannuelle mention " vie privée et familiale " valable jusqu'au

22 janvier 2025, s'est mariée le 7 novembre 2020 avec Raynold A en Haïti, et affirme avoir présenté le 26 décembre 2020 une demande de regroupement familial en faveur de ce dernier. Par une décision du 7 novembre 2022, la préfète du Val-de-Marne a rejeté cette demande, décision contre laquelle la requérante a formé un recours gracieux par une lettre du

14 janvier 2023 à laquelle il n'a pas été répondu. Mme C épouse A demande la suspension de l'exécution de la décision du 7 novembre 2022 et du rejet implicite de son recours gracieux.

3. Il résulte de l'instruction qu'aucun des moyens soulevés par la requête n'est de nature, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité des décisions litigieuses.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme C épouse A sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Doivent également être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction assorties d'une astreinte, ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par Mme C épouse A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C épouse A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

La juge des référés,

Signé : C. Letort

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N° 2403130