Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2403378

jeudi 5 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2403378
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A, ressortissante algérienne, qui n'avait pas reçu son titre de séjour plus de dix mois après une décision favorable. Constatant l'urgence et le dysfonctionnement de l'administration, le juge a enjoint à la préfète du Val-de-Marne de convoquer l'intéressée pour enregistrer sa demande de renouvellement et lui remettre un récépissé, sous cinq jours. L'Etat a également été condamné à verser 1 500 euros à Mme A au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 mars 2024, Mme B A, représentée par Me Louafi Ryndina, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui octroyer un rendez-vous afin de lui remettre effectivement un titre de séjour d'une durée de validité d'un an, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de

100 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'impossibilité dans laquelle elle se trouve de se voir remettre son titre de séjour, après plus de dix mois d'attente depuis la décision favorable rendue sur sa demande, caractérise un dysfonctionnement de l'administration préfectorale qui la place dans une situation précaire, faisant obstacle à l'exercice d'une activité professionnelle pérenne et au maintien de ses revenus ;

- la mesure sollicitée est utile et ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision

administrative.

La requête a été communiquée le 26 mars 2024 à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

2. Lorsque le juge des référés est saisi, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, aux fins d'enjoindre à l'administration de prendre toute mesure utile dans un sens déterminé, il doit veiller à ce que cette demande présente un caractère d'urgence et d'utilité, qu'elle ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la mesure demandée ne fasse obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

3. Mme A, ressortissante algérienne née le 9 mars 2003 à Kouba (Algérie), titulaire en dernier lieu d'un certificat de résidence mention " étudiant " valable jusqu'au

20 décembre 2022, a présenté le 12 novembre 2022 sur la plateforme ANEF une demande de renouvellement de ce titre de séjour. Le 7 juin 2023, la requérante a été rendue destinataire d'une décision favorable, annonçant la mise en fabrication d'un nouveau certificat de résidence valable du 21 décembre 2022 au 20 décembre 2023, qu'elle affirme ne pas avoir effectivement reçu. Mme A demande à ce qu'il soit enjoint à la préfète du

Val-de-Marne de la convoquer pour la remise de ce titre de séjour.

4. La préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense, ne conteste pas la réalité des faits invoqués par Mme A. Si, à la date de la présente ordonnance, le certificat de résidence délivré à la requérante ne peut plus faire l'objet d'une remise effective, dès lors qu'il est arrivé à expiration, en revanche, au regard de l'urgence particulière qui s'attache au délai anormalement long dans lequel la requérante est restée sans solution et dans l'hypothèse où il n'y aurait pas été procédé, il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de convoquer Mme A afin d'enregistrer sa demande de renouvellement de ce titre de séjour et de lui remettre un récépissé ou une attestation de prolongation d'instruction, dans le délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais de justice :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Dans l'hypothèse où il n'y aurait pas été procédé, il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de convoquer Mme A afin d'enregistrer sa demande de renouvellement de titre de séjour et de lui remettre un récépissé ou une attestation de prolongation d'instruction, dans le délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 2 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.

La juge des référés,

Signé : C. Letort

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,