Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2403383

jeudi 5 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2403383
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. B. Ce dernier demandait qu'il soit enjoint à la préfète du Val-de-Marne d'instruire sa demande de renouvellement de titre de séjour ou, à défaut, de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail. Le juge a estimé qu'il n'était pas de son office d'ordonner la délivrance du titre et que, en application des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une décision implicite de rejet était née du silence de l'administration. En conséquence, la délivrance d'un récépissé aurait fait obstacle à l'exécution de cette décision implicite, ce qui a conduit au rejet de l'ensemble des conclusions de M. B.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 mars 2024, M. A B, représenté par Me Semedo Moreira, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne d'instruire sa demande de renouvellement de titre de séjour, dans le délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est remplie au regard du délai déraisonnable de traitement de sa demande et de l'absence de délivrance d'un quelconque document justificatif de la régularité de son séjour, qui le place dans une situation préjudiciable alors qu'il remplit l'ensemble des conditions pour obtenir le renouvellement de ce titre ;

- la mesure sollicitée est utile et ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

La requête a été communiquée le 26 mars 2024 à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. D'une part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

" En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

2. D'autre part, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Selon l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois ".

3. Lorsque le juge des référés est saisi, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, aux fins d'enjoindre à l'administration de prendre toute mesure utile dans un sens déterminé, il doit veiller à ce que cette demande présente un caractère d'urgence et d'utilité, qu'elle ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la mesure demandée ne fasse obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

4. M. B, ressortissant capverdien né le 12 juillet 1988 à Santiago

(Cap-Vert), entré en France sous couvert d'un visa long séjour mention " vie privée et familiale " valable jusqu'au 19 décembre 2022, a bénéficié le 18 janvier 2023 de la délivrance d'un titre de séjour de la même mention, en qualité de conjoint d'une ressortissante française. Le 25 octobre 2023, le requérant a présenté sur la plateforme ANEF une demande de renouvellement de ce titre de séjour. M. B demande à ce qu'il soit enjoint à la préfète du Val-de-Marne d'instruire cette demande et de lui remettre le titre de séjour sollicité, ou à défaut un récépissé l'autorisant à travailler.

5. Toutefois, d'une part, il n'entre pas dans l'office du juge des référés d'enjoindre à l'administration préfectorale de délivrer le titre de séjour sollicité par M. B, au regard du caractère provisoire des mesures qu'il prononce. D'autre part, il ressort des dispositions précitées des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la demande de titre de séjour présentée par le requérant doit être regardée comme ayant fait l'objet une décision implicite de rejet, née du silence gardé par les services de la préfecture du Val-de-Marne pendant quatre mois. En conséquence, les conclusions de M. B tendant à ce qu'il soit enjoint de lui délivrer un récépissé sont de nature à faire obstacle à l'exécution de cette décision implicite.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.

La juge des référés,

Signé : C. Letort

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,