Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2403478

lundi 5 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2403478
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Cette ordonnance du Tribunal Administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, rejette la requête de M. B. Ce dernier, bénéficiaire de la protection subsidiaire, demandait qu'il soit enjoint à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) de répondre à l'avis sollicité par le procureur de la République pour la rectification de son acte de naissance (mention de son mariage et de son divorce). Le juge des référés estime que la demande ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, car la rectification des actes d'état civil relève de la compétence exclusive du juge judiciaire, en application des articles R. 211-3-26 du code de l'organisation judiciaire et 99-1 du code civil. Par conséquent, la requête est rejetée comme irrecevable.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 mars 2024, Me A B, agissant en son nom personnel, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au directeur général de l'Office français de protection des réfugiés at apatrides d'émettre l'avis sollicité par le procureur de la République près le tribunal judiciaire de Paris concernant sa demande de rectification de son certificat de naissance dans un délai de

dix jours à compter de la notification de la décision sous astreinte de 150 euros par jour de

retard ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de rectifier son certificat de naissance dans un délai de dix jours à compter de la notification de la décision du procureur près le tribunal judiciaire de Paris actant la rectification demandée par M. B sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il indique que, ressortissant syrien, il a obtenu la protection subsidiaire en novembre 2015, qu'il a demandé le 30 mai 2016 à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides la modification de son état matrimonial, que, devant le silence de l'Office, il a finalement divorcé de son épouse le 24 avril 2017, que le jugement correspondant a été notifié à l'Office le 30 juillet 2019 en demandant la rectification de son acte de naissance par la mention de son mariage et de son divorce, qu'il lui a été alors demandé de saisir le procureur de la République pour cette rectification, que le parquet a alors demandé à l'Office son avis sur cette rectification le 21 septembre 2022 mais que l'Office n'a jamais répondu.

Il soutient que la condition d'urgence est satisfaite du fait même du silence de l'Office malgré de nombreuses relances et que la mesure est utile car il a besoin de ce document pour pouvoir engager une procédure de naturalisation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil,

- le code de l'organisation judiciaire,

- le décret n° 2017-890 du 6 mai 2017 relatif à l'état civil,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 3 novembre 2015, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a octroyé la protection subsidiaire à M. A B, ressortissant syrien né le 14 juin 1985 à Damas. Un acte de naissance lui a été délivré par l'Office le 1er décembre 2015, le mentionnant come célibataire. Or, il avait été marié le 24 décembre 2013 à Beyrouth (Liban) avec une compatriote, dont il a divorcé le 24 avril 2017. Il a alors demandé à l'Office la modification de son acte de naissance pour qu'il mentionne son mariage et son divorce. Celui-ci l'a renvoyé vers les services du parquet près le tribunal judiciaire de Paris, saisi par ailleurs d'une demande de naturalisation. Ces services ont sollicité l'avis de l'Office pour cette modification en septembre 2022, sans obtenir de réponse. Par sa requête enregistrée le 22 mars 2024, M. B a demandé au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d''enjoindre au directeur général de l'Office français de protection des réfugiés at apatrides d'émettre l'avis sollicité par le procureur de la République près le tribunal judiciaire de Paris concernant sa demande de rectification de son certificat de naissance.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire. () ".

3. Aux termes d'une part de l'article R. 211-3-26 du code de l'organisation judiciaire : " Le tribunal judiciaire a compétence exclusive dans les matières déterminées par les lois et règlements, au nombre desquelles figurent les matières suivantes : 1° Etat des personnes : mariage, filiation, adoption, déclaration d'absence ; 2° Annulation des actes d'état civil,

les actes irrégulièrement dressés pouvant également être annulés par le procureur de la

République (). ".

4. Aux termes d'autre part de l'article 99-1 du code civil : " L'officier de l'état civil rectifie les erreurs ou omissions purement matérielles entachant les énonciations et mentions apposées en marge des actes de l'état civil dont il est dépositaire et dont la liste est fixée par le code de procédure civile. ".

5. Aux termes enfin de l'article 2 du décret du 6 mai 2017 susvisé : " () Les personnes habilitées auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides à exercer les fonctions d'officier de l'état civil sont, dans le cadre de ces activités, placées sous le contrôle du procureur de la République près le tribunal judiciaire de Paris ".

6. Il résulte de ces dispositions que les litiges relatifs à la délivrance aux réfugiés et bénéficiaires de la protection subsidiaire ou du statut d'apatride de certificats tenant lieu d'acte d'état civil sont relatifs à l'activité de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en matière d'état-civil, laquelle est placée sous le contrôle de l'autorité judiciaire. Ils ressortissent en conséquence à la compétence exclusive des juridictions judiciaires.

7. Il s'ensuit que la demande présentée par Me B au juge des référés du tribunal administratif de Melun tendant à ce qu'il enjoigne à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de répondre à la demande d'avis que lui a adressé le procureur de la République près le tribunal judiciaire de Paris le 21 septembre 2022 doit être rejetée comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

8. Au surplus, le requérant ne justifie pas la condition d'urgence en se bornant à soutenir que le silence de l'Office depuis près de deux ans bloquerait sa demande de naturalisation, dès lors qu'il est bénéficiaire de la protection subsidiaire des autorités françaises, laquelle l'autorise à vivre, travailler et circuler librement.

9. Il y a lieu, par suite, de rejeter la requête de Me B selon la procédure de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, dans l'ensemble de ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par Me B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Me A B et au directeur général de l'Office français de protection des refugies et apatrides.

Le juge des référés,

Signé : M. Aymard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,