Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2403503

lundi 12 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2403503
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Cette décision du Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, rejette la requête de Madame B A. La requérante, ressortissante camerounaise et épouse d'un citoyen de l'Union européenne, demandait qu'il soit enjoint à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un rendez-vous pour déposer une demande de titre de séjour. Le juge a constaté que la demande de titre de séjour en qualité de membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne doit, conformément à l'arrêté du 31 mars 2023 pris pour l'application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, être effectuée via un téléservice et non par une demande de rendez-vous en préfecture. En conséquence, la mesure sollicitée n'étant pas utile, la requête a été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 mars 2024, Madame B A, représentée par Me Nguiyan, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un rendez-vous sous astreinte de 150 euros par jour de retard, afin qu'elle puisse déposer une demande de délivrance d'un titre de séjour ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1.500 euros au titre de l'article

L 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que, de nationalité camerounaise, elle est entrée en France en 2017 avec un visa d'étudiant, qu'elle a épousé le 24 février 2024 un ressortissant italien et qu'elle a donc souhaité déposer une demande de rendez-vous pour bénéficier d'un titre de séjour en qualité de conjoint de ressortissant communautaire en préfecture du Val-de-Marne, mais que cela est impossible malgré plusieurs tentatives quotidiennes, que la condition d'urgence est satisfaite car elle a le droit de voir sa situation examinée eu égard à sa qualité de membre de famille d'un citoyen européen, et que la mesure sollicitée est utile et ne fait obstacle à aucune décision administrative.

La requête a été communiquée le 28 mars 2024 à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a présenté aucun mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 31 mars 2023 pris en application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif aux titres de séjour dont la demande s'effectue au moyen d'un téléservice ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Madame B A, ressortissante camerounaise née le 18 juillet 1991 à Douala, entrée en France selon ses dires en 2017 avec un visa d'étudiant, a épousé le 24 février 2024 en mairie d'Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) un ressortissant italien, travaillant en France sous contrat à durée indéterminée pour la société " Francofa Eurodis SAS " de Neuilly-Plaisance (Seine-Saint-Denis). Elle indique avoir sollicité à de nombreuses reprises les services de la préfète du Val-de-Marne en vue de déposer une demande de titre de séjour en qualité de conjoint de ressortissant communautaire, sans succès. Par une requête enregistrée le 22 mars 2024, elle demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une convocation afin qu'elle puisse faire enregistrer sa demande de titre de séjour.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire. () ".

3. Aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; () ". Aux termes de l'article L. 233-2 du même code : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois. () ".

4. Aux termes de l'article R. 431-2 du même code : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code. () ".

5. Aux termes de l'arrêté du 31 mars 2023 susvisé : " Sont effectuées au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : () 6° A compter du 5 avril 2023, les demandes de cartes de séjour portant la mention " Carte de séjour de membre de la famille d'un citoyen UE/EEE/Suisse-Toutes activités professionnelles " (uniquement pour les ressortissants de pays tiers) mentionnées à l'article R. 233-15 du même code ".

6. Il ressort des dispositions citées ci-dessus que seules les demandes de titre de séjour de plein droit des membres de familles de ressortissant communautaire entrés depuis moins de trois mois en France doivent être déposées sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France, et non directement en préfecture.

7. En l'espèce, Madame A, en France depuis 2017 selon ses dires, qui ne dispose pas de carte de séjour en cours de validité, épouse d'un ressortissant communautaire exerçant une activité professionnelle, n'établit pas avoir sollicité un rendez-vous sur la plateforme " démarches-simplifiées.fr " de la préfecture du Val-de-Marne, les captures d'écran présentées dans sa requête correspondant à la procédure " Prendre un rendez-vous " et non à celle intitulée " Vos démarches étrangers dans le Val-de-Marne " lui permettant d'avoir accès à cette plateforme.

8. Dans ces conditions, la condition d'urgence ne peut être considérée comme satisfaite dès lors que la requérante n'établit pas avoir déposé sa demande conformément à la procédure mise en place par l'administration.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de Madame A ne pourra qu'être rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Madame A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Madame B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera communiquée à la préfète du Val-de-Marne.

Le juge des référés,

Signé : M. Aymard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,