Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2403592
vendredi 6 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2403592 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 mars 2024, M. A B Le, représenté par
Me Reynolds, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article
L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 8 février 2024 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a classé sa demande de titre de séjour mention " vie privée et familiale " ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans le délai d'une semaine à compter de la notification de l'ordonnance à venir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il se trouve dans une situation précaire pour une durée anormalement longue, qui le prive de la possibilité de travailler et complique ses rendez-vous médicaux ainsi que son accès à sa banque ;
- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de la décision en litige ;
- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est conjoint de Française et justifie de leur vie commune depuis son arrivée en France ;
- elle est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle comporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
1. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Selon l'article L. 521-3 de ce code : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Enfin, l'article L. 522-3 du même code dispose que : " lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
2. D'autre part, aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France ou du livre II, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire de l'un des documents de séjour
suivants : () 3o Une carte de séjour temporaire () ". Selon l'article R. 431-2 du même code : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code ". Selon les termes du 1° de l'article 1er de l'arrêté du 31 mars 2023 pris pour l'application de ce dernier article, les demandes de titre de séjour en qualité de conjoint de français doivent être présentées par téléservice depuis le 5 avril 2023.
3. M. Le, ressortissant vietnamien né le 20 octobre 1961 à Long An (Vietnam), entré en France au cours de l'année 2015, a bénéficié en dernier lieu d'un titre de séjour valable du 11 décembre 2019 au 10 décembre 2021. En avril 2023, le requérant a été informé par les services de la préfecture du Val-de-Marne de la fabrication de son nouveau titre de séjour, dont la remise effective est intervenue le 22 décembre 2023, en exécution d'une ordonnance rendue par le juge des référés du présent tribunal. Le 8 février 2024, la demande de renouvellement de ce titre de séjour a fait l'objet d'un classement sans suite. M. Le demande, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cette décision.
4. Toutefois, d'une part, à supposer que les conclusions principales de la requête soient en réalité fondées sur les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, dès lors qu'elles tendent à la suspension des effets de la décision en litige et que la requête soulève des moyens de légalité, il résulte de l'instruction, d'une part, que la demande dont M. Le avait saisi la préfecture du Val-de-Marne a été présentée sur le site internet " Démarches simplifiées " de cette dernière et portait sur la fixation d'un rendez-vous, afin de déposer une demande de titre. Par conséquent, une telle demande ne saurait s'analyser comme constitutive d'un refus d'enregistrement de sa demande. D'autre part, il ressort de ses mentions que la décision en litige est fondée sur la circonstance que la demande de renouvellement de titre de M. Le doit être présentée sur la plateforme " Administration Numérique des Etrangers en France " (ANEF), ainsi qu'il ressort des dispositions précitées de l'article 1er de l'arrêté du 31 mars 2023. Il s'ensuit que les conclusions de la présente requête, par laquelle M. Le demande la suspension de l'exécution de la décision du
8 février 2024, sont mal fondées.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. Le sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, et qui doivent être regardées comme se prévalant de l'article L. 521-1 du même code, doivent être rejetées. Doivent également être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction assorties d'une astreinte, ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête présentée par M. Le est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B Le et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.
La juge des référés,
Signé : C. Letort
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,