Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2404160
jeudi 12 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2404160 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 avril 2024, M. B A, représenté par Me Alagapin-Graillot, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 janvier 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de six mois ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors que la détention du permis de conduire est indispensable à l'exercice de sa profession de foreur pour la société Botte Fondations, dès lors qu'il travaille depuis janvier 2024 sur un chantier situé à Nice impliquant de fréquents déplacements quotidiens, alors qu'il réside à Les Pavillons-sous-Bois ;
- la suspension de son permis de conduire l'oblige à souscrire un abonnement à la carte liberté SNCF de 399 euros, et un total de 467 euros de frais de billets de train en février, alors qu'il doit s'acquitter d'une pension alimentaire mensuelle de 683,50 euros ;
- il n'a pas d'antécédent d'infraction justifiant une suspension de permis de conduire ;
- la décision litigieuse n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut de base légale, faute d'informations relatives aux caractéristiques de l'appareil verbalisateur ayant relevé l'infraction, qui ne saurait dès lors être considérée comme certaine ;
- elle est disproportionnée, alors que le maintien de son permis de conduire est indispensable au maintien de son équilibre financier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de la route ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
2. Il résulte des dispositions précitées que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
3. Il résulte de l'instruction que le 6 janvier 2024, M. A a fait l'objet d'un contrôle routier pour avoir commis un dépassement de la vitesse maximale autorisée sur le territoire de la commune de Claye-Souilly. Par un arrêté du 8 janvier 2024, dont le requérant demande la suspension, le préfet de Seine-et-Marne a prononcé la suspension de la validité de son permis de conduire pour une durée de six mois.
4. Pour soutenir que la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative précité serait remplie, M. A se prévaut de la charge financière particulièrement lourde générée par l'utilisation des transports en commun pour le maintien de son activité professionnelle, alors qu'il travaille sur un chantier situé à Nice et qu'il verse une pension alimentaire pour l'entretien de ses trois enfants. Toutefois, d'une part, le requérant ne démontre pas la situation d'impasse financière dont il se prévaut en produisant des bulletins de paie comportant des salaires de 4 888,34 et 6 128,01 euros mensuels, alors qu'il ne justifie pas de charges autres que le paiement d'une pension alimentaire de 683,50 euros et les frais de déplacements par train. D'autre part, il résulte de l'instruction que le 6 janvier 2024 à 10h30, le véhicule du requérant a été enregistré à une vitesse de 141 km/h sur une route limitée à 90 km/h. Dès lors, au regard de la gravité de l'infraction commise, M. A ne saurait se prévaloir d'une situation d'urgence, qui doit s'apprécier objectivement et globalement au regard notamment des exigences de sécurité routière, compte tenu de la nature et de la gravité de l'infraction aux règles de la circulation routière relevée à son encontre, quand bien même la possession de son permis de conduire serait nécessaire à l'exercice de sa profession. Par suite, la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de cet arrêté, que les conclusions présentées par la
M. A sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.
La juge des référés,
Signé : C. Letort
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,