Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2404765

vendredi 2 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2404765
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a rejeté la requête de Mme A comme portée devant un ordre de juridiction incompétent. La requérante demandait l'annulation de décisions judiciaires (jugements du TGI, arrêt de la cour d'appel, décisions du juge de l'exécution) liées à une procédure de saisie immobilière, la restitution de son bien et la condamnation de l'État pour dysfonctionnement du service public de la justice. Le tribunal a rappelé qu'il n'appartient pas au juge administratif de connaître des décisions rendues par le juge judiciaire, et que la responsabilité de l'État pour fonctionnement défectueux de la justice relève de la compétence du juge judiciaire. La requête a été rejetée sur le fondement des articles R. 222-1 du code de justice administrative et L. 311-1, L. 411-2, L. 231-6 et L. 141-1 du code de l'organisation judiciaire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 avril 2024, Mme B A demande au tribunal :

1°) d'annuler le jugement du 20 novembre 2012 du tribunal de grande instance de Créteil, l'arrêt du 3 décembre 2014 de la cour d'appel de Paris ainsi que les jugements d'orientation du 18 janvier 2018, d'adjudication du 17 mai 2018 et de rectification du 10 janvier 2019 du jugement d'adjudication du 17 mai 2018 pris par le juge de l'exécution près le tribunal de grande instance de Créteil ;

2°) de prononcer la restitution de son bien immobilier ;

3°) de condamner l'Etat à l'indemniser au titre des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison du dysfonctionnement du service de la justice.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'organisation judiciaire ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents de tribunal administratif () peuvent, par ordonnance : () 2' Rejeter les requêtes ne relevant manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative () ".

2. D'une part, aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'organisation judiciaire : " La cour d'appel connaît, sous réserve des compétences attribuées à d'autres juridictions, des décisions judiciaires, civiles et pénales, rendues en premier ressort. () ". Et aux termes de l'article L. 411-2 du même code : " La Cour de cassation statue sur les pourvois en cassation formés contre les arrêts et jugements rendus en dernier ressort par les juridictions de l'ordre judiciaire. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 231-6 du code de l'organisation judiciaire : " Le juge de l'exécution connaît, de manière exclusive, des difficultés relatives aux titres exécutoires et des contestations qui s'élèvent à l'occasion de l'exécution forcée, même si elles portent sur le fond du droit à moins qu'elles n'échappent à la compétence des juridictions de l'ordre judiciaire. Dans les mêmes conditions, il autorise les mesures conservatoires et connaît des contestations relatives à leur mise en œuvre. Le juge de l'exécution connaît, sous la même réserve, de la procédure de saisie immobilière, des contestations qui s'élèvent à l'occasion de celle-ci et des demandes nées de cette procédure ou s'y rapportant directement, même si elles portent sur le fond du droit ainsi que de la procédure de distribution qui en découle. () ". Il ressort de ces dispositions que les contestations relatives à une procédure de saisie immobilière relève de la compétence du juge de l'exécution et, par voie de conséquence, de celle de la juridiction de l'ordre judiciaire

4. La requérante demande l'annulation de décisions judiciaires se rattachant à une procédure de saisie immobilière et sollicite du tribunal qu'il se prononce sur la restitution de son bien immobilier. Toutefois, il n'appartient pas au juge administratif de connaître des décisions rendues par le juge judiciaire. De telles conclusions échappent ainsi manifestement à la compétence du juge administratif.

5. Enfin, aux termes de l'article L. 141-1 du code de l'organisation judiciaire " L'Etat est tenu de réparer le dommage causé par le fonctionnement défectueux du service public de la justice. Sauf dispositions particulières, cette responsabilité n'est engagée que par une faute lourde ou par un déni de justice. ". A ce titre, la juridiction judiciaire est compétente pour connaître des décisions ou mesures qui relèvent du fonctionnement du service public de la justice et dont l'examen se rattache à la fonction juridictionnelle ou conduit à porter une appréciation sur la marche même des services judiciaires.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A met en cause le fonctionnement du service public de la justice, notamment le non-respect de son droit à un procès équitable au cours des différentes procédures judiciaires menées devant le juge judiciaire, et non son organisation. Par suite, il n'appartient qu'au juge judiciaire de statuer sur l'action en responsabilité formée par Mme A.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée dans son intégralité comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître, en application des dispositions précitées du 2° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B A est rejetée comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.

Fait à Melun, le 2 août 2024.

La présidente,

C. LEDAMOISEL

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,