Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2405711

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2405711
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a été saisi par Mme B d’un recours pour excès de pouvoir contre la décision implicite de la rectrice de l’académie de Créteil rejetant sa demande d’attribution d’un accompagnant mutualisé pour sa fille handicapée, pour l’année scolaire 2023-2024. La requérante soutenait que sa fille, bénéficiant d’une décision de la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH) depuis 2022, n’avait toujours pas reçu l’aide humaine nécessaire. Le tribunal a examiné l’affaire au regard des principes constitutionnels et du code de l’éducation, notamment les articles L. 111-1, L. 111-2 et L. 351-3. La solution retenue n’est pas explicitée dans l’extrait fourni, mais le tribunal a envisagé une injonction à la rectrice pour mettre en œuvre la décision de la CDAPH.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 3 mai 2024, la présidente de la 1ère section du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Melun la requête de Mme E B en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative.

Par une requête enregistrée le 22 février 2024, Mme B doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision par laquelle la rectrice de l'académie de Créteil a implicitement rejeté sa demande, formée le 11 octobre 2023, tendant à obtenir un accompagnant mutualisé d'élève en situation de handicap au titre de l'année scolaire 2023-2024 pour sa fille, C D, en classe de sixième.

Elle soutient que, malgré plusieurs relances, sa fille ne bénéficie toujours pas de l'aide mutualisée qui lui a été attribuée par la décision du 18 octobre 2022 de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées du Val-de-Marne du 18 octobre 2022 au 31 août 2027 alors qu'elle est nécessaire pour l'aider dans ses apprentissages.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er juillet 2024, la rectrice de l'académie de Créteil conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'elle a accompli toutes les diligences pour recruter un accompagnant mutualisé d'élève en situation de handicap pour l'enfant C D pour mettre en œuvre la décision du 18 octobre 2022 de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées du Val-de-Marne.

Par une lettre du 23 mai 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 26 juin 2024.

La clôture immédiate de l'instruction est intervenue, en application du dernier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative, à l'émission de l'avis d'audience le 7 août 2024.

Par une lettre du 12 juillet 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de prononcer d'office une injonction à la rectrice de l'académie de Créteil d'attribuer à l'enfant C D un accompagnant mutualisé des élèves en situation de handicap pour la durée prévue par la décision du 18 octobre 2022 de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution, notamment son préambule ;

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dutour, conseillère,

- et les conclusions de Mme Blanc, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. C D, née le 6 juillet 2012, est atteinte de troubles de l'apprentissage, notamment de dyslexie et de dyspraxie. Par une décision du 18 octobre 2022, la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées du Val-de-Marne lui a attribué une aide humaine mutualisée aux élèves handicapés pour la période du 18 octobre 2022 au 31 août 2027. Par un courrier du 11 octobre 2023, reçu le 27 octobre 2023, adressé à la rectrice de l'académie de Créteil, Mme B, mère de l'enfant C D, a rappelé aux services compétents la nécessité pour sa fille de se voir attribuer cette aide humaine, dans les conditions prévues par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées. Aucune réponse ne lui ayant été faite, elle demande l'annulation de cette décision implicite de rejet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du treizième alinéa du préambule de la Constitution de 1946, auquel se réfère celui de la Constitution de 1958 : " La nation garantit l'égal accès de l'enfant () à l'instruction () ". Le droit ainsi garanti est rappelé à l'article L. 111-1 du code de l'éducation, dont le quatrième alinéa énonce que " le droit à l'éducation est garanti à chacun ", et à l'article L. 111 2 du même code, qui dispose que : " Tout enfant a droit à une formation scolaire qui, complétant l'action de sa famille, concourt à son éducation []. / Pour favoriser l'égalité des chances, des dispositions appropriées rendent possible l'accès de chacun, en fonction de ses aptitudes et de ses besoins particuliers, aux différents types ou niveaux de la formation scolaire () ". Le droit en cause est notamment mis en œuvre par les dispositions de l'article L. 112-1 du même code, lequel prévoit en son premier alinéa que : " Pour satisfaire aux obligations qui lui incombent en application des articles L. 111-1 et L. 111-2, le service public de l'éducation assure une formation scolaire, professionnelle ou supérieure aux enfants, aux adolescents et aux adultes présentant un handicap ou un trouble de la santé invalidant. Dans ses domaines de compétence, l'État met en place les moyens financiers et humains nécessaires à la scolarisation en milieu ordinaire des enfants, adolescents ou adultes en situation de handicap ". L'article L. 351-3 du même code dispose ainsi que : " Lorsque la commission mentionnée à l'article L. 146-9 du code de l'action sociale et des familles constate que la scolarisation d'un enfant dans une classe de l'enseignement public ou d'un établissement mentionné à l'article L. 442-1 du présent code requiert une aide individuelle dont elle détermine la quotité horaire, cette aide peut notamment être apportée par un accompagnant des élèves en situation de handicap recruté conformément aux modalités définies à l'article L. 917-. / Si cette scolarisation n'implique pas une aide individuelle mais que les besoins de l'élève justifient qu'il bénéficie d'une aide mutualisée, la commission mentionnée à l'article L. 146-9 du code de l'action sociale et des familles en arrête le principe et en précise les activités principales. Cette aide mutualisée est apportée par un accompagnant () ".

3. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que, d'une part, le droit à l'éducation étant garanti à chacun quelles que soient les différences de situation, et, d'autre part, le caractère obligatoire de l'instruction s'appliquant à tous, les difficultés particulières que rencontrent les enfants en situation de handicap ne sauraient avoir pour effet de les priver de ce droit, ni de faire obstacle au respect de cette obligation. Il incombe à cet égard à l'État, au titre de sa mission d'organisation générale du service public de l'éducation, de prendre l'ensemble des mesures et de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour que ce droit et cette obligation aient, pour les enfants en situation de handicap, un caractère effectif.

4. Ainsi que le soutient la requérante, il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 18 octobre 2022, la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées du Val-de-Marne a attribué à sa fille C D une aide humaine mutualisée aux élèves handicapés pour la période du 18 octobre 2022 au 31 août 2027. Il ressort des pièces du dossier que cette aide humaine mutualisée n'a, depuis le mois de septembre 2023, jamais été effectivement attribuée à sa fille, alors qu'elle est essentielle à sa scolarité et ses apprentissages. Si la rectrice de l'académie de Créteil fait valoir en défense qu'elle a accompli toutes les diligences pour recruter un accompagnant mutualisé d'élève en situation de handicap pour cette enfant pour mettre en œuvre la décision du 18 octobre 2022, l'obligation qui pèse sur elle doit avoir un caractère effectif. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être accueilli.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requérante tendant à l'annulation de la décision implicite par laquelle la rectrice de l'académie de Créteil a refusé d'octroyer à sa fille une aide humaine mutualisée des élèves en situation de handicap doivent être accueillies.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

7. Le présent jugement implique nécessairement qu'une aide humaine mutualisée des élèves en situation de handicap soit attribuée à la fille de la requérante. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Créteil d'attribuer un tel accompagnant mutualisé dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et pour la durée prévue par la décision de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de rejet résultant du silence gardé pendant deux mois par la rectrice de l'académie de Créteil sur la demande du 11 octobre 2023 tendant à l'exécution de la décision du 18 octobre 2022 par laquelle la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées du Val-de-Marne a attribué à l'enfant C D une aide humaine mutualisée aux élèves handicapés du 18 octobre 2022 au 31 août 2027 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la rectrice de l'académie de Créteil d'attribuer à C D un accompagnant mutualisé des élèves en situation de handicap dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et pour la durée prévue par la décision de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B et à la ministre de l'éducation nationale.

Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Créteil.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Dutour, conseillère,

M. Collen-Renaux, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.

La rapporteure,

L. DUTOURLa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière