Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2406193

jeudi 1 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2406193
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, rejette la requête de Mme A qui demandait qu'il soit enjoint au préfet de Seine-et-Marne de lui fixer un rendez-vous pour déposer une demande de renouvellement de son titre de séjour. Le juge estime que la condition d'urgence n'est pas remplie, faute pour la requérante de justifier de sa vie maritale et de sa résidence habituelle en France, et en raison du délai écoulé depuis l'expiration de son visa, qui n'est pas anormal. Il relève également que Mme A n'a pas démontré avoir utilisé la procédure d'assistance prévue par l'arrêté interministériel du 1er août 2023 pour pallier les difficultés techniques rencontrées sur la plateforme ANEF.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 mai 2024 et un mémoire enregistré le 6 juin 2024, Mme B A, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui donner un rendez-vous, dans un délai de quinze jours, afin de déposer sa demande de renouvellement de son titre de séjour ;

Mme A soutient que :

- elle est titulaire d'un visa de long séjour expirant le 3 mai 2024 ; depuis le 28 avril 2024, date de son retour en France, elle tente de prendre un rendez-vous sur le site de la préfecture de Melun, mais est confrontée à des problèmes techniques ; elle a saisi en vain le support technique de la direction des étrangers du ministère de l'intérieur ;

- la condition d'urgence est remplie eu égard à la date d'expiration de son visa ; elle se retrouve en situation irrégulière, alors qu'elle souhaite poursuivre son séjour en France auprès de son compagnon ; elle est exposée à un risque d'éloignement ; elle s'est vainement présentée à l'accueil numérique en préfecture à plusieurs reprises et il lui a juste été remis un formulaire avec les liens utiles ; elle a tenté de joindre téléphoniquement le centre de contact citoyen, en vain ;

- la mesure sollicitée est utile ;

- elle ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 juin 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que l'urgence n'est pas établie à défaut pour la requérante d'avoir fait usage de la procédure ad-hoc mise en place en cas de difficultés rencontrées sur la plateforme ANEF par l'arrêté interministériel du 1er août 2023

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

2. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. () ".

3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

4. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

5. En l'espèce, si Mme A se prévaut de l'impossibilité dans laquelle elle se trouve, depuis le 28 avril 2024, de se connecter sur l'ANEF pour demander le renouvellement de son titre de séjour faisant suite au visa de long séjour valant titre de séjour dont elle était titulaire jusqu'au 3 mai 2024 en qualité de visiteur, et fait valoir qu'elle souhaite continuer à séjour en France aux côtés de son compagnon, elle ne justifie pas de la vie maritale dont elle se prévaut, ni ne justifie, au regard des tampons apposés sur la copie de son passeport qu'elle verse au dossier, qu'elle résiderait de manière habituelle en France. Dans ces conditions, et alors en outre qu'elle n'a entrepris des démarches de renouvellement de son titre de séjour quelques jours seulement avant l'expiration de son visa, que le délai qui s'est écoulé depuis ne peut être regardé comme anormalement long et que les pièces qu'elle produit ne suffise pas à établir qu'elle aurait intégralement mis en œuvre la procédure d'assistance de l'arrêté interministériel du 1er août 2023 Mme A ne peut être regardé comme justifiant d'une situation d'urgence et il y a en conséquence lieu de rejeter pour ce motif les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte qu'elle présente.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer

Copie en sera transmise au préfet de Seine-et-Marne pour information.

Fait à Melun, le 1er août 2024

La juge des référés,

Signé : C. Ledamoisel

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,