Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2406422

lundi 12 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2406422
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, rejette la requête de M. A B. Ce dernier, ressortissant capverdien et père d'enfants portugais, demandait qu'il soit enjoint au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une convocation pour déposer une demande de titre de séjour en qualité de membre de famille d'un citoyen de l'Union, en raison de difficultés rencontrées sur la plateforme numérique "ANEF". Le juge estime que la condition d'urgence n'est pas satisfaite, car M. B ne justifie pas avoir engagé la procédure d'accompagnement prévue par l'arrêté du 1er août 2023, pris pour l'application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La solution retenue est donc le rejet de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 mai 2024, complétée le 28 mai 2023, M. A B, représenté par Me Haik, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, dans le délai de huit jours à compter du prononcé de l'ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de lui délivrer une convocation afin qu'il puisse enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer, sous réserve de la complétude de son dossier, une autorisation provisoire de séjour et de travail dans l'attente de l'examen de sa demande ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.000 euros au titre des frais exposés pour sa défense en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que, de nationalité capverdienne, il est le père de quatre enfants de nationalité portugaise, qu'il essaie en vain depuis avril 2023 de déposer une demande de titre de séjour en qualité de membre de famille d'un citoyen de l'Union, qu'il a déposé une demande de rendez-vous en préfecture de Seine-et-Marne, qui l'a déclarée sans suite au motif qu'il devait s'adresser à la préfecture, qu'il a ensuite tenté de déposer sa demande sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France, mais que cette plateforme connait des dysfonctionnements, sa situation n'étant pas sélectionnable, que la condition d'urgence est satisfaite car il a le droit de voir sa situation examinée eu égard à sa qualité de membre de famille d'un citoyen européen, elle n'a pas de titre de séjour alors qu'elle est réfugiée, et que la mesure sollicitée est utile dès lors qu'elle a ce statut et ne fait obstacle à aucune décision administrative.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 juin 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête, la condition d'urgence n'étant pas satisfaite car l'intéressé ne soutient pas avoir engagé la procédure d'accompagnement prévue par l'arrêté du 1er août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 1er août 2023 pris pour l'application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile fixant les modalités d'accueil et d'accompagnement et les conditions de recours à la solution de substitution des usagers du téléservice " ANEF "

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1 M. A B, ressortissant capverdien né le 28 février 1988 à Praia sur l'île de Santiago, entré dans l'espace Schengen le 25 mars 2009 muni d'un visa délivré par les autorités consulaires portugaises à Praia, est le père de quatre enfants de nationalité portugaise nés en mars 2014, décembre 2015, septembre 2022 et juillet 2023, de trois unions différentes. Le 11 avril 2023, il a déposé sur la plateforme de la préfecture de Seine-et-Marne une demande de titre de séjour en qualité de membre de famille d'un ressortissant européen. Cette demande a été classée sans suite le 21 avril 2024 au motif que " Résidant à Longueville, vous devez vous adresser à la préfecture de Melun ". Le 21 juillet 2023, il a tenté de déposer sa demande sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France mais cela s'est révélé impossible, la plateforme ne reconnaissant pas les membres de famille d'un citoyen européen. Le 13 mai 2024, il a saisi les services de la préfecture de Melun de ce dysfonctionnement, sans obtenir de réponse. Par une requête enregistrée le 27 mai 2024, il demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de lui délivrer une convocation afin qu'il puisse enregistrer sa demande de titre de séjour.

2 Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3 Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

4 Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 1er août 2023 susvisé : " Lorsqu'en application de l'alinéa 1er de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les ressortissants étrangers présents en France rencontrent des difficultés dans le cadre du dépôt en ligne de leur demande de titre de séjour, ils peuvent bénéficier d'un accueil et accompagnement mentionnés au même article et fixé par le présent arrêté ". Aux termes de l'article 2 de ce même arrêté : " L'accompagnement des personnes rencontrant des difficultés dans le cadre du dépôt en ligne de leurs demandes de titre de séjour repose : - sur une assistance téléphonique et un formulaire de contact ; et - sur un accueil physique. L'assistance téléphonique ou via un formulaire de contact est mise en œuvre par le " centre de contact citoyens " de l'Agence nationale des titres sécurisés. Le centre de contact citoyens est joignable via un numéro téléphonique dédié et gratuit. Ses téléconseillers assistent l'usager dans le dépôt de sa demande, le renseignent sur le suivi de son dossier, identifient les anomalies et les transmettent à la direction générale des étrangers en France. Ils assurent également un rôle de relais vers les usagers bloqués pour lesquels une solution a été trouvée à la suite du signalement. L'accueil physique est pris en charge par les points d'accueil numérique installés dans les préfectures et les sous-préfectures disposant d'un service chargé des étrangers. Ces points d'accueil numérique assurent l'accompagnement numérique au dépôt des demandes de titres de séjour ". Et l'article 4 du même arrêté précise : " La solution de substitution mentionnée à l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est réservée aux usagers n'ayant pu déposer leur demande via le téléservice mentionné au même article malgré leur recours au dispositif d'accueil et d'accompagnement décrit à l'article 2 du présent arrêté. Les modalités de mise en œuvre de cette solution de substitution sont fixées par le présent arrêté. Le dossier n'est recevable que si l'usager est invité par la préfecture territorialement compétente à bénéficier de la solution de substitution, après constat de l'impossibilité technique du dépôt de sa demande via le téléservice. Par exception, l'usager peut bénéficier de la solution de substitution s'il produit, à l'appui de sa demande, un document du centre de contact citoyens attestant de l'impossibilité de déposer sa demande en ligne. La demande de titre est alors effectuée auprès de la préfecture ou d'une sous-préfecture du département de résidence, ou, à Paris, de la préfecture de police de Paris. Un rendez-vous physique individuel est systématiquement proposé à l'étranger autorisé à déposer sa demande de titre selon cette modalité. Les modalités de prise de rendez-vous, qui comprennent au moins deux vecteurs, dont l'un n'est pas numérique, sont déterminées par le préfet. Le préfet peut également prévoir, si l'étranger en fait la demande, le recours à un dépôt par voie postale ou par une adresse électronique destinée à recevoir les envois du public ".

5 S'il n'est pas contesté par M. B a rencontré des difficultés pour déposer sa demande de titre de séjour sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France en raison des dysfonctionnements constatés sur cette plateforme, celle-ci y compris en avril 2024, ne reconnaissant pas sa situation, il n'est pas établi ni même soutenu qu'il ait engagé la procédure d'accompagnement prévue par les dispositions rappelées ci-dessus de l'arrêté du 1er août 2023 en saisissant notamment le " centre de contact citoyen " de l'Agence nationale des titres sécurisés.

6 Dans ces conditions, la condition d'urgence ne peut être considérée comme satisfaite dès lors que le requérant n'établit pas avoir mis en œuvre cette procédure d'accompagnement, lui permettant, en cas de défaut de réponse de l'Agence ou de persistance du dysfonctionnement constaté, de solliciter le bénéfice de la solution de substitution prévue à l'article 4 de l'arrêté du 1er août 2023.

7 IL résulte de ce qui précède que la requête de M. C ne pourra qu'être rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera communiquée au préfet de Seine-et-Marne.

Le juge des référés,

Signé : M. Aymard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,