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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2406494

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2406494

jeudi 20 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2406494
TypeDécision
Formation10ème chambre
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a rejeté la requête de M. B, ressortissant sénégalais, contestant l'arrêté du 30 avril 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'obligeait à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixait le pays de destination. Le tribunal a estimé que l'obligation de quitter le territoire, fondée sur le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison du rejet définitif de sa demande d'asile, n'était pas entachée d'incompétence et ne méconnaissait ni l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme (droit à la vie privée et familiale) ni l'article 3 (interdiction des traitements inhumains), faute pour le requérant d'établir l'impossibilité d'accéder à un traitement médical approprié au Sénégal.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 mai 2024, M. D B, représenté par Me Le Gall, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 30 avril 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne :

- l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

- a fixé le pays de destination ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le reversement à son conseil de la somme de 1 200 euros au titre de l'article 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991.

M. B soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions contestées :

- elles sont entachées d'incompétence de leur auteur ;

En ce qui concerne spécifiquement l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale dès lors qu'elle le contraint à interrompre son suivi médical ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne spécifiquement la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu :

- l'arrêté préfectoral litigieux du 30 avril 2024 ;

- les pièces, enregistrées le 24 février 2025, présentées pour le préfet du Val-de-Marne par le cabinet Actis Avocats ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de cette loi ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Freydefont pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-10 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique tenue le 5 mars 2025 en présence de Mme Darnal, greffière d'audience :

- M. Freydefont, magistrat désigné, qui a présenté son rapport ;

- Me Le Gall, représentant M. B, requérant, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en soutenant, de plus, que sa situation de santé est préoccupante, ce qui nécessite un traitement régulier en France ; il a d'ailleurs formulé une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade ; s'il est renvoyé de force au Sénégal, il ne pourra plus suivre son traitement compte tenu des ruptures de stocks fréquentes que connaît ce pays ;

- Me Kao, représentant le préfet du Val-de-Marne, défendeur, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait formulé une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade ; de plus, le requérant n'établit pas qu'il ne pourrait pas bénéficier au Sénégal d'un traitement approprié à sa pathologie ; enfin, l'obligation de quitter le territoire français a été prise sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, c'est-à-dire au motif que sa demande d'asile a été définitivement rejetée, ce qui n'est pas contesté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 12 heures 45.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et

L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () "

2. Par un arrêté en date du 30 avril 2024, la préfète du Val-de-Marne a, sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, obligé M. D B, ressortissant sénégalais né le 1er janvier 1992, à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à compter de la notification de l'arrêté et a fixé le pays de destination. Par la requête susvisée, M. B demande l'annulation des décisions contenues dans cet arrêté préfectoral.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". M. B ayant été admis à l'aide juridictionnelle totale par la décision en date du 21 août 2024 du bureau d'aide juridictionnelle, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet ; il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

4. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Or, par un arrêté n° 2022/02671 du 25 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 23 de la préfecture du Val-de-Marne, la préfète du Val-de-Marne a donné délégation à M. C A, adjoint à la directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer les décisions attaquées. Dès lors, le moyen tiré de ce que ces décisions seraient entachées d'incompétence ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-12 de code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. " ; aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. "

6. D'une part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait de l'obligation faite à M. B de quitter le territoire français puisqu'il vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et le 4° de l'article L. 611-1 précité et mentionne que la demande d'asile du requérant a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) en date du 28 novembre 2023 notifiée le 14 décembre suivant et que ce rejet a été confirmé par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) par décision du 20 mars 2024 notifiée le 9 avril suivant. L'arrêté précise également que la mesure opposée au requérant ne contrevient pas aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il résulte de ce qui précède que, nonobstant l'emploi de quelques formules types, l'obligation de quitter le territoire français est suffisamment motivée en droit comme en fait conformément à l'obligation prévue à l'article L. 613-1 précité.

7. D'autre part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait de la décision fixant le pays de destination puisqu'il vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précise la nationalité de M. B, en l'espèce sénégalaise, et indique que la décision qui lui est opposée ne contrevient pas aux stipulations de cet article 3. Ces considérations suffisent à établir une décision fixant le pays de destination motivée en droit comme en fait.

8. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté litigieux ni d'aucune pièce du dossier que la préfète n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation de M. B avant de prendre à son encontre l'arrêté litigieux.

En ce qui concerne les moyens spécifiques à l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatif au droit au respect de la vie privée et familiale : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () " Si M. B soulève la violation de ces stipulations en se prévalant de ses liens personnels en France d'une particulière intensité, il n'apporte aucun élément probant quant à la nature de ces liens. De plus, sa durée de présence en France n'est ni alléguée, ni démontrée ; au demeurant, la durée de présence sur le territoire français de M. B n'est que la résultante de la durée d'examen de sa demande d'asile en 2023 et 2024 et ne lui confère par-là même aucun droit au séjour. En outre, il n'est pas contesté que M. B est célibataire sans enfant à charge en France. Enfin, l'intéressé ne se prévaut d'aucune insertion, notamment professionnelle. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme infondé.

10. En second lieu, si M. B soutient que la mesure d'éloignement dont il fait l'objet est illégale dès lors qu'elle le contraint à interrompre son suivi médical à base notamment de paracétamol, il ne démontre pas par les différentes pièces médicales qu'il produit que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité ni, qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

En ce qui concerne le moyen spécifique à la décision fixant le pays de destination :

11. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " ; aux termes de cet article 3 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

12. M. B soulève la violation de ces stipulations et dispositions ; toutefois, il ne démontre pas de manière probante qu'il serait directement et personnellement exposé à des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour forcé dans son pays d'origine, soit du fait des autorités de cet Etat, soit même du fait de personnes ou de groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'Etat de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée. Et ce d'autant que sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA puis par la CNDA en novembre 2023 et mars 2024 et que l'intéressé n'apporte aucun élément nouveau sur lequel ces instances ne se seraient pas prononcées. Si M. B soutient plus spécifiquement qu'il verra son traitement médical interrompu en cas de retour au Sénégal, il résulte de ce qui a été dit au point 10 qu'il ne démontre pas qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié à sa pathologie.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation contenues dans la requête de M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, seront également rejetées les conclusions tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire présentée par M. B.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 5 mars 2025.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2025.

Le magistrat désigné,

Signé : C. FreydefontLa greffière,

Signé : L. Darnal

La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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