Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2406501
lundi 5 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2406501 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 mai 2024, M. A E, représenté par Mes Paci, Sax, Ronen, Vettes, Boesel et David, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, après l'avoir admis à l'aide juridictionnelle provisoire :
1°) de faire toutes mesures d'instruction utiles et toutes communications aux parties ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision du 3 mai 2024 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, l'a placé à l'isolement ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 6 000 euros à verser à ses avocats au titre du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, au cas où le bureau d'aide juridictionnelle compétent rejetterait sa demande d'aide juridictionnelle, à lui-même, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la condition d'urgence est satisfaite, eu égard aux effets d'un isolement prolongé sur son état physique et psychique, et, sur le doute sérieux, que la décision a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation qui a été mise à sa disposition ou a été affichée dans un espace dédié, qu'elle n'est pas motivée au regard des dispositions de la circulaire du 14 avril 2011 et de l'article R. 213-18 du code pénitentiaire, qu'elle a été prise sans avis du médecin, qu'elle est entachée d'une erreur de droit car elle fait suite à son transfert de Belgique, lui-même intervenu de manière irrégulière, qu'elle méconnait les dispositions de l'article R. 213-25 du code pénitentiaire car aucune mesure alternative de son emprisonnement n'a été étudiée et il n'est pas établi qu'il représenterait une menace pour la sécurité personnes et de l'établissement, qu'elle est entachée d'une erreur d'appréciation, quant à l'équilibre à rechercher entre la conséquence de la décision sur sa situation et le maintien de l'ordre et de la sécurité et sur l'absence de prise en compte de son état de vulnérabilité et de sa détresse aggravé par l'isolement, ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en raison de la multiplication des mesures d'isolement dont il a fait l'objet.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 juin 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés, la condition d'urgence n'étant également pas satisfaite. Il indique également que l'intéressé a été transféré le 6 juin 2024 au centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais).
Vu :
- la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénitentiaire ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique et le décret
n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 modifié pris pour son application ;
- le code de justice administrative.
Par une requête enregistrée le 28 mai 2024 sous le n° 2406498, M. E a demandé l'annulation de la décision contestée.
La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, M. D et Mme C, premiers conseillers, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Après avoir, au cours de l'audience du 13 juin 2024, tenue en présence de
Mme Dusautois, greffière d'audience, entendu le rapport de M. Aymard, en l'absence de l'intéressé et du garde des sceaux, ministre de la justice, ou de leurs représentants, dûment convoqués.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision en date du 3 mai 2024, la cheffe d'établissement du centre pénitentiaire Sud Francilien à Réau (Seine-et-Marne) a décidé la prolongation du placement à l'isolement jusqu'au 7 août 2024 de M. E, condamné à la peine de la réclusion criminelle à perpétuité par un arrêt criminel de la cour d'assises de Paris spécialement composée du 29 juin 2022, devenu définitif. Par une requête enregistrée le 28 mai 2024, M. E a demandé l'annulation de cette décision et sollicite du juge des référés, par une requête du même jour, la suspension de son exécution.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre le requérant, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
5. Il résulte de l'instruction que, le 6 juin 2024, M. E a été transféré au centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais). La mesure décidée par la décision contestée du 3 mai 2024 de la cheffe d'établissement du centre pénitentiaire Sud Francilien à Réau a donc été levée à cette date. Dès lors, les conclusions présentées par M. E sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête aux fins de suspension de la décision contestée.
Sur les frais liés au litige :
6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme à la charge de l'Etat au titre des frais de l'instance.
O R D O N N E :
Article 1er : M. E est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. E aux fins de suspension de la décision contestée du 3 mai 2024.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A E, au garde des sceaux, ministre de la justice et à Mes Paci, Sax, Ronen, Vettes, Boesel et David.
Le juge des référés,Le juge des référés,La juge des référés,
B : M. AymardB : P. DB : C. C
La greffière,
B : O. Dusautois
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,