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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2406555

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2406555

jeudi 20 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2406555
TypeDécision
Formation10ème chambre
Avocat requérantSELARL JOVE - LANGAGNE - BOISSAVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance datée du 16 mai 2024, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au greffe du tribunal administratif de Melun le dossier de la requête, enregistrée le 25 avril 2024, par laquelle M. E D demande au tribunal :

1°) de lui désigner un avocat commis d'office ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel la préfète de l'Essonne :

- l'a obligé à quitter le territoire français ;

- lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire ;

- a fixé le pays de destination ;

- et l'a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Par un mémoire complémentaire, enregistré le 3 mars 2025, M. D, représenté par Me Langagne, demande, de plus, d'enjoindre au préfet de l'Essonne de procéder à l'effacement de son signalement dans le fichier du système d'information Schengen (SIS).

M. D soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence de sa signataire, Mme F, qui ne justifie pas d'une délégation de signature du préfet de l'Essonne ;

- elle est insuffisamment motivée en ce que sa motivation est stéréotypée ;

- elle méconnaît l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne en ce qu'il n'a pas été entendu par le préfet avant que celui-ci ne prenne à son encontre l'arrêté contesté ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation individuelle ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 27 de la directive 2004/38/CE du Parlement européen ;

- elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle viole l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

- il est entaché d'incompétence de sa signataire, Mme F ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est illégal par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne l'interdiction de circuler sur le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence de sa signataire, Mme F, qui ne justifie pas d'une délégation de signature du préfet de l'Essonne ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation individuelle ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle viole l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2025, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que :

- son arrêté n'est pas entaché d'incompétence de son signataire ;

- il est parfaitement motivé ;

- il est fondé dès lors que le comportement de M. D représente une menace à l'ordre public ;

- le requérant a par ailleurs refusé d'être auditionné le 5 avril 2024 par la police aux frontières et ainsi de communiquer toute information concernant sa situation personnelle et administrative ;

- si M. D soutient vivre en concubinage avec Mme G B, ressortissante roumaine et être père de deux enfants mineurs scolarisés en France, il ne justifie pas de la régularité au séjour de sa compagne ;

- l'arrêté ne contrevient pas aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu :

- l'arrêté préfectoral litigieux en date du 16 avril 2024 ;

- la pièce complémentaire, enregistrée le 4 mars 2025, présentée pour M. D ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Freydefont pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-10 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique tenue le 5 mars 2025 en présence de Mme Darnal, greffière d'audience :

- M. Freydefont, magistrat désigné, qui a présenté son rapport ;

- les observations de Me Langagne, représentant M. D, requérant présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en soutenant, de plus, qu'il a été incarcéré à Fleury-Mérogis suite à sa condamnation à une peine de 30 mois de prison assortie d'un sursis probatoire et qu'il en est sorti le 7 mai 2024 ; l'arrêté porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de la directive n° 2004/38/CE ; il travaillait avant son incarcération comme serveur sous contrat à durée indéterminée ; il a une fille de 7 ans qui est de nationalité française et qui est scolarisée ; il respecte scrupuleusement son sursis probatoire et s'il a payé ses erreurs, il n'a pas être sanctionné une deuxième fois.

La préfète de l'Essonne n'est ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 12 heures 45.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société () ". Aux termes de l'article L. 251-7 du même code : " Les décisions portant obligation de quitter le territoire français et les interdictions de circulation sur le territoire français prises en application du présent chapitre peuvent être contestées devant le tribunal administratif dans les conditions prévues au chapitre IV du titre I du livre VI. L'article L. 614-5 n'est toutefois pas applicable. " Aux termes de l'article L. 614-6 dudit code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. "

2. Par un arrêté en date du 16 avril 2024 notifié le même jour à 9 heures 15, la préfète de l'Essonne a, sur le fondement du 2° de l'article L. 251-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, obligé M. E D, ressortissant italien né le 14 octobre 1987, à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et l'a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par la requête susvisée, enregistrée le 25 avril 2024, M. D demande l'annulation des décisions contenues dans cet arrêté préfectoral.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-143 du 2 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs le même jour, la préfète de l'Essonne a donné délégation à Mme A F, adjointe au chef du bureau de l'éloignement du territoire aux fins de signer l'ensemble des décisions litigieuses. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 de code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes () "

5. D'une part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait de l'obligation faite à M. D de quitter le territoire français puisqu'il vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et le 2° de l'article L. 251-1 précité et mentionne que le requérant a été condamné le 9 octobre 2023 à 30 mois d'emprisonnement dont 18 avec sursis probatoire pour violences sans incapacité en présence d'un mineur par personne étant conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et que ce comportement constitue un trouble à l'ordre public. L'arrêté précise également que M. D a un comportement qui trouble de façon récurrente l'ordre public puisqu'il a fait l'objet de signalements en octobre 2023 et avril 2019 pour des faits similaires. L'arrêté indique également que, compte tenu des circonstances et notamment du fait que M. D n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, la décision opposée au requérant ne contrevient pas aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales puisqu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle et familiale. Il résulte de ce qui précède que, nonobstant l'emploi de quelques formules types, l'obligation de quitter le territoire français est suffisamment motivée en droit comme en fait conformément à l'obligation prévue à l'article L. 251-1 précité.

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. " En plus de ce qui a été développé au point précédent, l'arrêté vise également l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise qu'il y a urgence à éloigner M. D du territoire français. Par suite, la décision de refus de délai de départ volontaire est suffisamment motivée en droit comme en fait conformément aux dispositions de l'article L. 613-2 du même code.

7. De plus, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait de la décision fixant le pays de destination puisqu'il vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, précise la nationalité de M. D, en l'espèce italienne, et indique que la décision en cause ne viole pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour du requérant dans son pays. Ces considérations suffisent à établir une décision fixant le pays de destination motivée en droit comme en fait.

8. Enfin, aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. " Il résulte des dispositions précitées que, si une décision d'interdiction de circulation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de circulation fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de circulation d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger ; elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

9. Il résulte des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait fondement de l'interdiction faite à M. D de circuler sur le territoire français pour une durée de trois ans puisqu'il vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 251-4 à L. 251-7 du code, rappelle que la condamnation pénale de l'intéressé. Si le requérant fait plus particulièrement valoir que la préfète n'a pas motivé son interdiction de circuler en France au regard de l'ensemble des éléments propres à sa situation, en n'indiquant pas sa date d'entrée en France ni s'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement, cette prise en compte n'est pas obligatoire ainsi qu'il a été dit au point précédent. Par suite, l'interdiction de retour sur le territoire français est suffisamment motivée conformément aux dispositions de l'article L. 251-4.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatif au droit au respect de la vie privée et familiale : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () " M. D soulève la violation de ces stipulations. Toutefois, d'une part, s'il soutient vivre en France depuis 2015, sa présence sur le territoire français depuis cette date n'est pas démontrée. Au demeurant, il est de jurisprudence constante que les périodes passées en détention au titre d'une peine privative de liberté ne peuvent s'imputer dans le calcul des durées de résidence habituelle en France ; or, M. D a été condamné à 30 mois de prison et a été libéré le 7 mai 2024. D'autre part, s'il soutient être père d'une fille de 7 ans, la jeune C, née le 14 août 2017, de nationalité français et scolarisée en France, il ne réside pas avec elle ni ne démontre subvenir à ses besoins et participer à son éducation. Au demeurant, il n'est pas contesté que le requérant a été interpellé et placé en garde-à-vue le 5 octobre 2023 pour des faits de violences sur conjoint et condamné le 9 octobre 2023 à 30 mois d'emprisonnement dont 18 avec sursis probatoire pour violences sans incapacité en présence d'un mineur par personne étant conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, ce qui démontre une vie familiale chaotique. De plus, si l'intéressé se prévaut de son ancienne insertion professionnelle en qualité de serveur sous contrat à durée indéterminée, il ne démontre pas avoir retrouvé un travail depuis qu'il est sorti de prison. Enfin, le requérant ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Il résulte de ce qui précède que la préfète n'a porté aucune atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale et que, par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme infondé.

11 En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Si M. D se prévaut de la présence en France de sa fille C de nationalité française, il résulte de ce qui a été dit plus haut qu'il ne vit avec elle et qu'il ne démontre pas subvenir à ses besoins ni participer à son éducation, de telle sorte que l'arrêté contesté n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer cette enfant de l'un de ses deux parents. De plus, elle pourra poursuive sa scolarité normalement en France. Par suite, la préfète n'a porté aucune atteinte à leur intérêt supérieur.

12. En cinquième lieu, il résulte de la motivation de l'arrêté décrite aux points 4 à 9 et de la situation personnelle et familiale de M. D décrite aux points 10 et 11 que la préfète a suffisamment examiné la situation du requérant avant de prendre à son encontre l'arrêté querellé.

13. En sixième lieu, si M. D soutient que l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de la prétendue menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société qu'il représenterait, il n'est pas contesté qu'il a été condamné le 9 octobre 2023 à 30 mois d'emprisonnement dont 18 avec sursis probatoire pour violences sans incapacité en présence d'un mineur par personne étant conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et que ce comportement constitue un trouble à l'ordre public et qu'il a fait l'objet de signalements en octobre 2023 et avril 2019 pour des faits similaires. Par suite, c'est sans erreur d'appréciation que la préfète au pu estimer que le comportement de M. D constituait, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société.

14. En septième lieu, aux termes de l'article 27 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 : " 2. Les mesures d'ordre public ou de sécurité publique doivent respecter le principe de proportionnalité et être fondées exclusivement sur le comportement personnel de l'individu concerné. L'existence de condamnations pénales antérieures ne peut à elle seule motiver de telles mesures. Le comportement de la personne concernée doit représenter une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société. Des justifications non directement liées au cas individuel concerné ou tenant à des raisons de prévention générale ne peuvent être retenues. " Si M. D soulève la violation de ces dispositions, il résulte de ce qui a été décrit au point précédent sur son comportement, qui constitue du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, que tel n'est pas le cas. Ce moyen sera donc écarté comme infondé.

15. En huitième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".

16. M. D soutient que l'arrêté litigieux méconnaît le principe du respect des droits de la défense ; elle doit par un tel argumentaire être regardée comme se prévalant de son droit d'être entendue et du caractère contradictoire de la procédure garanti par l'article 41-2 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Or, d'une part, il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse non pas aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de sa méconnaissance par une autorité d'un État membre est inopérant.

17. D'autre part, et en tout état de cause, si le droit d'être entendu en tant qu'il fait partie intégrante du respect des droits de la défense, lequel constitue un principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, un tel droit ne saurait toutefois être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente serait tenue, dans tous les cas, d'entendre de façon spécifique l'intéressé. Notamment, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Or, au cas d'espèce, la situation de M. D décrite ci-dessus n'impliquait pas de la part de la préfète qu'elle recueille ses observations préalables.

En ce qui concerne les moyens spécifiques au refus de délai de départ volontaire :

18. En premier lieu, il résulte de ce qui précède sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français que M. D n'est pas fondé à soutenir que le refus de délai de départ volontaire serait illégal par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet.

19. En second lieu, compte tenu de la nature des faits pour lesquels M. D a été condamné le 9 octobre 2023, il y a bien urgence à l'éloigner du territoire français. Par suite, le refus de délai de départ volontaire ne viole pas l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne les moyens spécifiques à l'interdiction de circuler sur le territoire français :

20. Il résulte de la légalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai que M. D n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de circulation sur le territoire français serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet.

21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation contenues dans la requête de M. D doivent être rejetées. Par voie de conséquence, seront également rejetées ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et à la préfète de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 5 mars 2025.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2025.

Le magistrat désigné,

Signé : C. FreydefontLa greffière,

Signé : L. Darnal

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2406555

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