Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2406631

vendredi 30 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2406631
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a rejeté la requête de Mme C, qui contestait le refus d’accorder un tiers-temps supplémentaire à son fils pour les épreuves du baccalauréat général 2025. La requérante invoquait une atteinte au principe d’égalité, mais le tribunal a jugé que la décision du service interacadémique des examens et concours d’Île-de-France était fondée sur les dispositions des articles L. 112-4 et D. 351-27 du code de l’éducation, ainsi que sur l’article L. 114 du code de l’action sociale et des familles. La solution retenue confirme que l’administration a légalement exercé son pouvoir d’appréciation en l’absence d’éléments suffisants établissant la nécessité de l’aménagement sollicité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 mai 2024, Mme B C demande au tribunal d'annuler la décision du 5 mars 2024 par laquelle le directeur du service interacadémique des examens et concours d'Ile-de-France a rejeté sa demande d'aménagement présentée pour les épreuves du baccalauréat général au titre de la session 2025 pour M. A C, ainsi que la décision du 14 mai 2024 portant rejet de son recours gracieux.

Elle soutient que la décision attaquée porte atteinte au principe d'égalité et est injuste.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 août 2024, le service interacadémique des examens et concours d'Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mullié,

- les conclusions de Mme Blanc, rapporteure publique,

- et les observations de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. A C, le fils de la requérante, est élève en classe de première au sein du lycée privé de l'EIB Etoile Paris et inscrit à la session 2025 du baccalauréat. La requérante a sollicité pour son fils un aménagement des épreuves pour le baccalauréat consistant en un tiers-temps supplémentaire pour les épreuves écrites et orales. Par décision du 5 mars 2024, le directeur du service interacadémique des examens et concours d'Ile-de-France a rejeté sa demande. Par un courrier du 18 mars 2024, Mme C a formé un recours gracieux contre cette décision. Ce recours a été rejeté par une décision du 14 mai 2024 du directeur du service interacadémique des examens et concours d'Ile-de-France. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 112-4 du code de l'éducation : " Pour garantir l'égalité des chances entre les candidats, des aménagements aux conditions de passation des épreuves orales, écrites, pratiques ou de contrôle continu des examens ou concours de l'enseignement scolaire et de l'enseignement supérieur, rendus nécessaires en raison d'un handicap ou d'un trouble de la santé invalidant, sont prévus par décret. Ces aménagements peuvent inclure notamment l'octroi d'un temps supplémentaire et sa prise en compte dans le déroulement des épreuves, la présence d'un assistant, un dispositif de communication adapté, la mise à disposition d'un équipement adapté ou l'utilisation, par le candidat, de son équipement personnel ". Selon l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles : " Constitue un handicap, au sens de la présente loi, toute limitation d'activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d'une altération substantielle, durable ou définitive d'une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d'un polyhandicap ou d'un trouble de santé invalidant ". En vertu de l'article D. 112-1 du code de l'éducation : " Afin de garantir l'égalité de leurs chances avec les autres candidats, les candidats aux examens ou concours de l'enseignement scolaire et de l'enseignement supérieur qui présentent un handicap tel que défini à l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles bénéficient des aménagements rendus nécessaires par leur situation, dans les conditions définies aux articles D. 351-27 à D. 351-32 en ce qui concerne l'enseignement scolaire et aux articles D. 613-26 à D. 613-30 en ce qui concerne l'enseignement supérieur. / Ces aménagements portent sur tous les examens ou concours de l'enseignement scolaire et de l'enseignement supérieur organisés par le ministre chargé de l'éducation et le ministre chargé de l'enseignement supérieur ou par des établissements sous tutelle ou services dépendant de ces ministres. / Ils peuvent porter sur toutes les formes d'épreuves de ces examens ou concours, quel que soit le mode d'évaluation des épreuves et, pour un diplôme, quel que soit son mode d'acquisition. / Ils peuvent, selon les conditions individuelles, s'appliquer à tout ou partie des épreuves ".

3. D'autre part, aux termes de l'article D. 351-27 du code de l'éducation : " Les candidats aux examens ou concours de l'enseignement scolaire qui présentent un handicap peuvent bénéficier d'aménagements portant sur :/ 1° Les conditions de déroulement des épreuves, de nature à leur permettre de bénéficier des conditions matérielles ainsi que des aides techniques et humaines appropriées à leur situation ;/ 2° Une majoration du temps imparti pour une ou plusieurs épreuves, qui ne peut excéder le tiers du temps normalement prévu pour chacune d'elles. Toutefois, cette majoration peut être augmentée, eu égard à la situation exceptionnelle du candidat, sur demande motivée du médecin et portée dans l'avis mentionné à l'article D. 351-28 () ". Aux termes de l'article D. 351-28 du même code : " Les candidats sollicitant un aménagement des conditions d'examen ou de concours adressent leur demande à l'un des médecins désignés par la Commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées territorialement compétente. () Le médecin rend un avis, qui est adressé au candidat et à l'autorité administrative compétente pour ouvrir et organiser l'examen ou le concours, dans lequel il propose des aménagements. L'autorité administrative décide des aménagements accordés et notifie sa décision au candidat ". Aux termes de l'article D. 351-28-1 de ce code : " Par dérogation aux dispositions du premier et du troisième alinéa de l'article D. 351-28, les candidats qui bénéficient d'un projet personnalisé de scolarisation, d'un projet d'accueil individualisé ou d'un plan d'accompagnement personnalisé accordé au titre d'un trouble du neuro-développement adressent leur demande d'aménagements des conditions d'examen ou de concours à l'autorité administrative compétente pour ouvrir et organiser l'examen ou le concours dans les délais prévus au deuxième alinéa de l'article D. 351-28, sans solliciter un nouvel avis médical. / Lorsque ces candidats sollicitent des aménagements qui ne sont pas en cohérence avec ceux prévus par le plan ou projet dont ils bénéficient ou lorsqu'ils sollicitent la majoration prévue au 2° de l'article D. 351-27, ils ne peuvent bénéficier de la procédure dérogatoire prévue à l'alinéa précédent ".

4. Il résulte de ces dispositions que les élèves souhaitant bénéficier d'un aménagement d'épreuves en raison d'un handicap ou d'un trouble de santé invalidant doivent en faire la demande et qu'il appartient à l'autorité administrative qui organise l'examen ou le concours de statuer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur cette demande au vu de l'avis du médecin désigné par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées.

5. La requérante soutient que son fils souffre de difficultés d'apprentissages reconnues par son orthophoniste, son médecin et un médecin spécialiste. A l'appui de ses allégations, elle produit le bilan orthophonique établi le 12 décembre 2023 dont il résulte que A souffre d'un trouble spécifique des apprentissages, de la lecture et de l'orthographe, que si la lecture est fonctionnelle et la vitesse d'identification est correcte, il existe un indice de dégradation pathologique pour la lecture de texte significatif qui prouve que les compensations restent coûteuses, que des difficultés persistent en ce qui concerne l'orthographe grammaticale et qu'il a un déficit en mémoire de travail caractéristique du fonctionnement cognitif de ce trouble du neuro-développement, ainsi qu'un certificat médical émanant d'un psychiatre psychothérapeute établi le 27 mars 2024. Toutefois, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que A ait fait l'objet d'un suivi médical pour ce trouble et ait bénéficié d'adaptation avant la classe de terminale, le bilan et le certificat médical ne suffisent pas à établir l'importance du retentissement des troubles A sur ses apprentissages. Enfin, si la requérante soutient qu'un plan d'accompagnement personnalisé a été mis en place dans son établissement scolaire, elle ne produit qu'un extrait de ce plan, insuffisant pour établir l'importance des adaptations mises en place et, d'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le plan d'accompagnement personnalisé mis en place dans l'établissement dans lequel son fils est scolarisé au titre de l'année scolaire 2023/2024 a été soumis à l'avis d'un médecin de l'éducation nationale, ainsi que le prévoient les dispositions de l'article D. 311-13 du code de l'éducation. Par suite, le moyen tiré de ce que le directeur du service interacadémique des examens et concours d'Ile-de-France a porté atteinte au principe d'égalité et a commis une erreur d'appréciation en refusant le bénéfice des aménagements d'épreuves sollicités doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 5 mars 2024 par laquelle le directeur du service interacadémique des examens et concours d'Ile-de-France a rejeté sa demande d'aménagement présentée pour les épreuves du baccalauréat général au titre de la session 2024 pour M. A C, ainsi que la décision du 14 mai 2024 portant rejet du recours gracieux de la requérante doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie de la présente décision sera adressée au service interacadémique des examens et concours d'Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 28 août 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Senichault de Izaguirre, conseillère,

M. Collen-Renaux, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 août 2024.

La présidente rapporteure,

N. MULLIE

L'assesseure la plus ancienne,

J. SENICHAULT DE IZAGUIRRELa greffière,

C. ROUILLARD

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,