Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2406850
lundi 29 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2406850 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 juin 2024, M. B F C, représenté par Me Pere, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 mai 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne a prononcé son transfert aux autorités lettonnes, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;
2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de l'autoriser à solliciter l'asile en France en procédure normale, et de lui délivrer un récépissé en qualité de demandeur d'asile dans les cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir ainsi que le dossier de saisine de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;
3°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
4°) en cas d'admission définitive à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros hors taxe à verser à Me Pere en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;
5°) en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros hors taxe en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative
Il soutient que :
- la décision est entachée de l'incompétence de son auteur ;
- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l'article 23 du règlement (UE) n° 604/2013 dès lors que le préfet de police ne justifie pas avoir procédé aux diligences requises auprès des autorités lettonnes ;
- c'est à tort que la préfète a considéré que les autorités lettones étaient responsables de sa demande d'asile ;
- elle méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- elle méconnaît l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 et l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle méconnaît l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, représentée par le cabinet Actis Avocat, qui n'a pas présenté de mémoire en défense mais qui a communiqué des pièces enregistrées le 5 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relatif à la création d'Eurodac pour la comparaison des empreintes digitales aux fins de l'application efficace du règlement (UE) n° 604/2013 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné Mme Félicie Bouchet, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bouchet, première conseillère ;
- les observations de Me Pere, avocat de M. C : il indique se désister du seul moyen tiré de la méconnaissance de l'article 4 du règlement n°604/2013 au vu des brochures qui ont été communiquées par la défense. En revanche, il soutient qu'outre les autres moyens de sa requête, la décision de transfert doit être annulée pour défaut de motivation et défaut d'examen car elle ne fait pas état de la présence en France de sa mère qui est mariée à un compatriote titulaire de la protection internationale, que la préfète ne pouvait pas considérer que l'Etat letton était responsable de sa demande d'asile dans la mesure où sa première demande d'asile a été déposée en Lituanie ; que la préfète a commis une erreur de droit en visant l'article 3 du règlement n°604/2013 pour fonder sa décision de transfert ; que seules les initiales de l'agent de la préfecture ayant réalisé l'entretien sont indiquées ne permettant pas de vérifier que l'agent était bien qualifié ; enfin, la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation en ordonnant son transfert en raison de la présence de sa mère en France et du handicap présenté par son frère ;
- les observations de M. C, assisté de Mme E, interprète en tamoul, qui indique qu'il a rejoint, avec son frère, leur mère qui vit en France, que leur mère a quitté le Sri-Lanka alors qu'il n'avait que 8 ans, qu'il a été élevé par sa grand-mère qui vit toujours au Sri-Lanka, qu'il n'a eu aucun contact avec sa mère jusqu'à ce qu'il arrive en Italie, qu'il a alors appris qu'elle vivait en France, qu'il est actuellement hébergé à son domicile, qu'il a des problèmes d'élocution et un poignet malformé qui le gênent ; qu'il n'a pas de traitement médical, mais qu'il est actuellement en train de réaliser des examen médicaux pour essayer de déterminer l'origine de ses problèmes de santé ;
- et les observations de Me El Assad, avocat de la préfète du Val-de-Marne, qui conclut au rejet de la requête, les moyens soulevés n'étant pas fondés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10 heures 44.
Considérant ce qui suit :
1. M. C ressortissant bangladais, a déposé une demande d'asile. À l'issue de la procédure de détermination de l'État membre responsable de cette demande d'asile, la préfète du Val-de-Marne a, par un arrêté du 16 mai 2024 dont M. C demande au tribunal l'annulation, prononcé son transfert aux autorités lettonnes.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, par un arrêté n°2022/02671 du 25 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs le même jour, la préfète du Val-de-Marne a donné délégation à M. D A, adjoint à la directrice des migrations et de l'intégration aux fins de signer la décision litigieuse. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre État qu'elle entend requérir, en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, il est procédé à l'enregistrement de la demande selon les modalités prévues au chapitre I du titre II. / () Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'État d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre État. ". Selon l'article L. 572-1 de ce code : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre État peut faire l'objet d'un transfert vers l'État responsable de cet examen. / Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. () ".
6. La décision de transfert de la préfète du Val-de-Marne vise les textes dont il a été fait application, notamment le règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, et énonce les éléments de faits sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande d'asile présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre État membre, en l'espèce les demandes d'asile de M. C auprès des autorités lituaniennes le 14 septembre 2023 et auprès des autorités lettones le 18 décembre 2023, le refus des autorités lituaniennes de reprendre en charge M. C et l'accord explicite des autorités lettones de reprendre en charge ce dernier. Enfin, elle mentionne que les mesures prises ne contreviennent pas aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et que la situation du requérant ne relève pas des dérogations prévues par le règlement précité. Ces considérations de droit et de fait sont suffisamment développées pour permettre à M. C de comprendre les motifs dont il a été tenu compte. Par suite, les décisions en litige sont suffisamment motivées au sens des dispositions de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment des termes de la décision attaquée, que la préfète n'ait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. C avant l'édiction de sa décision de transfert aux autorités lettones.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 23 du règlement n°604/2013 du 23 juin 2016, " 1. Lorsqu'un État membre auprès duquel une personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), a introduit une nouvelle demande de protection internationale estime qu'un autre État membre est responsable conformément à l'article 20, paragraphe 5, et à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), il peut requérir cet autre État membre aux fins de reprise en charge de cette personne. / 2. Une requête aux fins de reprise en charge est formulée aussi rapidement que possible et, en tout état de cause, dans un délai de deux mois à compter de la réception du résultat positif Eurodac (" hit "), en vertu de l'article 9, paragraphe 5, du règlement (UE) n° 603/2013. Si la requête aux fins de reprise en charge est fondée sur des éléments de preuve autres que des données obtenues par le système Eurodac, elle est envoyée à l'État membre requis dans un délai de trois mois à compter de la date d'introduction de la demande de protection internationale au sens de l'article 20, paragraphe 2. / 3. Lorsque la requête aux fins de reprise en charge n'est pas formulée dans les délais fixés au paragraphe 2, c'est l'État membre auprès duquel la nouvelle demande est introduite qui est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. () ".
9. Il ressort des pièces du dossier que le 18 avril 2024, les autorités françaises ont reçu le résultat positif Eurodac, que le 26 avril 2024, la préfète du Val-de-Marne a formulé auprès des autorités lettones une demande de reprise en charge de M. C par le réseau de communication " DubliNet ", qu'elle a joint à sa requête le relevé des empreintes digitales du demandeur d'asile et qu'enfin le 7 mai 2024, les autorités lettonnes saisies d'une requête des autorités françaises aux fins de reprise en charge de M. C sur le fondement de l'article 18-1 b) du règlement n° 604/2013 ont pris une décision acceptant leur reprise en charge. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Val-de-Marne a méconnu les dispositions de l'article 23 précitées.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () / 4 L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national (). ".
11. Si, en vertu de l'article R. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Val-de-Marne est l'autorité compétente pour procéder à la détermination de l'État responsable de l'examen d'une demande d'asile, ces dispositions ne font pas obstacle à ce que l'entretien individuel requis pour l'application de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 soit mené par un agent de la préfecture, lequel agent n'a pas à bénéficier d'une délégation expresse du préfet pour procéder à cet entretien. Par ailleurs, l'article 5 de ce règlement n'exige pas que le résumé de l'entretien individuel mentionne l'identité de l'agent qui l'a mené. Un tel compte rendu ne saurait par ailleurs être assimilé à une correspondance au sens de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration et n'avait donc pas à contenir les mentions exigées par ces dispositions. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment de l'entretien individuel de M. C daté du 18 avril 2024 produit par la préfète du Val-de-Marne, que la personne ayant conduit cet entretien, qui est aux termes du compte rendu de ceux-ci, " un agent qualifié de la préfecture du Val-de-Marne ", n'aurait pas été qualifié pour ce faire. Dès lors que l'entretien doit être regardé comme ayant été mené par une personne qualifiée au sens du paragraphe 5 de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, l'absence d'indication de l'identité de l'agent ayant conduit l'entretien individuel n'a pas privé M. C de la garantie tenant au bénéfice de cet entretien et à la possibilité de faire valoir toutes observations utiles. Par suite, l'arrêté de transfert n'a pas méconnu les dispositions de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013.
12. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé, intégré dans le chapitre II de ce règlement intitulé " Principes généraux et garanties " : " 1. Les États membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux (). La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. / 2. Lorsqu'aucun État membre responsable ne peut être désigné sur la base des critères énumérés dans le présent règlement, le premier État membre auprès duquel la demande de protection internationale a été introduite est responsable de l'examen () ". Aux termes de l'article 7 de ce règlement, inséré au chapitre III relatif aux critères de détermination de l'État membre responsable, comprenant les articles 7 à 15 de ce règlement : " 1. Les critères de détermination de l'État membre responsable s'appliquent dans l'ordre dans lequel ils sont présentés dans le présent chapitre. La détermination de l'État membre responsable en application des critères énoncés dans le présent chapitre se fait sur la base de la situation qui existait au moment où le demandeur a introduit sa demande de protection internationale pour la première fois auprès d'un État membre () ". Aux termes de l'article 18 ce règlement, intégré dans le chapitre V du règlement, intitulé " Obligations de l'État membre responsable " : " 1. L'État membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de : / a) prendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 21, 22 et 29, le demandeur qui a introduit une demande dans un autre État membre ; / b) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le demandeur dont la demande est en cours d'examen et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre ; / c) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29 le ressortissant de pays tiers ou l'apatride qui a retiré sa demande en cours d'examen et qui a présenté une demande dans un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre ; / d) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le ressortissant de pays tiers ou l'apatride dont la demande a été rejetée et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre () ".
13. Il résulte de la combinaison de l'ensemble de ces dispositions que les critères du chapitre III du règlement précité ne sont susceptibles de fonder une décision de transfert que s'il s'agit d'un transfert en vue d'une prise en charge, et non en vue d'une reprise en charge. Il en résulte également que le paragraphe 1 de l'article 18, en ses points b à d, de ce règlement doit être regardé comme figurant au nombre des critères énumérés dans ce règlement, au sens du paragraphe 2 de l'article 3 du règlement. Par suite, lorsqu'une personne a antérieurement présenté une demande d'asile auprès d'un ou de plusieurs États membres, avant d'entrer sur le territoire d'un autre État membre pour y solliciter de nouveau l'asile dans des conditions permettant à cet État de demander sa reprise en charge sur le fondement des dispositions des points b, c ou d du paragraphe 1 de l'article 18 de ce règlement, sa situation ne relève pas des dispositions du premier alinéa du paragraphe 2 de l'article 3 du règlement, qui concernent le cas dans lequel aucun État membre responsable ne peut être désigné sur la base des critères énumérés dans ce règlement. Il résulte, par ailleurs, de l'annexe II au règlement n° 118/2014 du 30 janvier 2014 susvisé que constitue une preuve, pour la détermination de l'État membre responsable de l'examen de la demande d'asile, le résultat positif fourni par le fichier européen " Eurodac " après comparaison des empreintes du demandeur avec les empreintes collectées au titre de l'article 9 du règlement n° 603/2013 du 26 juin 2013 susvisé instituant le système " Eurodac " de comparaison des empreintes digitales. En vertu de l'article 24 de ce règlement, les empreintes digitales des personnes ayant demandé le bénéfice d'une protection internationale sont enregistrées dans ce système dans la catégorie 1, leur identifiant " Eurodac " comportant un code commençant par le chiffre 1.
14. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la décision en litige, que pour prendre sa décision de transfert, la préfète du Val-de-Marne a constaté que la situation de M. C ne relevait pas des critères du chapitre III du règlement n° 604/2013 susvisé et qu'elle s'est fondée sur l'accord explicite des autorités lettones à la reprise en charge de M. C au motif que ce dernier avait déjà présenté une demande d'asile en Lettonie le 18 décembre 2023. La préfète a produit la lettre du ministère de l'intérieur datée du 18 avril 2024 qui justifie du résultat positif des recherches entreprises sur le fichier européen " Eurodac " à partir du relevé décadactylaire établi le même jour pour M. C lors de la présentation de sa demande d'asile en France et qui révèle que ses empreintes ont été précédemment relevées pour la première fois le 14 septembre 2023 par les autorités lituaniennes puis une deuxième demande d'asile le18 décembre 2023 par les autorités lettones en catégorie 1 à chacune de ces occurrences, soit en qualité de demandeur d'asile. Il ressort également des pièces du dossier et notamment compte tenu du refus, le 6 mai 2024, des autorités lituaniennes de reprendre en charge M. C au motif que les autorités lettonnes sont comme responsables de l'examen de sa demande d'asile, nonobstant l'introduction de sa première demande d'asile en Lituanie, que les autorités lettonnes ont par un accord explicite du 7 mai 2024 sur requête des autorités françaises accepté de le reprendre en charge sur le fondement du point c du paragraphe 1 de l'article 18 du règlement précité, confirmant ainsi leur responsabilité. Dès lors, l'arrêté attaqué n'est entaché d'aucune erreur de droit à l'égard des critères de détermination de l'État membre responsable ni d'aucun défaut de base légale.
15. En septième et dernier lieu, selon l'article 17 du même règlement : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ". Si la mise en œuvre, par les autorités françaises, des dispositions de l'article 17 du règlement n° 604/2013 doit être assurée à la lumière des exigences définies par les dispositions du second alinéa de l'article 53-1 de la Constitution, en vertu desquelles : " les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté en raison de son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la protection de la France pour un autre motif ", la faculté laissée à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
16. M. C soutient qu'il est venu en France avec son frère rejoindre sa mère et qu'il a des problèmes de santé. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'à l'exception de sa mère, le requérant n'a aucune attache personnelle et familiale en France, qu'il a été élevé au Sri-Lanka par sa grand-mère, qu'avant de retrouver sa mère en France au début de l'année 2024, il n'avait eu aucun contact avec cette dernière pendant plus de 15 années, qu'enfin, si l'intéressé justifie de problèmes d'élocution ainsi que d'un poignet dysfonctionnel, il n'a pas de traitement médical en cours, et il ne justifie pas que les examens médicaux exploratoires pour déterminer l'origine de son handicap ne pourraient être réalisées en Lettonie. Dans ces conditions, en prenant la mesure de transfert litigieuse, la préfète du Val-de-Marne n'a pas méconnu l'article 17 du règlement précité ni porté sur les circonstances de l'espèce une appréciation manifestement erronée.
17. La requête de M. C doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles qui tendent à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3: Le présent jugement sera notifié à M. B F C et à la préfète du Val-de-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2024.
La magistrate désignée,
Signé : F. Bouchet
La greffière,
Signé : S. Aït Moussa
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
S. Aït Moussa
No 2406850