Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2407731

jeudi 5 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2407731
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision du 21 mai 2024 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. A, ressortissant mauricien. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car la décision contestée ne portait pas une atteinte suffisamment grave et immédiate à la situation de l'intéressé, qui n'avait jamais bénéficié de titre de séjour depuis son entrée en France en 2019. Les arguments de M. A relatifs au risque de perte d'emploi et aux conséquences sur son état de santé n'ont pas été jugés suffisants pour caractériser l'urgence.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 juin 2024, M. B A, représenté par

Me Pawlotsky, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article

L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 21 mai 2024 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour mention " vie privée et familiale " pour conjoint de Française ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne et à l'Administration Numérique des Etrangers en France (ANEF) de lui délivrer un tel titre de séjour, ou à défaut de réexaminer sa demande et dans l'attente de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction l'autorisant à travailler, dans le délai de dix jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors que l'absence de titre de séjour

l'expose au risque de perdre son emploi et a des conséquences sur son état de santé, en l'absence de toute possibilité de prise en charge de ses frais par l'assurance maladie ;

- il peut faire l'objet d'un éloignement à tout moment alors qu'il remplit les conditions pour bénéficier de la délivrance du titre de séjour sollicité ;

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de la décision en litige ;

- cette décision est entachée d'un vice de forme, faute d'identifier son auteur et de comporter sa signature ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle contrevient aux dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que l'absence de visa long séjour ne peut pas lui être opposée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, au regard de la complétude de son dossier puisque les ressortissants mauriciens sont exemptés de visa court séjour pour entrer en France.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Selon l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension de l'exécution d'une décision administrative lorsque l'exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts que celui-ci entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension de l'exécution d'une décision relative au séjour en France d'un étranger, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de cette décision sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe remplie dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait du titre de séjour de ce dernier. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.

3. M. A, ressortissant mauricien né le 6 septembre 1992 à Rose-Belle

(Île Maurice), entré en France le 2 août 2019, a déposé à partir du 27 septembre 2023 sur la plateforme " Administration Numérique des Etrangers en France " (ANEF) des demandes de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à chaque fois clôturées, en dernier lieu le 21 mai 2024. M. A demande la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

4. Pour soutenir que la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative précité serait remplie, M. A se prévaut du risque que l'absence de titre de séjour fait peser sur son emploi, au regard des sanctions dissuasives applicables à son employeur, et de ses conséquences sur son état de santé dès lors que l'absence de remboursement pas l'assurance maladie le prive de la possibilité de consulter des médecins spécialisés. Toutefois, alors que la décision en litige n'a pas pour effet de rejeter sa demande de titre de séjour mais d'en refuser l'enregistrement, il ne résulte pas de l'instruction que le requérant ait bénéficié de précédents titres de séjour depuis son entrée en France le

2 août 2019. Dans un tel contexte, M. A ne caractérise pas les atteintes graves et immédiates portées à sa situation personnelle en se prévalant, en termes généraux, du risque qui pèserait sur une situation d'emploi dont la réalité n'est pas démontrée, et de l'impossibilité de consulter des médecins spécialisés, sans précision sur les pathologies dont la prise en charge serait ainsi exposée. Dès lors, les circonstances invoquées ne sont pas de nature à justifier de l'urgence qui s'attacherait à la suspension immédiate du classement sans suite de la première demande de titre présentée par M. A.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse, que les conclusions présentées par M. A sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Doivent également être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction assorties d'une astreinte, ainsi que celles tendant à l'application de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de Seine-et-Marne.

La juge des référés,

Signé : C. Letort

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,