Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2407794

vendredi 2 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2407794
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a rejeté la requête de M. B, ressortissant algérien, contestant l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 21 juin 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination, et prononçant une interdiction de retour de 24 mois. Le tribunal a estimé que les moyens soulevés, notamment l'irrégularité de notification, l'insuffisance de motivation, le défaut d'examen, la méconnaissance des articles L. 612-1 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, n'étaient pas fondés. La solution retenue est le rejet de la requête, confirmant la légalité des décisions préfectorales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 juin 2024, M. A B, représenté par Me Garcia, retenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n°2, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, l'a interdit de retour pour une durée de 24 mois et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elles lui ont été notifiées irrégulièrement ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elles méconnaissent les dispositions des articles L. 612-1 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle lui a été notifiée irrégulièrement ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;

En ce qui concerne l'inscription au fichier Schengen :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et de l'interdiction de retour sur le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 juillet 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a communiqué des pièces enregistrées les 26 juillet 2024 et 30 juillet 2024.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 14h29.

Vu les autres pièces du dossier.

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné Mme Massengo, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant, à la date de l'arrêté attaqué, de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Massengo, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

- les observations de Me Garcia, représentant M. B, qui rappelle que les faits ayant conduit au placement en garde à vue de M. B n'ont conduit qu'à sa convocation le 6 septembre 2024 devant le substitut du procureur de la République en vue d'une composition pénale, qu'il n'a aucun antécédent judiciaire, que son comportement ne peut dès lors être regardé comme constitutif d'une menace à l'ordre public justifiant le refus de délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire ;

- les observations de M. B, assisté de Mme C, interprète en langue arabe, qui indique qu'il est venu en France pour obtenir du travail et bénéficier de soins médicaux, et qu'il est en couple ;

- et les observations de Me Khan, représentant le préfet de la Seine-Saint-Denis, absent, qui conclut au rejet de la requête, aucun des moyens soulevés n'étant fondé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né en 1996, déclare être entré en France le 23 octobre 2020. L'intéressé a été interpellé le 21 juin 2024 pour des faits de violation de domicile, violence commise en réunion suivi d'incapacité supérieure à huit jours, violence avec usage ou menace d'une arme suivi d'incapacité supérieure à huit jours. Par un arrêté du 21 juin 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis a obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour pour une durée de vingt-quatre mois. Par arrêté du même jour, la même autorité l'a placé en rétention administrative, placement prolongé une première fois par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Meaux du 24 juin 2024 confirmée par la Cour d'appel de Paris le 27 juin 2024 puis une deuxième fois par une ordonnance du 22 juillet 2024 également confirmée par la Cour d'appel de Paris le 24 juillet 2024. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour pour une durée de vingt-quatre mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen :

2. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire. ". En vertu de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour prise en application de l'article L. 613-5 sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription au fichier des personnes recherchées.

3. Il résulte des dispositions précitées que, lorsqu'elle prend à l'égard d'un étranger une décision d'interdiction de retour sur le territoire français ou prolonge l'interdiction de retour dont cet étranger fait l'objet, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet en tant que telle d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la décision de signalement aux fins de non admission de l'intéressée dans le système d'information Schengen sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire et la décision portant refus de délai de départ volontaire :

S'agissant des moyens communs aux deux décisions :

4. En premier lieu, si le requérant se prévaut de la notification irrégulière de ces décisions, cette circonstance, est sans incidence sur sa légalité.

5. En deuxième lieu, l'arrêté mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions qu'il contient. Il cite la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionne des éléments relatifs à la situation personnelle de M. B justifiant les décisions susvisées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions litigieuses doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces versées au dossier, ni des débats à l'audience que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle doit être écarté.

S'agissant des moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. B soutient sans l'établir qu'il est arrivé en France à la fin de l'année 2020. De plus, il se borne à alléguer à l'audience qu'il est en couple, sans produire d'élément au soutien de cette allégation, et il n'établit ni même n'allègue être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine. Par ailleurs, il soutient qu'il souffre d'épilepsie et de diabète pour lesquels il bénéficie d'une prise en charge médicale. Toutefois les pièces médicales produites, toutes antérieures à l'année 2024, ne permettent d'établir ni la nature, ni la gravité de ses problèmes de santé. Dans ces conditions, le préfet n'a pas méconnu les stipulations citées au point précédent en estimant que l'obligation de quitter le territoire qu'il a édictée à l'encontre de l'intéressé ne portait pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise, et n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle.

S'agissant des moyens propres à la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (). ". L'article L. 612-2 de ce code dispose que " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () /3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Selon l'article L. 612-3 du même code " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce (), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente (). ".

10. Pour refuser à M. B le bénéfice d'un délai de départ volontaire, le préfet de la Seine-Saint-Denis a estimé d'une part qu'il existait un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français, compte tenu du défaut de démarches de régularisation entreprises depuis son entrée irrégulière et de l'absence de preuve d'une résidence effective et permanente et d'autre part que son comportement constituait une menace pour l'ordre public. M. B ne conteste pas être entré irrégulièrement sur le territoire français et n'avoir pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. De plus, s'il produit une quittance de loyer pour le mois de septembre 2023, cette seule pièce ne lui permet pas de justifier d'une résidence effective et permanente. Dans ces conditions, M. B entrait dans les prévisions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, motif suffisant à lui-seul à justifier légalement le refus de délai départ volontaire. La circonstance que le préfet aurait retenu à tort, par un motif surabondant, que le comportement du requérant, qui a été interpellé par les services de police pour des faits violence en réunion, constituerait une menace à l'ordre public est, en l'espèce, sans incidence sur la légalité de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 612-1 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

11. Il résulte des constatations opérées au point 8 que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire et de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

13. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, M. B n'est pas fondé à soulever l'exception d'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de renvoi doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

15. En premier lieu, il résulte des constatations opérées aux points 4 à 6 que les moyens tirés de l'irrégularité de la notification, de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen sérieux doivent être écartés.

16. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour /()/ ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. /()/ ".

17. Ainsi qu'il a été dit au point 8, M. B se borne à déclarer qu'il est entré sur le territoire français au cours de l'année 2020 et ne produit aucune pièce permettant d'établit la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France. Dans ces conditions, et quand bien même les faits pour lesquels il a été placé en garde à vue n'ont conduit qu'à une convocation en vue d'une composition pénale, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français de vingt-quatre mois serait disproportionnée et entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle.

18. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Lu en audience publique le 2 août 2024 à 14h57.

La magistrate désignée,

Signé : C. MASSENGO

La greffière,

Signé : N. RIELLANT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N. RIELLANT

N°2407794