Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2407971

mercredi 2 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2407971
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantFUNCK

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a rejeté la requête de Mme D, ressortissante tanzanienne, qui contestait le refus de renouvellement de son titre de séjour "étudiant" et l'obligation de quitter le territoire français prise par le préfet de Seine-et-Marne. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence, d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen, et a jugé que le préfet avait pu légalement refuser le renouvellement en application de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en raison du caractère peu sérieux des études poursuivies. La décision a donc confirmé la légalité de l'arrêté préfectoral du 25 mars 2024.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 28 juin, 3 juillet et 11 septembre 2024, Mme A E D, représentée par Me Funck, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 25 mars 2024 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour portant la mention " étudiant ", l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la décision à venir ou, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois sous la même condition d'astreinte et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requérante soutient que :

S'agissant de la décision de refus de séjour,

- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français,

- l'illégalité de la décision de refus de séjour entache d'illégalité cette décision.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens développés ne sont pas fondés.

Par décision du 19 juin 2024, Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public ayant été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Meyrignac.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante tanzanienne née en 1987, est entrée en France le 1er octobre 2019 sous couvert d'un visa long séjour valant titre de séjour " étudiant " et a obtenu plusieurs titres en cette même qualité, dont elle a sollicité le renouvellement le 23 août 2023. Par arrêté du 25 mars 2024, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté cette demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la requête susvisée, l'intéressée demande l'annulation des décisions contenues dans cet arrêté.

En ce qui concerne la décision de refus de renouvellement de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 23/BC/120 du 26 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, et au demeurant visé dans l'arrêté attaqué, le préfet de Seine-et-Marne a donné délégation de signature à Mme C B, cheffe du bureau de l'accueil et du séjour, aux fins de signer les décisions de refus de séjour et les obligations de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision contestée manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision contestée comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, en particulier les éléments ayant trait à la situation personnelle, familiale et professionnelle de Mme D, ainsi que la mention des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions des articles L. 422-1 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit donc être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de Mme D.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle ". Aux termes de l'article L. 433-1 du même code : " () le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions pour la délivrance d'une telle carte () ".

6. Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour présentée en qualité d'étudiant d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies. Le renouvellement du titre suppose que les études soient suffisamment sérieuses pour qu'elles puissent être regardées comme constituant l'objet principal du séjour, établissant une progression significative dans leur poursuite et le caractère cohérent desdites études.

7. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'issue de l'année 2019-2020, la requérante a obtenu un " Master of Science Agricultural et Food Data Management " à l'Institut polytechnique UniLaSalle. Elle s'est alors inscrite à l'Institut privé Campus Langues et a obtenu un " diplôme de compétences linguistiques en français langue étrangère " de niveau A1 au titre de l'année 2020-2021, de niveau A2 au titre de l'année 2021-2022 et de niveau B1 au titre de l'année 2022-2023. Elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en se prévalant de son inscription dans le même institut privé pour le même diplôme de niveau B2.

8. Pour rejeter cette demande, le préfet de Seine-et-Marne a indiqué que l'intéressée " n'établit pas le caractère réel et sérieux des études poursuivies en France. Après avoir validé un master Agricultural and Food Data Management auprès de l'Institut polytechnique Unilasalle en 2021, elle s'est orientée vers l'étude du français langue étrangère auprès de Campus Langues, qu'elle poursuit depuis trois ans. Les diplômes ne relèvent pas du Répertoire national des certifications professionnelles et son cursus ne présente plus de progression ".

9. Il ressort de ce qui précède que la requérante est seulement inscrite, pour l'année universitaire 2023-2024, à un cours de français Langue Etrangère de niveau B2 au rythme de 20 heures par semaine délivré par l'Institut privé Campus Langues, dont le site internet précise que les modules de langue se déroulent sur une période de 4 à 48 semaines, mais que pour obtenir un diplôme il faut avoir suivi un minimum de 12 semaines de cours sous conditions de validation du niveau et d'assiduité régulière. Une telle formation, qui n'est sanctionnée par aucun diplôme de l'enseignement supérieur reconnu par l'Etat, n'est pas au nombre de celles qui peuvent être prises en compte pour l'application des dispositions susmentionnées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de sorte que Mme D ne justifie d'aucune progression dans son cursus depuis l'obtention de son master. Par ailleurs, si l'intéressée indique, pour justifier du choix de son parcours d'études, qu'elle " a souhaité suivre une formation linguistique afin de s'insérer et de répondre aux exigences du secteur professionnel dans lequel elle s'oriente en France, avant même la fin de sa dernière année de master " et que le niveau B2 est " exigé pour les postes à responsabilité sur le marché français ", elle n'apporte pas d'éléments permettant d'établir que son niveau en langue française serait insuffisant, alors qu'elle réside sur le territoire national depuis 4,5 ans à la date de la décision attaquée, et que la formation en cause serait de nature à lui apporter une qualification supplémentaire susceptible d'améliorer ses perspectives d'insertion professionnelle. De plus, les circonstances qu'elle a obtenu plusieurs renouvellements de titre de séjour en qualité d'étudiante et que le point 25 de l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoit que la production d'une " inscription produite par l'établissement d'enseignement, qui peut être un établissement public ou privé d'enseignement supérieur ou préinscription " sont sans influence sur l'appréciation de la réalité et du sérieux des études poursuivies. Enfin, le fait d'avoir indiqué qu'elle s'est orientée vers l'étude du français en 2021 au lieu de l'année 2020 constitue une simple erreur de plume, sans incidence sur la légalité de la décision contestée. Par suite, c'est sans méconnaître les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni entacher sa décision d'une erreur de fait ou d'une erreur d'appréciation que le préfet de Seine-et-Marne a refusé de renouveler le titre de séjour de Mme D.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. Compte tenu de ce qui précède, Mme D n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme D à fin d'annulation des décisions contenues dans l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne en date du 25 mars 2024 doivent être rejetées. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre des frais de justice.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E D et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 18 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Le Broussois, président,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Jean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé : P. MeyrignacLe président,

Signé : N. Le Broussois

La greffière,

Signé : L. Darnal

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°24079712