Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2408474
mercredi 31 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2408474 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 juillet 2024, M. B C, retenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n°2, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 juillet 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a prononcé son maintien en rétention ;
2°) de procéder sans délai et sous astreinte à la délivrance d'une attestation de demande d'asile au titre de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA).
M. C soutient que la décision portant maintien en rétention :
- est entachée d'incompétence ;
- est illégale dès lors qu'elle est fondée sur des dispositions réglementaires qui méconnaissent l'article 6 de la directive 2013/32/UE tel qu'interprété par la Cour de justice de l'Union européenne dès lors que les dispositions nationales retardent le prononcé de la décision de maintien après la remise du formulaire de demande d'asile à l'autorité dépositaire alors que cette décision devrait intervenir dès la présentation de la demande ;
- est illégale dès lors qu'elle est fondée sur les dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui sont en contrariété manifeste avec les paragraphes 2 et 4 de l'article 8 de la directive 2013/33/UE ;
- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur les dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne définissent pas le risque de fuite.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. C n'est fondé.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, représenté par Me Rannou, qui a communiqué des pièces enregistrées les 15, 16 et 17 juillet 2024.
Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a communiqué des pièces enregistrées le 16 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné Mme Blanc, conseillère, pour statuer dans les procédures relatives à l'éloignement des étrangers mentionnées par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction antérieure ou issue des dispositions des articles 72 à 79 de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 et du décret n° 2024-799 du 2 juillet 2024.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Blanc, qui a informé les parties, qu'en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le tribunal est susceptible de relever d'office l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre l'arrêté du 5 mars 2024 de la préfète du Val-de-Marne au motif qu'elles sont tardives ;
- et les observations de Me Duquesne, représentant M. C qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, et demande en outre l'annulation de l'arrêté du 5 mars 2024 de la préfète du Val-de-Marne portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et soutient qu'il n'a pas eu accès au point d'accès au droit pour contester l'arrêté du 5 mars 2024 de la préfète du Val-de-Marne dans les délais, qu'il est en France depuis 2013, que toute sa famille réside en France, qu'il est déchu de son autorité parentale sur son fils qui réside en foyer en France et qu'il n'a pas de famille au Mali.
Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était ni présent ni représenté.
Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 14h05.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant malien, né le 29 décembre 1988, déclare être entré en France en 2013. Par un arrêté du 5 mars 2024, notifié en détention le 8 mars 2024, la préfète du Val-de-Marne a prononcé à l'encontre du requérant une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, et une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. M. C a, alors qu'il était en rétention administrative, déposé une demande d'asile le 10 juillet 2024. Par arrêté du 10 juillet 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis a maintenu M. C en rétention administrative en application de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette demande d'asile a fait l'objet d'un rejet par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 16 juillet 2024 notifiée au et par le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 le 16 juillet 2024. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la recevabilité des conclusions dirigées à l'encontre l'arrêté du 5 mars 2024 de la préfète du Val-de-Marne :
2. Aux termes de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rendu applicable à l'étranger détenu par l'article L. 614-15 : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. () ". Aux termes de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " Aux termes de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " () II. Conformément aux dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification par voie administrative d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de quarante-huit heures pour contester cette obligation et les décisions relatives au séjour, à la suppression du délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. Cette notification fait courir ce même délai pour demander la suspension de l'exécution de la décision d'éloignement dans les conditions prévues à l'article L. 752-5 du même code ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".
3. Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire sans délai peut, dans les quarante-huit heures suivant sa notification, demander au président du tribunal administratif l'annulation de cette décision ainsi que de celles qui l'accompagnent le cas échéant. En fixant à quarante-huit heures le délai dans lequel un recours peut être introduit, le législateur a entendu que ce délai soit décompté d'heure à heure, et ne puisse être prorogé.
4. Toutefois lorsque les conditions de la notification à un étranger en détention d'une décision portant obligation de quitter le territoire sans délai portent atteinte à son droit au recours effectif, garanti par l'article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, en ne le mettant pas en mesure d'avertir, dans les meilleurs délais, un conseil ou une personne de son choix, elles font obstacle à ce que ce délai spécial de quarante-huit heures commence à courir.
5. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué du 5 mars 2024 de la préfète du Val-de-Marne a été notifié par voie administrative à M. C le 8 mars 2024 à 10 h 12. A supposer que M. C ne pouvait transmettre sa requête sans l'aide du point d'accès au Droit (PAD) du centre pénitentiaire de Fresnes qui atteste, par un courrier du 21 juin 2024, que seule cette structure accompagne les détenus dans l'envoi de leurs recours contre les arrêtés portant obligation de quitter le territoire français et que les juristes de ce PAD étaient absents le 8 mars 2024, il ressort des pièces du dossier qu'une première requête a été introduite à l'encontre de cette décision par le requérant le 11 mars 2024 à 17 heures 47 et qu'elle a été rejetée par une ordonnance n° 2403149 en date du 17 juin 2024 du présent tribunal, au motif que l'intéressé ne fait état d'aucune difficulté qui l'aurait empêché de signer sa requête dans le délai de quarante-huit heures. En outre, M. C n'établit ni même n'allègue qu'il aurait sollicité en vain l'agent lui ayant notifié la décision attaquée afin d'introduire son recours, alors qu'elle comportait la mention des voies et délais de recours, et notamment la mention de ce que le recours devait être déposé auprès du chef d'établissement pénitentiaire. Enfin, les conclusions dirigées contre la décision du 5 mars 2024 de la préfète du Val-de-Marne présentée lors de l'audience publique l'ont été plus de quatre mois après cette notification régulière, sans que M. C ne fasse état d'aucune circonstance l'ayant empêché depuis le 11 mars 2024, date à partir de laquelle le délai de recours contentieux courait au plus tard, d'introduire une seconde requête à compter du moment où il a eu accès au PAD. Dans ces conditions, les conclusions présentées par M. C à l'encontre de l'arrêté du 5 mars 2024 de la préfète du Val-de-Marne le 31 juillet 2024 sont tardives et ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables.
Sur les conclusions dirigées à l'encontre de l'arrêté du 10 juillet 2024 du préfet de la Seine-Saint-Denis :
En ce qui concerne la légalité externe :
6. Par l'arrêté n° 2024-1329 du 3 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du 6 mai 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné à M. A, attaché d'administration de l'État, délégation de signature aux fins de signer l'arrêté litigieux. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
7. D'une part, aux termes de l'article 6 de la directive n° 2013/32/UE du 26 juin 2013 : " 1. Lorsqu'une personne présente une demande de protection internationale à une autorité compétente en vertu du droit national pour enregistrer de telles demandes, l'enregistrement a lieu au plus tard trois jours ouvrables après la présentation de la demande. / Si la demande de protection internationale est présentée à d'autres autorités qui sont susceptibles de recevoir de telles demandes, mais qui ne sont pas, en vertu du droit national, compétentes pour les enregistrer, les États membres veillent à ce que l'enregistrement ait lieu au plus tard six jours ouvrables après la présentation de la demande. Les États membres veillent à ce que ces autres autorités qui sont susceptibles de recevoir des demandes de protection internationale, par exemple les services de police, des gardes-frontières, les autorités chargées de l'immigration et les agents des centres de rétention, disposent des informations pertinentes et à ce que leur personnel reçoive le niveau de formation nécessaire à l'accomplissement de leurs tâches et responsabilités, ainsi que des instructions, pour qu'ils puissent fournir aux demandeurs des informations permettant de savoir où et comment la demande de protection internationale peut être introduite. / 2. Les États membres veillent à ce que les personnes qui ont présenté une demande de protection internationale aient la possibilité concrète de l'introduire dans les meilleurs délais. Si les demandeurs n'introduisent pas leur demande, les États membres peuvent appliquer l'article 28 en conséquence. / 3. Sans préjudice du paragraphe 2, les États membres peuvent exiger que les demandes de protection internationale soient introduites en personne et/ou en un lieu désigné. / 4. Nonobstant le paragraphe 3, une demande de protection internationale est réputée introduite à partir du moment où un formulaire est présenté par le demandeur ou, si le droit national le prévoit, un rapport officiel est parvenu aux autorités compétentes de l'État membre concerné. ".
8. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 susvisée : " 1. Les États membres ne peuvent placer une personne en rétention au seul motif qu'elle est un demandeur conformément à la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale. / 2. Lorsque cela s'avère nécessaire et sur la base d'une appréciation au cas par cas, les États membres peuvent placer un demandeur en rétention, si d'autres mesures moins coercitives ne peuvent être efficacement appliquées. / 3. Un demandeur ne peut être placé en rétention que : () / d) lorsque le demandeur est placé en rétention dans le cadre d'une procédure de retour au titre de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, pour préparer le retour et/ou procéder à l'éloignement, et lorsque l'État membre concerné peut justifier sur la base de critères objectifs, tels que le fait que le demandeur a déjà eu la possibilité d'accéder à la procédure d'asile, qu'il existe des motifs raisonnables de penser que le demandeur a présenté la demande de protection internationale à seule fin de retarder ou d'empêcher l'exécution de la décision de retour ; (). / 4. Les motifs du placement en rétention sont définis par le droit national ".
9. Enfin, aux termes de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13. ". L'article L. 754-3 du même code précise que " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. / Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du juge des libertés et de la détention exercé sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. / A défaut d'une telle décision, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7. ".
10. En premier lieu, M. C se prévaut de la non-conformité des dispositions des articles R.754-3 à R. 754-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'article 6 de la directive 2013/32/UE dès lors qu'elles prévoient de retarder le prononcé de la décision contestée après la remise du formulaire de demande d'asile c'est-à-dire l'introduction de la demande. Toutefois, ces dispositions, qui transposent la directive du 26 juin 2013 susvisée, ont pour objet de permettre à l'autorité administrative, une fois qu'elle est informée que l'étranger a remis une enveloppe cachetée que ce dernier indique comme contenant une demande d'asile lui permettant ainsi de s'assurer qu'une demande d'asile a effectivement été formée selon les propres dires de l'étranger, de prendre sa décision au regard des critères prévus par l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, transposant lui-même ladite directive dans les conditions rappelées au point précédent. Dans ces conditions, le moyen tiré de la non-conformité des articles R. 754-3 à R. 754-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux dispositions de l'article 6 de la directive 2013/32/UE du 26 juin 2013 susvisée ne peut qu'être écarté. Au surplus, il y a lieu de noter qu'en l'espèce le procès-verbal de dépôt de sa demande d'asile est daté du 10 juillet 2024 à 9 heures 01 et que l'arrêté du le maintenant en rétention lui a été notifié le même jour à 15 heures 10 en sorte que le préfet a procédé à la notification dans des délais contraints et respectueux des dispositions précitées et notamment celles de l'article R. 754-7 de ce code qui prévoit que " Lorsque l'étranger remet sa demande d'asile à l'autorité dépositaire, conformément à l'article R. 754-6, celle-ci en informe sans délai le préfet qui a ordonné le placement en rétention afin qu'il se prononce sur le maintien en rétention conformément au premier alinéa de l'article L. 754-3. ".
11. En deuxième lieu, le moyen tiré de la contrariété manifeste des dispositions de l'article R. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avec le droit de l'Union européenne n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.
12. A supposer que M. C se prévale de la contrariété manifeste des dispositions de l'article L 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avec le d) du paragraphe 3 de l'article 8 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 cité au point 3 au motif que les dispositions du droit national ne définissent pas les critères objectifs permettant le maintien en rétention, s'il incombe aux États membres, en vertu du paragraphe 4 de l'article 8 de la directive 2013/33/UE, de définir en droit interne les motifs susceptibles de justifier le placement ou le maintien en rétention d'un demandeur d'asile, parmi ceux énumérés de manière exhaustive par les dispositions du 3 de cet article, aucune disposition de la directive n'impose, s'agissant du motif prévu par le d) du 3 de l'article 8, que les critères objectifs, sur la base desquels est établie l'existence de motifs raisonnables de penser que la demande de protection internationale d'un étranger déjà placé en rétention a été présentée à seule fin de retarder ou d'empêcher l'exécution de la décision de retour, soient définis par la loi. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il y ait lieu de saisir la Cour de justice d'une question préjudicielle, que le moyen tiré de ce que l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et non celles de l'article R. 754-3 du même code, serait incompatible avec les stipulations du d) du paragraphe 3 de l'article 8 de la directive 2013/33/UE, en tant qu'il ne détermine pas une liste des critères objectifs permettant à l'autorité administrative d'estimer qu'une demande d'asile est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution d'une mesure d'éloignement, ne peut qu'être écarté.
13. En troisième et dernier lieu, le point b) du paragraphe 3 de l'article 8 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 susvisée prévoit qu'un demandeur d'asile ne peut être placé en rétention que " pour déterminer les éléments sur lesquels se fonde la demande de protection internationale qui ne pourraient pas être obtenus sans un placement en rétention, en particulier lorsqu'il y a risque de fuite du demandeur ". Ainsi que l'a d'ailleurs jugé la Cour de justice de l'Union européenne dans son arrêt C-601/15 PPU du 15 février 2016, l'article 8, paragraphe 3, premier alinéa, de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 énumère de manière exhaustive les différents motifs susceptibles de justifier un placement en rétention et chacun de ces motifs répond à un besoin spécifique tout en revêtant un caractère autonome. Au nombre de ces motifs, cette directive retient, s'agissant spécifiquement d'un ressortissant étranger placé en rétention à raison d'une mesure d'éloignement, celui tiré de ce que la demande d'asile est présentée à des fins dilatoires pour faire obstacle à l'exécution de cette mesure d'éloignement.
14. Or, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 754-3 que, hors le cas particulier où il a été placé en rétention en vue de l'exécution d'une décision de transfert vers l'État responsable de l'examen de sa demande d'asile, il doit en principe être mis fin à la rétention administrative d'un étranger qui formule une demande d'asile. Toutefois, l'administration peut maintenir l'intéressé en rétention, par une décision écrite et motivée, dans le cas où elle estime que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre. Si le requérant soutient que les dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont incompatibles avec le b) du paragraphe 3 de l'article 8 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013, ces dispositions ne sauraient être incompatibles avec des dispositions de la directive qu'elles n'ont pas pour objet de transposer. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C à l'encontre de l'arrêté du 10 juillet 2024 du préfet de la Seine-Saint-Denis prononçant son maintien en rétention ne peuvent qu'être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction qu'il présente ne peuvent qu'être rejetées.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C ne peut qu'être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Lu en audience publique le 31 juillet 2024.
La magistrate désignée,
Signé : T. BLANCLa greffière,
Signé : S. AIT MOUSSA
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
S. AIT MOUSSA