Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2408598

vendredi 2 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2408598
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantDS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a examiné la demande de suspension de la décision de préemption du 30 mai 2024 prise par la SPL Marne-au-Bois sur un fonds de commerce. Les requérants, la SASU Au Petit Duc et l'acquéreur évincé, invoquaient l'urgence et plusieurs moyens sérieux, notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, l'absence de consultation de France Domaine, un défaut de motivation et l'absence de projet réel. Le tribunal a rejeté la requête, estimant que la condition d'urgence n'était pas établie et qu'aucun des moyens soulevés ne créait un doute sérieux sur la légalité de la décision, en application des articles L. 521-1 du code de justice administrative et L. 214-1 du code de l'urbanisme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 juillet 2024, la SASU Au Petit Duc et A, représentées par Me Pelé, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre la décision du 30 mai 2024 par laquelle la Société Publique Locale (SPL) Marne-au-Bois a usé de son droit de préemption par délégation sur le fonds de commerce sis

9-11 avenue du Val-de-Fontenay appartenant à la SASU Au Petit Duc ;

2°) d'autoriser la SAS Au Petit Duc à signer la vente de son commerce à A ;

3°) de mettre à la charge de la SPL Marne-au-Bois la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

* la condition d'urgence posée à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie dès lors que l'acquéreur évincé d'un fonds de commerce bénéficie d'une présomption d'urgence ; qu'en outre, la décision litigieuse a une incidence sensible sur la situation des requérants, les vendeurs ne pouvant réaliser leur projet commercial tenant à recentrer leur activité sur leurs autres boulangeries, ni percevoir le prix de vente et risquant devoir licencier leurs salariés et l'acquéreuse ne pouvant, pour sa part, demeurer dans l'incertitude de la réalisation de son projet qui nécessite de lourds investissements alors notamment que l'absence d'exploitation du fonds de commerce va lui faire perdre de sa valeur ;

* il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige dès lors que :

- la décision en litige est entachée d'incompétence dès lors que, pour la première branche de ce moyen, le maire n'avait pas compétence pour déléguer l'usage du droit de préemption suite à la délibération n° 2023-06-08 du 22 juin 2023 du conseil municipal qui a implicitement abrogé la précédente délibération n° 2020-05-05 du 25 mai 2020 qui permettait au maire de subdéléguer sa compétence en la matière et que, pour la seconde branche du moyen, il n'est pas justifié de la décision investissant le directeur général de la SPL Marne-au-Bois de la compétence à signer la décision de préemption litigieuse ainsi que de son caractère exécutoire ;

- elle n'a pas été précédée de la consultation de France Domaine ;

- elle est insuffisamment motivée dès lors qu'elle précise nullement le projet qui sera réalisé dans le local préempté, qu'elle se contente, s'agissant du volet ayant trait à la protection du commerce de proximité, d'évoquer une réflexion en cours qui débouchera sur des projets à moyen terme, qu'elle n'explique pas en quoi le commerce devant être exploité par l'acquéreuse évincée serait de nature à porter atteinte au commerce de proximité ;

- elle est illégale dès lors qu'il n'est pas justifié que le périmètre du droit de préemption délimité par la délibération du 23 juin 2023 est bien opposable aux tiers faute de publication sur le site Géoportail-urbanisme ;

- elle est illégale faute d'avoir été transmise à la préfecture en application de l'article

L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales ; qu'une telle obligation s'applique nécessairement aux sociétés publique locales ;

- elle ne repose pas sur un projet réel quant au devenir du fonds de commerce préempté mais traduit la volonté de la SPL de maîtriser le foncier du secteur, objectif qui est étranger à ceux de la préemption commerciale ;

- elle ne répond pas à un intérêt général.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 juillet 2024, la Société Publique Locale (SPL) Marne-au-Bois, représentée par Me Ceccarelli-Le Guen, conclut au rejet de la requête, à ce qu'il soit mis solidairement à la charge des sociétés requérante la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et à titre subsidiaire, la limitation de la portée d'une éventuelle suspension de la décision de préemption à la possibilité pour la SPL Marne-au-Bois de poursuivre la vente à son profit, de sorte que les effets de la décision de préemption seraient maintenus à l'égard du propriétaire et l'acquéreur évincé, la cession du fonds de commerce ne pouvant plus se réaliser.

Elle fait valoir que :

* la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors qu'en application de l'article

L. 214-2 du code de l'urbanisme, la SPL Marne-au-Bois dispose d'un délai de deux ans pour rétrocéder le fonds de commerce à une entreprise tierce ; que si le propriétaire du fonds évoque le sort des salariés de l'entreprise, il n'apporte aucune précision sur ces mêmes salariés en cas de cession à la SASU Laurence Boileau ;

* l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige n'est pas établie dès lors que :

- d'une part que la délibération n° 2023-06-08 du 22 juin 2023, qui a étendu le périmètre de sauvegarde du commerce et de l'artisanat à d'autres parties du territoire communal, n'a pas pour objet de retirer au maire sa capacité de subdéléguer l'exercice du droit de préemption prévue par la délibération n° 2020-05-05-DGS du 25 mai 2020 et, d'autre part que, le maire était bien compétent pour déléguer, par le truchement d'une décision municipale n° 2024-HL-88 du

22 mai 2024, l'exercice du droit de préemption du fonds de commerce portant sur le local situé

9-11 avenue Val-de-Fontenay ;

- la SPL Marne-au-Bois a saisi le service France Domaine le 20 mai 2024 qui a rendu son avis le 29 mai 2024 préalablement à l'exercice du droit de préemption, sans que la circonstance que la SPL Marne-au-Bois ait saisi ce service avant de recevoir la délégation pour exercer le droit de préemption n'ait une influence sur la légalité de la décision attaquée ;

- la décision en litige est suffisamment motivée tant sur les objectifs et que sur les raisons de la préemption, à savoir un projet d'aménagement et de rénovation d'un quartier avec une volonté de restructurer l'offre commerciale, que sur la suite de l'exploitation, à savoir la mise en place d'un commerce exercé par une entreprise d'économie sociale et solidaire ;

- le droit de préemption litigieux est bien opposable dès lors que la délibération du

22 juin 2023 qui a étendu le périmètre de sauvegarde du commerce et de l'artisanat, notamment aux fonds de commerce situés au sein du Pôle Val-de-Fontenay, inclut bien le fonds de commerce préempté, a été affichée le 30 juin 2023 et a été transmise le jour même en préfecture ainsi qu'en atteste le maire et a été publiée par voie de presse les 31 juillet et 31 août 2023 ; la délibération du 23 juin 2023 étant donc exécutoire au 31 août 2023 sans qu'une procédure d'annexe au PLU ne soit nécessaire ;

- la décision de préemption du 30 mai 2024 a bien été transmise au préfet par courriel du 31 mai suivant dont les services de la préfecture ont accusé réception ;

- la réalité du projet est démontrée dès lors que le fonds de commerce litigieux est inclus dans le périmètre de sauvegarde du fonds de commerce et de l'artisanat de proximité et est issu de la délibération du 22 juin 2023, qu'il est situé dans le périmètre d'une concession conclue en 2017 avec pour objectif de désenclaver le quartier des Alouettes et de développer les opérations mixtes ménageant un équilibre entre surface de bureaux, logements, commerces et services, activités et équipements, de développer économiquement le site et de prendre en compte les enjeux environnementaux ainsi que l'aménagement et la requalification des espaces publics ; qu'en outre, le bâtiment dans lequel se situe le fonds de commerce doit faire l'objet d'une mutation en raison d'une part de la vocation du quartier à devenir un futur pôle commercial à rayonnement métropolitain et d'autre part du caractère vieillissant de la copropriété au sein de laquelle le fonds de commerce est implanté ; que cette préemption s'inscrit dans le cadre d'une stratégie de revitalisation commerciale portée tant par la commune que la SPL ; qu'enfin la réalisation de cette vente risquerait de mettre en péril l'équilibre de l'opération de restructuration du bâtiment dans lequel se situe le fonds de commerce ;

- l'intérêt général s'attachant au projet est suffisamment établi, celui-ci s'inscrivant dans le cadre d'une opération de revitalisation du quartier Val-de-Fontenay s'inscrivant pleinement dans les objectifs prévus à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, parmi lesquels figurent le renouvellement urbain et l'organisation du maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques ; que la boulangerie est située au rez-de-chaussée d'un bâtiment de bureaux dont l'augmentation de la vacance nécessite une intervention proactive.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 14 juillet 2024 sous le numéro 2408625 par laquelle la SASU Au Petit Duc A demandent l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Bourdin, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 30 juillet 2024 à 15h00 en présence de

Mme Mahieu, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de Mme Bourdin,

- les observations de Me Pelé, représentant la SASU Au Petit Duc et A, qui indique ne pas maintenir ses moyens tirés du défaut de consultation du service des domaines et du défaut de communication de la décision en litige au préfet et conclut au surplus aux mêmes fins que la requête et par les mêmes autres moyens tout en insistant sur l'urgence à suspendre la décision en litige ainsi que sur le doute sérieux quant à sa légalité en l'absence de publication de l'extension du périmètre du droit de préemption incluant l'avenue Val-de-Fontenay sur le site Géoportail-urbanisme et sur l'abrogation de la faculté pour le maire de subdéléguer sa signature en la matière suite à la délibération du conseil municipal du 22 juin 2023 ainsi que sur le défaut de motivation de la décision en litige et l'absence de projet réel sous-tendant l'exercice du droit de préemption ;

- et les observations de Me Genton, substituant Me Ceccarelli-Le Guen, représentant la SPL Marne-au-Bois, qui s'en est rapporté à ses écritures, tout en contestant toute abrogation de la faculté pour le maire de subdéléguer sa signature en matière de droit de préemption, l'absence d'opposabilité du nouveau périmètre du droit de préemption dès lors qu'il a fait l'objet d'un affichage et d'une publicité par voie de presse, peu important qu'il ne figure pas encore sur le site Géoportail-urbanisme et en faisant valoir la parfaite motivation de la décision en litige et la réalité du projet motivant la décision en litige.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 16h46.

Considérant ce qui suit :

1. Par une déclaration de cession reçue en mairie de Fontenay-sous-Bois le 3 avril 2024, la SASU Au Petit Duc, exerçant l'activité de boulangerie-pâtisserie, a informé la SPL Marne-au-Bois qu'elle avait trouvé un acquéreur, exerçant la même activité, pour son fonds de commerce sis 9-11 avenue du Val-de-Fontenay dépendant de la copropriété cadastré section AJ n° 282 et AI n° 350 au prix de 1 400 000 euros. Par décision du 30 mai 2024, le directeur général de la SPL Marne-au-Bois a décidé de préempter le bien sis 9-11 avenue du Val-de-Fontenay, objet de la déclaration de cession reçue le 3 avril 2024, au prix et conditions qui seront fixés par le juge de l'expropriation en application des articles R. 214-5 et R. 214-6 du code de l'urbanisme. Par une requête enregistrée le 14 juillet 2024 au tribunal, la SASU Au Petit Duc et A demandent l'annulation de cette décision du 30 mai 2024 et au juge des référés, par une requête enregistrée le même jour, la suspension de cette décision.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la

décision. () ".

3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués dans la requête susvisée ou à l'audience par la SASU Au Petit Duc et A n'est de nature à créer un doute sérieux que la légalité de la décision du 30 mai 2024 par laquelle la Société Publique Locale (SPL)

Marne-au-Bois a usé de son droit de préemption sur le fonds de commerce sis

9-11 avenue du Val-de-Fontenay appartenant à la SASU Au Petit Duc.

4. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition d'urgence, les conclusions de la SASU Au Petit Duc et de A aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée et d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

5. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre solidairement à la charge des SASU Le Petit Duc et de A le versement à la SPL Marne-au-Bois une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ces mêmes dispositions font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées à ce titre par les sociétés requérantes, qui a, dans la présente instance de référé, la qualité de partie perdante.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la SASU Au Petit Duc et de A est rejetée.

Article 2 : La SASU Au Petit Duc et A verseront solidairement à la SPL Marne-au-Bois une somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la SASU Au Petit Duc, à A et à la SPL Marne-au-Bois

Fait à Melun, le 2 août 2024.

La juge des référés,

Signé : S. BOURDIN

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,