Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2408655
mardi 6 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2408655 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 juillet 2024, Mme B C, représentée par Me Delimi, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 21 mars 2024 refusant le renouvellement de son titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
* la condition d'urgence de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est caractérisée par :
- l'urgence est présumée en matière de refus de renouvellement d'un titre de séjour ;
- la requérante doit pouvoir travailler pour financer ses études.
* il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors que :
- la décision en est entachée d'insuffisance de motivation ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;
- elle est entachée d'une erreur de droit tiré de la méconnaissance par le préfet de l'étendue de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;
- elle est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle a été hébergée chez sa tante maternelle depuis son arrivée en France à l'âge de 24 ans ; elle a consolidé les liens avec ses cousins ; elle a tissé des liens avec son père et sa belle-mère ;
- elle est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- l'urgence n'est pas justifiée faute d'avoir obtenu un diplôme pendant cinq ans d'étude en France ;
- aucun des moyens soulevés n'est de nature à constituer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
Par une décision du 19 juin 2024, la présidente du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun a accordé à Mme C le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le numéro 2408652 par laquelle Mme C demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Mahieu, greffière d'audience, ont été entendus :
- le rapport de M. A ;
- les observations de Me Caoudal, substituant Me Delimi, représentant Mme C présente, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;
- les observations de Mme C ;
- le préfet de Seine-et-Marne n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, ressortissante comorienne née le 5 décembre 1993 à Moroni (Comores) est entrée en France le 17 septembre 2018 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour " étudiant ", et a obtenu de renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant " jusqu'au 19 novembre 2023. Mme C a sollicité le 25 septembre 2023 renouvellement de son titre de séjour, avec changement de statut sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile via l'application " Administration numérique des étrangers en France ". Par une lettre du
21 décembre 2023, Mme C a communiqué au bureau des étrangers de la sous-préfecture de Meaux des pièces complémentaires pour l'instruction de sa demande de titre de séjour. Par un arrêté du 21 mars 2024, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par la requête susvisée, Mme C demande la suspension
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la
décision. () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence, compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. Mme C a obtenu un titre de séjour portant la mention " étudiant " jusqu'au
19 novembre 2023. Mme C a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour avec changement de statut afin d'obtenir un titre de séjour en qualité d'" enfant étranger d'un français " sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 21 mars 2024, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté cette demande. En conséquence, le préfet doit être regardé comme ayant refusé le renouvellement du titre de séjour de Mme C. Par suite, la condition d'urgence doit être présumée.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige :
5. Premièrement, il ressort des énonciations de l'arrêté en litige que la décision attaquée est suffisamment motivée en droit et en fait. Deuxièmement, il ne ressort ni des énonciations de l'arrêté en litige, ni des pièces versées au dossier que la décision attaquée serait entachée d'un défaut d'examen sérieux. Troisièmement, il n'en ressort pas davantage que le préfet se serait mépris sur l'étendue de son pouvoir de régularisation en ne prenant pas suffisamment en compte la situation personnelle, familiale et académique de la requérante. Quatrièmement, il est constant que Mme C a passé la majeure partie de son existence aux Comores. Elle n'établit pas avoir entretenu des liens avec son père, ressortissant français installé en France, pendant leur séparation. S'il est établi que la requérante entretient avec son père des relations sincères depuis sa venue en France, ainsi qu'avec plusieurs membres collatéraux de sa famille, et s'il n'est pas contesté que les liens avec sa mère demeurée aux Comores se sont distendus, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en refusant de lui renouveler son titre de séjour le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au sens des stipulations de l'article 8 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et en tout état de cause, au sens des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cinquièmement, en tant que majeure, elle ne saurait se prévaloir des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en refusant de l'admettre exceptionnellement au séjour le préfet de Seine-et-Marne aurait méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, et en l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée ne peuvent qu'être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent qu'être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C et au préfet de
Seine-et-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 août 2024.
Le juge des référés,
S. ALa greffière,
C. MAHIEU
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,